Si je me trompe, je m’excuse !

Pour l’enfant, s’excuser est une occasion d’entrer en contact avec ses propres émotions et celles des autres: un comportement que le petit apprend surtout de sa maman et de son papa.

La rencontre pour les parents aujourd’hui parle de règles. Chacun a apporté sa liste : « Se laver les mains avant de manger » est en tête, suivi de « ne pas crier » et « on ne frappe pas ». Puis viennent les consignes sur le rangement et quelques limites à la vision des dessins animés. Dans l’un des feuillets, je trouve écrit : « Si je me trompe, je m’excuse ». Cela me paraît intéressant et nous commençons à en discuter…

Qu’est‑ce que les « bonnes manières » ?

On se rappelle que pardon est l’un de ces mots magiques (comme disait ma grand‑mère), qui, avec d’autres comme « puis‑je ? », « merci », « de rien », « s’il vous plaît », « bonjour » et « bonne nuit », faisaient autrefois partie des « bonnes manières », c’est‑à‑dire des règles de politesse du vivre ensemble que l’on transmettait aux enfants en famille et à l’école. L’idée d’éducation sur laquelle elles reposaient était, du moins au début, bien loin des principes de la science pédagogique actuelle ; il suffit de penser aux manuels de bonnes manières diffusés à partir du XVe siècle, pleins de notions relatives à la conduite en public et au décor extérieur, dont l’objectif était de « civiliser » l’enfant en étouffant ses instincts et en conditionnant ses comportements.

À ce stade, il nous paraît naturel de nous demander : aujourd’hui a‑t‑il encore du sens de proposer certaines des « bonnes manières » qui se sont transmises au fil du temps ou ne sont-elles que des mots vides, des indications de conduite formelles et dépourvues de contenu réellement éducatif ?

La première clé pour répondre réside dans la conscience du parent, qui devrait prendre le temps de réfléchir à ses actions quotidiennes et se demander : pourquoi enseigner à son enfant tel ou tel mot et tel comportement ? Pourquoi pour moi ces choses sont-elles importantes ? Est-ce pour faire bonne figure ? Ou est‑ce utile pour mon enfant dans ses relations avec les autres ? Crée‑t‑il un climat particulier dans la famille ? Et moi, est‑ce que je les utilise ?

Avec cette préface, essayons de trouver le sens de la règle « si je me trompe, je m’excuse », en mettant en lumière des réflexions éducatives qui pourront nous aider à raisonner aussi sur d’autres « bonnes manières » auxquelles nous éduquons nos enfants.

Le sens de l’erreur

Généralement, nous demandons aux enfants de s’excuser lorsqu’ils ont fait, délibérément ou non, quelque chose de mal, une erreur qui a impliqué d’une manière ou d’une autre une autre personne. « Dis pardon à maman » (« tu as fait tomber le vase dont elle était fière »), « Dis pardon à Laura » (« tu l’as frappée pendant que vous jouiez »).

Le sens que nous donnons au mot et au geste de s’excuser est étroitement lié à notre conception de l’erreur.

Si, en tant que parents, nous considérons l’erreur uniquement comme quelque chose de négatif, si nous transmettons à nos enfants l’idée que se tromper est un mal, une faute, quelque chose dont on doit avoir honte et qu’il faut réprimer, alors demander pardon pour un enfant devient vraiment difficile. Parce que cela signifie admettre avoir fait quelque chose de mal, éprouver un sentiment de culpabilité et le rendre public, s’humilier, avoir honte, se sentir en défaut. Tout un ensemble de circonstances auxquelles on aimerait échapper en grandissant, et d’autant plus lorsque l’on est enfant.

Si, en revanche, nous pensons que l’erreur fait naturellement partie de la croissance humaine et si, dans notre quotidien, nous valorisons l’éducation comme opportunité d’apprendre et de s’améliorer, alors les choses changent. Si notre devise est « en se trompant on apprend », alors s’excuser prend aussi des sens différents : cela peut devenir un moyen d’entrer en contact émotionnel avec soi‑même et avec l’autre (« je suis désolé si je t’ai blessé ») ; pour apprendre à connaître les limites de sa volonté et la responsabilité envers les autres ; pour s’engager à changer (« je ferai autrement dorénavant »). Demander pardon peut donc prendre une valeur qui va au‑delà du geste unique ; ce n’est pas seulement une façon de clore un épisode, mais d’ouvrir à l’enfant de nouvelles possibilités de croissance.

On commence en famille

Évidemment, la signification éducative de demander pardon, telle que nous l’avons décrite, ne peut être intériorisée par l’enfant que s’il l’expérimente concrètement dans sa croissance. Cela se passe d’abord dans la famille et par le modèle de comportement des parents. Comme toujours, partons de l’exemple : l’enfant apprend mille fois plus de ce que papa et maman font que de ce qu’ils disent. Ainsi, demander pardon, tout comme les autres « bonnes manières », sera au début pour le jeune enfant simplement un comportement à imiter et des mots à répéter. Si ces mots de politesse font partie de nos relations familiales, si les parents les utilisent entre eux et avec l’enfant, alors ce dernier les apprendra naturellement et sans effort et l’ambiance, l’atmosphère qui règnent à la maison en seront positivement influencées.

Donner l’exemple signifie aussi savoir s’excuser auprès de nos enfants lorsque nous faisons des bêtises avec eux, lorsque nous nous mettons en colère de façon excessive, lorsque nous exerçons notre « pouvoir » d’adulte de manière maladroite ou sans attention. S’excuser auprès de nos enfants ne signifie pas perdre l’autorité ; au contraire, cela signifie en gagner. Cela fournit à l’enfant un modèle d’homme et de femme qui ne sont pas une perfection de façade, mais une imperfection saine. Même maman et papa peuvent parfois se tromper (l’important est que, dans l’ensemble et sur les choses importantes, ils restent une référence stable et équilibrée), mais ils savent reconnaître leur erreur et modifier leur comportement. Ils sont sensibles au vécu et aux émotions de l’autre qui peut avoir été blessé par leur action.

De l’habitude à la conscience

Petit à petit, à mesure que l’enfant grandit, le petit mot magique, perçu comme une bonne habitude, peut se transformer en un acte d’amour plus conscient envers autrui.
Évidemment, un enfant de deux ans aura plus de mal à comprendre le pourquoi de dire pardon qu’un enfant de cinq ans. Cela pour au moins deux raisons : 1) il ne sait probablement même pas qu’il a commis une erreur ; 2) étant encore très centré sur lui‑même, il ne comprend pas toujours que son comportement peut blesser quelqu’un d’autre.

Beaucoup des actions de l’enfant qui, pour nous adultes, exigeraient des excuses, relèvent d’incidents où il agit sans intention de faire du mal. Le premier pas à cet âge est alors d’aider l’enfant à comprendre l’erreur : au moment où l’incident se produit, il faut s’arrêter et expliquer calmement et patiemment ce qui s’est passé et comment faire différemment la prochaine fois. Prenons un exemple : dans le jardin de l’école, un enfant court joyeusement d’avant en arrière sur le tricycle. Dans sa précipitation, il passe sur les pieds d’un camarade et le fait tomber. Le parent pourrait se dire : « Il ne t’a pas vu alors que tu courais. Tu es passé très près et les roues du tricycle l’ont heurté et il est tombé. Maintenant il pleure parce qu’il s’est blessé. Que penses‑tu que nous puissions faire pour lui ? Veux‑tu lui dire que tu es désolé ? Je te conseille d’utiliser le tricycle dans cet endroit du jardin où il n’y a personne si tu veux courir, et de garder les yeux bien ouverts… » Cela aidera petit à petit l’enfant à contrôler ses actions et à se mettre en contact émotionnel avec l’autre personne.

Même lorsque les épisodes relèvent d’une volonté spécifique de l’enfant qui, en s’opposant aux souhaits de l’autre, agit pour imposer sa volonté (« je t’ai donné une gifle pour prendre le jouet »), la proposition de s’excuser doit toujours servir à aider l’enfant à s’identifier à l’autre. Cette compétence empathique grandit avec l’âge mais doit aussi être entraînée. À un enfant de quatre ans, nous pouvons alors lui demander d’imaginer comment les autres pourraient se sentir dans diverses situations, ou de ce dont ils auraient besoin pour mieux aller, ou encore comment nous nous sentons lorsque quelqu’un nous demande pardon…

Pourquoi est‑il mal de forcer un enfant à s’excuser

Tout ce qui précède montre qu’il est inutile et contre‑productif d’obliger un enfant à s’excuser s’il n’en a pas envie. Ou, pire, le menacer d’une punition s’il ne le fait pas. Par crainte d’autres conséquences, il finira par prononcer les excuses à voix basse et avec difficulté. Et quel en serait le résultat ? Dans une telle situation, on voit la faiblesse de l’adulte, qui veut parfois entendre ces mots seulement pour gagner la partie, pour démontrer qu’il est le plus fort entre les deux et pouvoir plier la volonté de l’enfant.

L’enfant refuse de s’excuser parce qu’il ne s’est pas rendu compte de l’erreur ou ne comprend pas pourquoi c’est nécessaire, ou encore parce qu’il se sent déjà si coupable qu’il ne peut supporter une humiliation supplémentaire (comme nous l’avons vu plus haut en ce qui concerne la conception de l’erreur). Il peut aussi refuser parce qu’il est entré dans une dynamique de défi au pouvoir avec le parent qui n’a pas grand chose à voir avec l’épisode en question. Dans tous les cas, il vaut mieux attendre et comprendre plutôt qu’obliger, en se rappelant que, pour les épisodes particulièrement « discrets », il peut être nécessaire de prendre une pause entre l’événement et les excuses.

Comment apprendre à demander des excuses ?

Entre trois et six ans, les enfants sont dans une période critique pour l’apprentissage des compétences sociales (c’est‑à‑dire tous les comportements qui permettent de participer de manière efficace et constructive à la vie sociale). Il est possible de leur montrer comment s’excuser de manière pratique, à travers quatre étapes :

  • Dis que tu es désolé
  • Demande comment aider l’autre à revenir à la normale ou à se sentir mieux
  • Propose‑toi de changer de comportement afin que l’incident ne se reproduise plus
  • Demande que les excuses soient acceptées. Des excuses sincères devraient sonner ainsi : « Je suis vraiment désolé. Je ne voulais pas te bousculer. Tu t’es blessé ? Comment puis‑je t’aider ? Je serai plus attentif à l’avenir. Peux‑tu accepter mes excuses ? »
Article pensé et écrit par :
Avatar de Julie Ménard
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