UNE TECHNIQUE UNIQUE. Lorsqu’il s’agit des méthodes de chasse des cétacés, ces animaux figurent parmi les plus ingénieux : du travail d’équipe des orques à la technique particulière de certains dauphins, qui utilisent la vase du fond marin pour dérouter leurs proies. Parmi les méthodes les plus spectaculaires, il en existe une particulièrement célèbre, connue sous le nom de « bubble net » :
Elle est exclusivement pratiquée par les baleines à bosse et consiste à utiliser des bulles d’air pour encercler et capturer les proies. Pour comprendre les raisons derrière cette stratégie si particulière et unique, une équipe de l’Université d’Hawaï a mené une étude approfondie, publiée dans le Journal of Experimental Biology :
Grâce à l’utilisation de drones et d’appareils de suivi, les chercheurs ont découvert que dans les nageoires pectorales des baleines à bosse réside la clé de leur succès.
Chasse aux bulles. La technique des baleines à bosse consiste à créer des filets de bulles de la façon suivante : ces grands mammifères s’approchent de leurs proies, généralement des bancs de poissons ou de krill, puis commencent à nager en cercles, formant une spirale. À chaque tour, ils se rapprochent un peu plus de la cible.
Pendant qu’ils construisent ces spirales, les baleines à bosse expirent des bulles d’air par leur évent. Ces bulles forment progressivement un filet qui se resserre, piégeant les proies et leur permettant ainsi d’engloutir de grandes quantités de nourriture en une seule bouchée.
Les chercheurs ont réfléchi à la possibilité que, en théorie, tout cétacé doté d’un évent pourrait utiliser cette technique. Cependant, la « bubble net » reste une stratégie exclusive aux baleines à bosse. Pour comprendre pourquoi cette méthode est réservée à cette espèce, l’équipe de l’Université d’Hawaï a suivi les déplacements d’un groupe précis de ces baleines, en utilisant des drones pour les prises de vue aériennes et des balises à ventouse pour la géolocalisation.
De cette manière, ils ont pu étudier non seulement les mouvements des cétacés lors de la pêche en filet de bulles, mais aussi estimer la taille et le poids des animaux, afin de comprendre comment ces grands mammifères parviennent à changer de direction rapidement pour former leur spirale meurtrière.
Le secret réside dans les nageoires. La clé se trouve dans les nageoires pectorales : celles des baleines à bosse sont les plus larges parmi tous les cétacés, pouvant mesurer jusqu’à un tiers de la longueur de leur corps. À elles seules, elles contribuent à produire plus de la moitié de la force nécessaire pour effectuer leurs changements de direction rapides :
Selon les auteurs de l’étude, si d’autres espèces de baleines tentaient de faire quelque chose de similaire, elles auraient besoin de beaucoup plus d’énergie, probablement au-delà de ce qu’elles peuvent tirer de leur nourriture.
Cameron Nemeth, le premier auteur de cette recherche, compare la mobilité des baleines à bosse «à celle d’un aviateur de chasse, comme dans Top Gun». Cette capacité particulière leur confère un statut unique parmi les cétacés.