Une rare tempête géomagnétique G4 a rendu (et le rendra-t-elle encore ?) visible l’aurore boréale en Europe et en France: risques pour les technologies, conseils pour l’observer et le photographier.
Depuis quelques heures, la Terre est frappée par une tempête géomagnétique sévère, classée au niveau G4 par la NOAA, le service météorologique spatial américain. Il s’agit d’un événement rare: au cours de ce cycle solaire actuel, très peu d’avis de ce niveau ont été émis.
L’origine est une série de éjections de masse coronale (CME), d’immenses nappes de plasma et de champs magnétiques éjectés par le Soleil dans l’espace. L’une de ces masses a atteint notre planète dans les premières heures du 12 novembre, déclenchant une forte réaction du champ magnétique terrestre. Selon le bulletin, les conditions de tempête ont atteint le niveau G4 à 01h20 UTC, soit 02h20 en France et en Europe centrale.
Quel est le résultat de tout cela?
L’effet le plus spectaculaire, du moins pour le grand public, est l’aurore: les lumières colorées spectaculaires qui, en ces heures, inondent les réseaux sociaux, capturées aussi à des latitudes inattendues (comme la photo d’ouverture, prise en Angleterre, ou celle publiée plus bas, capturée même par une webcam en Corse). L’aurore boréale naît de l’interaction entre les particules chargées émises par le Soleil et les gaz de l’atmosphère terrestre (principalement l’oxygène et l’azote). Comme l’activité du Soleil n’est pas constante mais suit un cycle d’environ 11 ans, et que nous approchons du maximum solaire, cela engendre un flux de particules particulièrement intense: c’est précisément cette condition qui favorise les phénomènes observés en ces heures.

L’indice Kp – une échelle de 0 à 9 qui mesure à quel point le champ magnétique est « agité » – affiche des valeurs allant jusqu’à 8–8,5 dans les premières heures du matin (rouge, correspondant à G4) puis autour de 7 (orange, niveau G3). En pratique, entre 3 et 10 heures du matin, heure européenne, la tempête a été particulièrement intense, avec une lente diminution vers la fin de la matinée.
Le phénomène est encore en cours
Les mises à jour du centre de prévision indiquent que le « cœur » de la nappe magnétique traverse encore la Terre et que dans les prochaines heures de nouvelles oscillations entre les niveaux G1 et G4 sont possibles. Par ailleurs, une CME encore plus énergétique pourrait arriver dans le tard après-midi/soirée européenne d’aujourd’hui 12 novembre (vers 19h00 heure d’Italie, estimation basée sur les modèles NOAA), prolongeant l’événement jusqu’à la nuit de jeudi.
Que signifie tout cela pour l’Europe ? À nos latitudes, les effets directs sur la population sont limités. Les principaux risques concernent les infrastructures technologiques les plus sensibles: réseaux électriques haute tension, satellites, systèmes de navigation GPS et communications radio à longue distance.
Les opérateurs de réseau et les gestionnaires de satellites ont été avertis et peuvent mettre en œuvre des stratégies d’atténuation, par exemple en modifiant les flux de puissance ou en changeant les modes opérationnels des satellites.
Où se manifesteront les effets
Pour le public, l’effet le plus spectaculaire est la possibilité d’observer l’aurore boréale. Avec un Kp proche de 8, l’ovale auroral s’étend très loin vers le sud: dans la nuit du 12 au 13 novembre, les aurores pourraient être visibles non seulement en Scandinavie et en Écosse, mais aussi en Irlande, dans le nord de l’Allemagne, en Pologne et dans les pays baltes. Plus au sud, en France, il pourrait y avoir quelques manifestations à l’horizon surtout dans les régions alpines.
En résumé, nous vivons l’un des épisodes de météo spatiale les plus intenses de ce cycle solaire. Il n’y a pas de raison de paniquer, mais c’est un moment idéal pour suivre de près les mises à jour officielles et, pour ceux qui se trouvent assez au nord et sous des cieux dégagés, lever les yeux, tenter d’observer ce spectacle rare et peut-être l’immortaliser avec leur smartphone. À propos: ne vous attendez pas à voir à l’œil nu les effets que vous admirez sur les photographies, car même les clichés les plus naturels, c’est-à-dire non retouchés avec des applis ou logiciels, bénéficient d’un temps d’exposition plus long que celui de l’œil humain et donc les effets sont tous un peu amplifiés.