Une thérapie à base d’ARN messager a temporairement réactivé la production de spermatozoïdes et la fertilité chez des souris atteintes d’une maladie génétique qui bloquait la spermatogenèse, permettant ainsi une conception in vitro.
Le défaut génétique momentanément « résolu » se rencontre également chez l’homme et constitue une cause d’infertilité masculine.
L’ARNm a livré dans les testicules des souris les instructions génétiques pour débloquer la spermatogenèse. Les instructions sont restées actives pendant environ deux jours, mais cela a suffi pour prélever les spermatozoïdes et les utiliser pour concevoir – in vitro – des embryons, d’où sont nés des souriceaux sains. Les résultats de l’étude ont été publiés dans Stem Cell Reports.
Fertilité pendant deux jours
Les approches thérapeutiques basées sur l’ARN messager permettent la transmission d’instructions génétiques spécifiques vers les cellules cibles, sans toutefois modifier l’ADN (comme cela peut se produire avec la thérapie génique et l’édition génétique).
Un groupe de scientifiques de l’Université de Kyoto (Japon) dirigé par le généticien moléculaire Takashi Shinohara a utilisé des injections d’ARNm pour rétablir la production de spermatozoïdes dans les testicules de souris présentant un défaut génétique des cellules de Sertoli, cellules de soutien qui se trouvent dans les tubules séminifères, c’est-à-dire dans les structures de l’appareil reproductif masculin où se forment les spermatozoïdes. Des défauts génétiques affectant les cellules de Sertoli sont impliqués dans certaines formes d’infertillité masculine.
Les scientifiques ont opté pour l’ARNm précisément pour ne pas provoquer des modifications définitives dans l’ADN des cellules des testicules et des autres cellules des souris. En réalité, les instructions pour produire des spermatozoïdes sont restées actives pendant deux jours.
Non seulement les chercheurs ont démontré qu’ils parvenaient à faire arriver les instructions dans les bonnes cellules (les cellules de Sertoli et les cellules germinales qui mènent à la formation des spermatozoïdes) ; mais, dans la fenêtre de temps de seulement 48 heures dont ils disposaient, les souris traitées ont pu produire des spermatozoïdes qui, une fois prélevés et transférés dans des ovocytes de souris par fécondation in vitro, ont permis de concevoir et de donner naissance à des petits souriceaux sains.
Un pas important dans la lutte contre l’infertilité
Le mérite de l’étude réside dans le fait qu’elle démontre la faisabilité d’utiliser des thérapies à base d’ARN messager pour traiter des formes d’infertilité dues à des défauts génétiques spécifiques. Cela n’a pour l’instant été démontré que chez la souris; il faut aussi rappeler que l’infertilité peut résulter de nombreux facteurs, et que celle liée à des causes génétiques représente environ 15 % de l’infertilité masculine et 10 % de l’infertilité féminine.
Quoi qu’il en soit, avant d’expérimenter des approches à base d’ARNm chez des patients humains atteint d’infertilité, il faudra réaliser d’autres études sur des modèles animaux afin de confirmer l’efficacité et d’évaluer la sécurité de ces thérapies.