Certaines formes d’immunothérapie contre le cancer s’avèrent nettement plus efficaces lorsqu’elles sont administrées le matin, au moment où les lymphocytes sont les plus actifs.
Il y a un temps pour chaque chose. Même dans les traitements contre le cancer : selon une étude publiée dans la revue scientifique Cancer, effectuer les immunothérapies le matin, lorsque les cellules immunitaires sont les plus actives, pourrait améliorer leur efficacité. Cette étude pourrait suggérer une stratégie à faible coût et facilement déployable pour optimiser les résultats des soins oncologiques.
Surveiller l’horloge (biologique)
Les cellules varient leurs activités, telles que la division et la réparation, au cours des 24 heures, en suivant les rythmes circadiens. De nombreux processus biologiques, comme l’inflammation ou la libération d’hormones, sont également synchronisés avec l’horloge biologique. Ces cycles cependant seraient altérés dans les cellules cancéreuses : il a été démontré que les cellules qui donnent naissance aux métastases d’un cancer du sein sont plus actives et agressives la nuit.
Un groupe de scientifiques de la Central South University de Changsha, en Chine, a envisagé d’exploiter ces particularités des cellules pour renforcer un type d’immunothérapie utilisé contre le cancer du poumon.
Les médicaments inhibiteurs des checkpoints immunitaires, des anticorps qui enlèvent les freins au système immunitaire, empêchant les cellules tumorales de freiner la réponse antitumorale des globules blancs, renforcent l’action des lymphocytes T, des cellules qui sont naturellement plus actives le matin.Administrer ce type de thérapies dans les premières heures de la journée pourrait donc augmenter leur efficacité contre le cancer.
Le matin porte l’or en bouche
Déjà quelques mois plus tôt, l’équipe de chercheurs chinois avait démontré que l’administration d’une de ces immunothérapies, le pembrolizumab, associée à une chimiothérapie chez des patients atteints de formes avancées de carcinome pulmonaire non à petites cellules (NSCLC), la forme la plus courante de cancer du poumon, avant 11h30 du matin était associée à un taux de survie quasi doublé par rapport à un régime de traitement effectué l’après-midi.
Maintenant les chercheurs ont tenté de comprendre si le même phénomène valait pour une autre forme de cancer du poumon, à croissance plus agressive : celui à petites cellules. L’analyse des données sur près de 400 patients traités avec les inhibiteurs des checkpoints immunitaires atezolizumab ou durvalumab en association avec la chimiothérapie sur une période de 4 ans a démontré que recevoir les infusions avant 15h00 était associé à un risque de progression du cancer réduit de 52%, et à un risque de décès dans la période examinée réduit de 63%.
Les thérapies administrées le matin semblent faire mieux fonctionner les lymphocytes T, augmenter leur nombre et réguler leur entrée dans les tumeurs. Le même effet pourrait valoir aussi pour d’autres types de cancer (comme le mélanome ou le carcinome rénal) : depuis longtemps, médecins et autorités sanitaires décrivaient, bien que de manière anecdotique et sans preuve issue d’essais cliniques contrôlés, une efficacité accrue des immunothérapies administrées en début de matinée.
Cette intuizione devra être démontrée dans des études plus vastes, en précisant aussi un autre aspect: cela vaut-il pour tous les patients, quels que soient leur chronotype — y compris les noctambules ?