Tubi envahi par les méduses : la plus grande centrale nucléaire française mise à l’arrêt

En France, environ 70 % de l’électricité produite provient de l’énergie nucléaire, qui repose sur l’exploitation de 18 centrales nucléaires réparties sur tout le territoire, avec un total de 57 réacteurs capables de générer près de 400 TWh chaque année. Imaginez donc la surprise et l’inquiétude des techniciens de la plus grande centrale du pays, celle de Gravelines, lorsque, il y a quelques jours, ils ont été contraints de suspendre la production de quatre de leurs réacteurs pour une raison pour le moins insolite… des méduses.

Cette information, d’abord relayée par l’Agence France-Presse (AFP), a rapidement fait le tour du monde. Il faut dire que ce n’est pas la première fois que des méduses entravent le bon fonctionnement d’une centrale nucléaire, mais chaque incident reste marquant, tant il illustre à quel point la nature peut parfois se révéler imprévisible face à nos infrastructures modernes.

Une centrale nucléaire à portée de mer

Située à proximité de Dunkerque et Calais, la centrale de Gravelines donne sur la Mer du Nord, ce qui est un avantage stratégique pour son refroidissement. En effet, c’est grâce à cette proximité que la centrale bénéficie d’un approvisionnement constant en eau pour ses systèmes de refroidissement. La centrale de Gravelines est la plus grande de France et la deuxième plus importante d’Europe, derrière celle de Zaporižžja en Ukraine. En service depuis 1980, elle dispose de quatre réacteurs, chacun d’une puissance de 910 mégawatts, contribuant à hauteur d’environ 6 % de la production d’électricité nationale. La mer joue ici un rôle essentiel : les pompes de refroidissement des réacteurs prélèvent directement l’eau dans un canal connecté à la mer, permettant ainsi une refroidissement efficace et continu.

La montée en puissance des méduses

Mais voilà que ces dernières années, la prolifération de méduses dans la région marine a pris une tournure préoccupante. Selon les images qui circulent, il semble que l’espèce en cause soit le Rhizostoma pulmo, communément appelé le « poumon de mer » en raison de sa taille imposante. La plus grosse méduse du Méditerranée, voire même de la Mer du Nord, selon certains experts, même si cette identification n’a pas été officiellement confirmée par les responsables de la centrale.

L’augmentation de la présence de ces créatures n’est pas une nouveauté. Avec le changement climatique entraînant une hausse de la température des eaux, ces phénomènes de « bloom » — des proliférations massives de méduses — deviennent de plus en plus fréquents. Les photos provenant de Gravelines en témoignent, montrant des dizaines d’individus échoués sur la plage. Ces méduses, en passant par les circuits de refroidissement, ont fini par « aspirer » de très grandes quantités de ces organismes, provoquant des blocages dans les tuyaux de refroidissement, ce qui a perturbé tout le processus.

Une coupure de l’énergie

Conséquence directe, les trois premiers réacteurs se sont automatiquement arrêtés, coupant la production en quelques instants. Le quatrième réacteur, quant à lui, a été arrêté manuellement par les employés de la centrale pour limiter tout risque de dégradation ou de fuite. L’opération d’arrêt a été menée dans le calme, sans incident, selon la société Electricité de France (EDF), qui gère la centrale. Aucun danger n’a été encouru par le personnel ni par l’environnement alentour, insistent-ils.

Cette interruption a cependant eu un impact immédiat sur la production électrique nationale, celle-ci ayant en partie diminué durant cette période. La perte d’énergie n’a pas généré de blackout ni de dommages majeurs, car le réseau électrique français bénéficie d’un approvisionnement diversifié. La production manquante a été compensée par d’autres sources d’énergie, notamment l’éolien, le solaire et l’importation d’électricité.

Les méduses, un problème récurrent

Ce n’est pas la première fois que des méduses créent des difficultés pour une centrale nucléaire. Dans les années 1990, Gravelines avait déjà connu ce type de problème. Plus récemment, en 2013, la centrale suédoise de Barsebäck a dû faire face à une problématique semblable, tout comme des installations en Japon, en Chine et en Inde ont été régulièrement affectées par le phénomène. Notamment, l’espèce Aurelia coerulea, originaire du Pacifique mais devenue invasive en Europe, a été recensée dans la Mer du Nord en 2020.

Ce constat montre que les méduses peuvent représenter un véritable défi pour les infrastructures énergétiques, en particulier celles utilisant directement l’eau de mer pour leur refroidissement. Il devient crucial de rechercher et de mettre en œuvre des stratégies efficaces pour prévenir ces incidents, afin d’assurer la sécurité et la continuité de l’approvisionnement énergétique face à l’augmentation prévisible de ces phénomènes liés au changement climatique.

Les chercheurs, les gestionnaires de centrales et les autorités doivent désormais s’atteler à élaborer des solutions innovantes, telles que des filtres ou des dispositifs empêchant les méduses d’entrer dans les circuits de refroidissement, pour éviter que cette problématique ne se répète à l’avenir. La bataille contre ces organismes marins invasifs s’inscrit dans une démarche plus large de résilience face aux défis environnementaux modernes.

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