Vaccin contre l’hépatite B : pourquoi retarder la première dose est un risque économique

La suppression de la recommandation universelle du vaccin contre l’hépatite B administré dans les premières 24 heures après la naissance aux États‑Unis augmenterait les cas de cirrhose et de cancer du foie, et pèserait sur les finances du système de santé.

L’hépatite B est une maladie infectieuse virale hautement prévenible qui peut provoquer des dommages chroniques au foie. Souvent dépourvue de symptômes et se transmettant par le sang et d’autres fluides corporels, elle expose les mères infectées à une probabilité extrêmement élevée de transmettre le virus au fœtus lors de la grossesse.

Heureusement, l’hépatite B est prévenable par la vaccination, à administrer dans les 24 heures suivant l’accouchement chez les enfants nés de mères porteuses de l’infection. Aux États‑Unis, dans le cadre d’un plan lancé par l’administration de Santé publique, il a été décidé, en décembre, de suspendre la recommandation universelle de vacciner contre le virus de l’hépatite B (HBV) à la naissance (avec les deux doses suivantes après un et six mois), lorsque les deux parents de l’enfant sont négatifs au virus.

Deux études publiées dans JAMA Pediatrics ont quantifié les effets de cette mesure en termes d’infections et de coûts de santé.

Tout allait bien grâce aux vaccins

Grâce à la recommandation universelle abrogée en décembre, de 1990 à 2019, les cas d’hépatite B aiguë chez les enfants, les adolescents et les jeunes de moins de 19 ans ont diminué de 99 % aux États‑Unis. La maladie contractée à la naissance est particulièrement insidieuse car dans 90 % des cas elle devient chronique: le virus n’est plus éliminé par l’organisme et, avec le temps, peut provoquer une cirrhose du foie et un cancer du foie. Environ 25 % des patients pédiatriques atteints d’hépatite B chronique active meurent prématurément des dommages hépatiques causés par la maladie.

La décision de suspendre l’obligation vaccinale faisait suite à une analyse du contexte épidémiologique actuel, qui montre une circulation du virus de l’hépatite B extrêmement faible. Une situation qui avait aussi été atteinte aux États‑Unis grâce à la vaccination.

Le nouveau cap prévoit que la première dose du vaccin ne puisse être donnée avant les 2 mois de vie et que, pour les deux doses suivantes, les parents doivent consulter le médecin traitant et décider s’il faut vacciner aussi sur la base de tests sérologiques mesurant les anticorps. Le message qui s’en dégage est celui d’un vaccin dont on doit évaluer l’opportunité au cas par cas, alors qu’il est établi depuis longtemps que le vaccin contre l’hépatite B est sûr dès le premier jour de vie.

Des chercheurs de l’Université Cornell (États‑Unis) ont comparé plusieurs scénarios selon lesquels la vaccination anti‑hépatite B serait administrée à 2 mois, 7 mois, 4 ans ou 12 ans, chez des enfants dont les deux parents étaient négatifs au virus, ou dont l’un des parents avait un statut infectieux incertain, ou les deux; ces modèles ont été comparés à des cas où les enfants avaient reçu les trois doses recommandées, ou une ou deux doses seulement.

Dans les groupes non vaccinés ou vaccinés de manière incomplète, davantage d’enfants ont fini par développer une hépatite chronique, une cirrhose et des tumeurs hépatiques. Plus le retard dans la vaccination était important, plus les coûts humains et les coûts de soins augmentaient: de 16 millions de dollars à 370 millions (jusqu’à 315 millions d’euros) – l’écart est large et lié à l’âge de la première vaccination et au respect du calendrier vaccinal complet, qui prévoit deux doses supplémentaires.

Selon une autre étude signée par des chercheurs du Boston Medical Center, lorsque la couverture vaccinale des enfants nés de mères qui n’avaient pas fait de dépistage pour l’hépatite B est descendue à 10 %, comme cela s’était produit lors d’une brève pause de la recommandation universelle en 1999, les modèles prévoyait environ 1 000 cas d’infections supplémentaires par an chez les enfants: les contaminations auraient ainsi été décuplées par rapport à l’ordre de cent cas qui surviennent avec une couverture vaccinale de 80 % des nouveau-nés, conforme aux niveaux atteints sous recommandation universelle.

La recherche démontre combien la prévention de l’hépatite B est sensible à la vaccination dès le premier jour de vie. Les chercheurs estiment même que, pour compenser l’augmentation des cas liée à une moindre couverture vaccinale, il faudrait que le dépistage maternel atteigne 98 % de couverture, un niveau qui n’a jamais été atteint en pratique.

Et en France ?

En France, pour les bébés nés de mère porteuse d’une infection chronique par l’hépatite B, la première dose du vaccin contre le virus est administrée entre la naissance et les 24 heures, accompagnée d’immunoglobulines spécifiques contre ce virus. S’ensuivent alors trois autres injections à 4 semaines, 8 semaines et 11/12 mois. Dans les autres cas, le vaccin anti‑hépatite B est inclus dans le vaccin hexavalent, à administrer chez les nouveau-nés au cours du deuxième mois, au quatrième mois et à 10 mois d’âge.

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