Vie d’astronaute : que devient l’esprit après des mois de cohabitation forcée dans l’espace

Lors des longues missions spatiales des astronautes de la Station spatiale internationale (ISS) ou lors de futurs voyages vers la Lune ou Mars, une poignée de personnes doit cohabiter et rester isolée longtemps du reste du monde.

Pour comprendre comment ces conditions pourraient influencer la psychologie d’un astronaute, une équipe de recherche suisse a étudié un groupe de scientifiques en mission sur la station Concordia, en Antarctique, l’une des plus isolées du monde. Les détails de leurs découvertes ont été publiés dans PNAS.

L’étude

La station Concordia, située à plus de 3 200 mètres sur le plateau antarctique, est l’un des lieux les plus isolés au monde, et pour cette raison elle est souvent utilisée comme modèle pour étudier l’adaptation humaine à de futures missions spatiales de longue durée.

Une équipe de 12 personnes a été impliquée dans la recherche : au cours des dix mois hivernaux de mission, les participants ont répondu à quatre moments différents à des questionnaires sur leur état d’esprit et sur le rapport avec leurs collègues, portant en outre des capteurs capables de détecter la proximité physique réciproque.

Des résultats inattendus

Les résultats ont été inattendus: ce n’était pas seulement l’isolement extrême qui affectait négativement l’état psychologique des membres de l’équipe, mais aussi la proximité excessive avec les collègues. Ceux qui avaient des contacts fréquents avec les autres signalaient plus souvent des épisodes de conflit, de méfiance et de baisse des performances. Il faut souligner que les résultats ne démontrent qu’une corrélation, et ne permettent donc pas d’établir une relation de cause à effet entre la proximité et le mal-être des participants.

Répartis en sous-groupes

Les données font apparaître aussi une tendance à se réunir en sous-groupes sur la base de la langue et de la nationalité; cette dynamique, expliquent les auteurs, permet d’une part de recevoir du réconfort et du soutien dans les moments de stress, mais d’autre part risque de fragmenter davantage une équipe multiculturelle composée déjà de peu de membres.

Au-delà de l’espace

Cette étude, particulièrement pertinente pour comprendre dans quelles conditions psychologiques pourraient évoluer les astronautes lors de futures missions spatiales de longue durée, est aussi utile pour comprendre les dynamiques qui pourraient s’installer dans des environnements d’étude et de travail tout aussi extrêmes et confinés, tels que les sous-marins ou les bases de recherche isolées.

«Les résultats montrent à quel point il est important d’identifier précocement les dynamiques sociales et de fournir aux équipes un soutien ciblé», conclut Jan Schmutz, coordonnateur de l’étude.

Article pensé et écrit par :
Avatar de Denis Perrin
Laisser un commentaire

trois × 3 =