À la chasse au miel, ensemble : la coopération insolite entre humains et oiseaux

En Afrique, les cueilleurs de miel des abeilles sauvages collaborent avec un petit oiseau, l’indicateur golanera. Lui repère les nids, les humains les ouvrent. Pour y parvenir, ils utilisent une série de sons qui permettent aux deux espèces de se coordonner. Une étude a analysé les appels des chasseurs et a constaté qu’ils varient d’un village à l’autre, comme les dialectes locaux.

L’homme a domesticé diverses espèces animales, mais il n’y a pas beaucoup de cas où il a plutôt appris à coopérer avec des animaux sauvages en partageant avec eux le travail et… les gains. Un exemple est la relation particulière entre les chasseurs de miel actifs dans certaines zones d’Afrique et un oiseau, l’indicateur golanera (Indicator indicator), au plumage brun crème et mesurant environ 20 cm. Les hommes cueillent le miel des nids d’abeilles sauvages et pour les localiser, ils se laissent guider par l’indicateur golanera, se coordinant à l’aide de signaux spécifiques émis par l’humain et par l’oiseau (écoutez-les ci-dessus). Une fois que l’indicateur golanera a repéré le nid, l’homme éloigne les abeilles avec de la fumée et ouvre le nid pour récupérer le miel : la cire et les larves partent en revanche vers son auxiliaire ailé. Jessica van der Wal, de l’Université du Cap (Afrique du Sud), étudie depuis des années cette collaboration: elle travaille dans la Réserve du Niassa, au Mozambique, où elle a mené avec les chasseurs de miel de l’ethnie Yao et Macua sa dernière étude, sur la façon dont les signaux utilisés par les humains varient d’une région à l’autre comme les dialectes locaux. Dans le cadre de la recherche, nous avons consacré un article sur Info Utiles n° 402 et ici vous trouverez l’interview intégrale avec Jessica van der Wal.

Quelle est la relation entre les chasseurs de miel et l’indicateur golanera ?

Cette relation représente un rare exemple de coopération entre l’homme et la faune sauvage. L’oiseau repère les nids cachés des abeilles sauvages, mais il ne peut ni les ouvrir ni y accéder en sécurité, alors que les êtres humains peuvent récolter le miel, mais rencontrent parfois des difficultés pour trouver les nids. Les abeilles construisent en effet leurs nids dans des arbres creux ou d’autres cavités, souvent avec des entrées minuscules, ce qui les rend difficiles à repérer pour la plupart des personnes. L’indicateur golanera est bien plus habile à trouver ces nids, si bien que coopérer avec lui accélère et rend la recherche plus efficace. L’oiseau guide les humains jusqu’au nid et, après que les humains l’aient ouvert, se nourrit de la cire et des larves qui restent à l’intérieur.

Comment fonctionne cette coopération ?

Les chasseurs de miel Yao, une ethnie du nord du Mozambique, utilisent un appel caractéristique, « BRRRR-HM », pour attirer l’indicateur golanera. Lorsque l’oiseau entend ce signal familier, il s’approche de l’homme et répond par des petits cris : ces oiseaux ont un chant particulier qu’ils utilisent uniquement pour guider les humains. L’oiseau vole ensuite en avant, se posant à plusieurs reprises et continuant à vocaliser pour guider le chasseur de miel vers un nid d’abeilles caché.

Le chasseur de miel répète l’appel, un « brrrr-hm » plus doux, pour signaler qu’il est toujours à proximité et prêt à poursuivre la collaboration. L’indicateur golanera cesse d’émettre des sons une fois le nid d’abeilles atteint.

Qu’est‑ce qui est apparu dans votre dernière recherche ?

Dans notre nouvelle étude, publiée dans People and Nature, nous avons découvert que les populations du nord du Mozambique utilisent des « dialectes » régionaux distincts lorsqu’elles communiquent avec les indicateurs golanera. Nous démontrons que la communication entre les humains et les indicateurs du miel varie en reflétant les variations régionales des langues humaines.

Les appels changent-ils d’un village à l’autre ?

Oui, les appels des chasseurs de miel varient au niveau régional au sein de la Réserve du Niassa, de manière qui rappelle les dialectes locaux. Les enregistrements de 131 chasseurs de miel issus de 13 villages de la réserve montrent que tant les appels de recrutement que les signaux de coordination plus bas (trilles, grognements, hurlements, sifflements) diffèrent entre les communautés, avec des différences qui augmentent avec la distance entre les villages. Ces variations régionales sont façonnées par la transmission culturelle plutôt que par les caractéristiques acoustiques de l’habitat, et les chasseurs itinérants adoptent les dialectes locaux de leur nouvelle communauté lorsqu’ils se déplacent entre les villages.

Et les oiseaux, comment réagissent-ils ? S’adaptent-ils aux appels locaux ?

Malgré ces différences dans les appels, la coopération entre les populations locales et l’indicateur golanera reste efficace et essentielle pour la subsistance humaine dans la Réserve du Niassa, suggérant que les deux espèces s’adaptent mutuellement à leur territoire partagé.

Avez-vous collaboré avec le peuple Yao pour cette recherche ?

Oui. Le projet de recherche sur les indicateurs golanera collabore avec une communauté de cueilleurs de miel Yao dans le village de Mbamba depuis 2013, et ce village a été l’un des sites d’étude dans le nord du Mozambique. Parmi les 131 personnes interrogées dans le cadre de l’étude récente, la majorité appartenait à l’ethnie Yao, avec certains participants issus de la communauté Macua, un autre groupe culturel important de la région. De plus, le coauteur Celestino Dauda est lui-même Yao et provient de l’un des villages inclus dans l’étude.

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