Le plaisir de jouer est présent dès les premières semaines de la vie et va de pair avec le développement psychophysique. Observer les évolutions qui se produisent dans ce domaine constitue une expérience particulièrement excitante pour l’adulte qui veille sur l’enfant.
Tout au long de l’enfance, le plaisir du jeu et l’apprentissage restent intimement liés. Tel un « scientifique en herbe », l’enfant est fasciné par le monde qui l’entoure : il l’explore et éprouve une satisfaction réelle en découvrant ses caractéristiques, ses côtés, les rapports de cause à effet. Passons en revue, étape par étape, ces « découvertes ».
Commençons à jouer
Le premier partenaire de jeu d’un nourrisson, c’est la mère: dès six semaines environ, leur échange vif comprend le regard réciproque, l’écoute, les vocalisations et le déplacement du corps. À 10 semaines, le bébé peut saisir une tige et faire converger ses yeux vers une balle colorée, même s’il ne sait pas encore coordonner la vue et la main. À 12 semaines, en position ventrale, la tête relevée et appuyé sur les avant-bras, il gratte le tapis sur lequel il est allongé et observe avec un grand intérêt les mouvements de ses doigts et le bruit qu’ils provoquent. En parallèle, il entre en contact avec les caractéristiques de l’espace physique qui l’entoure et commence à se construire une carte du territoire. Si on lui donne un jouet maniable, comme un grelot ou une cuillère en bois, il peut le saisir et l’approcher de son visage, le frappant parfois lui-même. Il a encore du mal à contrôler la tête, le cou et les muscles des yeux, mais il parvient à faire une prise « statique ».
Les premiers mois
Vers 18–20 semaines, le bébé peut atteindre et saisir un grelot, le secouer pour en entendre le bruit et l’observer avec une attention soutenue et un regard prolongé. Il ne parvient pas encore à le déposer avec précision, mais il peut le tenir quelques instants dans ses mains puis le laisser tomber. À 6 mois, les progrès du contrôle neuromusculaire lui permettent d’étendre la main et de maintenir la prise sur tout objet qui se trouve à sa portée ; comme il a découvert ses pieds depuis peu, il les utilise souvent comme appendices préhensiles auxiliaires pour saisir certains objets. Vers 7 mois, il commence à apprécier l’avantage de posséder deux mains, ce qui lui permet de passer un objet d’une main à l’autre avec une satisfaction certaine.
Entre 9 et 11 mois
Entre 9 et 11 mois, l’enfant prend conscience de la « permanence des objets ». Il peut, par exemple, soulever un coussin à la recherche d’un objet qui a été partiellement dissimulé (une partie restant visible) sous ses yeux et, deux à trois semaines plus tard, il répétera la même action pour retrouver un jouet complètement caché.
En déplacement, il se penche sur le côté de la poussette pour suivre du regard un objet qui tombe ou rebondit. Il commence à lancer les jouets, à la fois par plaisir de l’action motrice et par curiosité de voir et d’entendre la suite des événements lorsque les objets tombent, roulent, rebondissent, s’arrêtent ou se brisent. Il éprouve du plaisir à provoquer des bruits et, en même temps, des sensations tactiles qu’il ressent en frappant et en faisant glisser des objets solides comme des cubes, des clochettes ou des ustensiles domestiques sur des surfaces dures et lisses.
À cet âge, en outre, il observe attentivement un nouvel objet avant de l’attraper, comme s’il cherchait à évaluer sa qualité. Il faut rappeler que le petit privilégie la concentration sur un seul objet à la fois, qu’il manipule avec soin; évitons donc de lui présenter plusieurs objets en même temps afin de ne pas le déstabiliser et de ne pas lui enlever le plaisir d’explorer à son rythme.
Peu après, par imitation ou suite à une découverte personnelle, il peut, pour s’amuser et élargir ses connaissances, rapprocher deux objets ou les frapper ensemble (par exemple deux cuillères en bois). Il faut noter que sur ce point, les filles semblent plus précoces que les garçons, qui, en revanche, à cette période de développement peuvent manifester des initiatives locomotrices plus énergiques que celles des filles.
Entre 12 et 18 mois
Tous les enfants, lorsqu’ils commencent à se mouvoir à quatre pattes, explorent l’environnement domestique et recherchent la proximité de quelqu’un avec qui jouer, afin d’échanger des objets, de les rapprocher, ou de les lancer.
Autour de 12–15 mois, le petit est particulièrement intéressé par la relation entre le contenant et son contenu. On le voit alors s’employer à retirer et à remettre des objets dans un panier en papier, mais aussi dans une tasse ou un sac. Porté par la curiosité, il regarde dans les boîtes, les placards, les tiroirs pour trouver, manipuler, sentir et goûter les objets qu’il montre ensuite avec fierté à son entourage. De plus, entre 12 et 18 mois, il aime expérimenter la synchronisation entre le bruit et l’acte de frapper et déchire le papier pour profiter des sensations tactiles, auditives et visuelles qui découlent de cette activité.
Quand il commence à marcher, il aime tirer derrière lui des objets attachés à une corde et aussi pousser ou tirer d’autres objets à roues dans une direction précise; il utilise les wagons de son petit train pour transporter une grande quantité d’objets d’un endroit à un autre, augmentant volontairement le poids et la complexité des charges ainsi que leur volume, et il s’intéresse à des jouets typiques de son âge mais aussi — de manière très marquée — à des objets du quotidien tels que casseroles, sacs de courses, balais, seaux, outils de jardin et ainsi de suite.
En matière de communication, à ce stade l’enfant est capable d’exprimer ses besoins et ses sentiments à travers un mélange de gestes expressifs, de vocalisations franches et d’un répertoire de mots simples en expansion. Il manifeste ensuite un intérêt et un plaisir croissants à prononcer le nom des personnes qu’il connaît et aussi des objets qu’il voit sur des photographs.
Égoïsme ? Non, l’égocentrisme
Dès les premiers mois de la vie, l’enfant comprend que l’attention qu’il reçoit des adultes est guidée par des intentions et que la même chose ne se vérifie pas pour les objets. Par conséquent, les autres petits, qui ne sont pas encore guidés par des intentions et ne les manifestent donc pas envers lui, sont souvent perçus davantage comme des objets que comme des personnes. Cela n’indique pas de l’égoïsme mais un « égocentrisme » typique de cet âge, une attitude qui permet à l’enfant de percevoir certains aspects du monde mais pas d’autres.
En général, observer la progression de ces changements est une expérience enthousiasmante tant pour les parents que pour une éducatrice de crèche.