Approvisionnement en matières premières : pourquoi la chute des prix du pétrole est trompeuse


Ölförderpumpe im Gegenlicht.


Analyse

Approvisionnement en matières premières
Pourquoi la chute des prix sur le marché pétrolier est trompeuse

Date: 25/06/2026 • 06:24

Après l’accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran, les prix du pétrole ont fortement chuté. Toutefois, la baisse pourrait être surévaluée: de nombreux pays doivent désormais reconstituer leurs stocks de pétrole.

Prix du pétrole reflète beaucoup d’espoir

Pourtant, la chute des prix n’en raconte qu’une partie: elle reflète surtout les espoirs des investisseurs. « Dans cette baisse actuelle du prix du pétrole, il y a une attitude très positive », déclare Thomas Benedix, analyste des matières premières chez Union Investment, dans un échange avec la Rédaction financière d’ARD. Les opérateurs estiment que le démarrage de la production au Moyen-Orient se ferait sans accroc et que le détroit d’Hormuz resterait ouvert.

Des signaux encourageants viennent aussi des premiers navires qui franchissent de nouveau le détroit. Le trafic par la rue d’Hormuz a récemment atteint son plus haut niveau depuis le début de la guerre en Iran, selon l’entreprise spécialisée dans l’analyse des données maritimes, Kpler.

Baisse des prix du pétrole exagérée ?

Thu Lan Nguyen, responsable de l’analyse des matières premières et des devises à la Commerzbank, estime qu’il est à présent probable que davantage de pétrole de la région soit mis sur le marché. « Et cela réduit évidemment le gap d’offre sur le marché pétrolier qui avait soutenu les prix à la hausse. »

Cependant, lors d’un entretien avec la Rédaction financière d’ARD, Nguyen met aussi en garde contre un excès d’euphorie: « La chute des prix du pétrole est en partie exagérée, car nous ignorons encore à quelle vitesse le trafic maritime va se normaliser. » Et la vitesse à laquelle les marchés reviendront réellement à leurs niveaux d’avant-crise demeura « très, très incertaine ». Elle reste sceptique quant à un retour aussi rapide.

Les raisons sont simples: dommages éventuels aux installations pétrolières et infrastructures, remise en service complexe des plateformes mises hors service, mines dans le détroit d’Hormuz et coûts d’assurance élevés. À cela s’ajoutent des défis logistiques: les pétroliers ne se trouvent pas nécessairement là où l’on a besoin d’eux; les itinéraires et le personnel doivent être réorganisés.

Les stocks pétroliers vides soutiennent la demande

Mais même dans un scénario optimiste où la production régionale pourrait être rapidement relancée et le passage du détroit d’Hormuz retrouvé sans difficulté, il existe des risques haussiers pour le prix du pétrole. Et ceux-ci proviennent de la demande.

En effet, la guerre en Iran a entraîné une contraction record des stocks mondiaux. Selon l’AIE (IEA), ces stocks ont chuté de 252 millions de barils au 12 juin; à eux seuls les États de l’OCDE ont prélevé 163 millions de barils. Des gouvernements ont tenté de compenser les livraisons manquantes de brut en provenance du Golfe. C’est notamment pour cette raison que les prix n’ont pas encore progressé davantage.

La saison des voyages augmente la demande de pétrole

Pourtant, ces stocks doivent désormais être reconstitués. L’experte en matières premières Nguyen prévoit donc une demande supérieure à celle d’avant le conflit. Par ailleurs, la saison estivale, intensive en usages, verra le carburant (essence, diesel et kérosène) fortement sollicité.

De plus, certains pays pourraient viser des niveaux de stocks encore plus élevés qu’avant le conflit iranien pour se prémunir contre d’éventuels chocs d’offre à l’avenir. « La montée des stocks prendra nettement plus de temps que la réduction que nous avons observée ces derniers mois », affirme Benedix, analyste en matières premières.

Les banques abaissent ·Prognoses du prix du pétrole

Malgré les incertitudes persistantes, les grandes banques d’investissement américaines ont largement revu à la baisse leurs prévisions sur le prix du pétrole à la suite de l’accord-cadre USA-Iran. Goldman Sachs prévoit désormais environ 80 dollars le Brent pour le quatrième trimestre.

Morgan Stanley voit aussi le Brent à environ 80 dollars d’ici la fin de l’année — soit 15 dollars de moins que précédemment. Ils estiment que seulement environ la moitié des pertes de production pourraient être comblées d’ici septembre, et environ 80 pour cent d’ici décembre.

En revanche, Citigroup est nettement plus optimiste et prévoit 70 dollars le baril de Brent au quatrième trimestre — mais à la condition que les flux commerciaux à Hormuz soient revenus à la normale vers mi-juillet ou fin juillet.

Prévisions du Brent par les banques pour le Q4/2026 (par baril)
Banque Nouveau Ancien
Goldman Sachs

80 $

90 $

Morgan Stanley

80 $

95 $

Citigroup

70 $

80 $

2027 pourrait apparaître un excès d’offre pétrolière

À l’approche de l’année prochaine, beaucoup voit une détente à l’horizon. L’AIE prévoit pour 2027 un excédent d’offre net d’environ cinq millions de barils par jour. La demande mondiale de pétrole pourrait atteindre 105,3 millions de barils par jour, tandis que l’offre tournerait autour de 110 millions.

Certains producteurs pourraient aussi chercher à compenser des pertes de revenus par une hausse de la production. Nguyen, experte de la Commerzbank, cite particulièrement les Émirats arabes unis et l’Iran: « Ce sont deux États qui devraient augmenter fortement leur production. »

Normalisation pourrait durer jusqu’à fin 2027

La Normalisation pourrait provenir des États‑Unis aussi. Le nombre de puits pétroliers actifs a augmenté récemment: la production américaine est de 13,8 millions de barils par jour, soit près d’un record.

Pourtant, l’expert en matières premières Benedix rappelle qu’il faut rester patient. Le retour à la normalité est un processus en plusieurs étapes: « Il faudra probablement deux à trois mois pour que les chaînes logistiques se normalisent, puis deux à trois mois supplémentaires pour que toutes les installations de production au Moyen-Orient reprennent leur activité. » Et jusqu’à ce que tous les stocks soient rétablis, cela pourrait n’arriver que vers la fin de 2027.

Les prix du pétrole ne devraient pas chuter beaucoup

Le potentiel de baisse supplémentaire des prix du pétrole semble donc, en dehors de fluctuations à très court terme, limité. En fin de compte, la normalisation de l’offre et de la demande pourrait prendre plus de temps que ce que suggèrent les prix actuels.

À court terme, ces évolutions offrent toutefois aux marchés et aux économies du monde une pause bienvenue. C’est aussi pour nombre d’États une occasion de reconstituer leurs stocks et peut-être de réviser leurs politiques énergétiques.

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