Et si l’on vous disait que, du point de vue environnemental, il serait préférable de mettre votre voiture diesel ou essence à la casse pour la remplacer par une électrique, même si vous venez de l’acheter ?
C’est la conclusion surprenante à laquelle est parvenue une étude publiée dans Science, qui a analysé l’empreinte carbone du remplacement d’un véhicule par un autre aux États‑Unis. « Remplacer un véhicule à moteur à combustion interne par un véhicule électrique à batterie réduit presque toujours les émissions de gaz à effet de serre », affirme Roland Geyer, l’un des deux auteurs de la recherche.
Quand on parle de l’empreinte écologique des véhicules électriques, il faut prendre en compte non seulement les émissions liées à la production (principalement de la batterie), mais aussi celles liées à l’électricité qui les alimente, qui, si elle provient de sources renouvelables, est à impact nul, mais si elle provient de sources fossiles, pollue. À cela s’ajoutent les coûts environnementaux du recyclage des batteries en fin de vie.
Quand est-il préférable de passer à l’électrique ?
Bien que l’on prenne en compte tous ces éléments, de nombreuses études ont démontré que les véhicules électriques présentent une empreinte carbone nettement inférieure à celle des véhicules à combustion interne. L’aspect qui n’avait jamais été examiné jusqu’à présent était de déterminer quel serait le meilleur moment pour passer à l’électrique afin de maximiser les bénéfices climatiques.
À cette question, les deux chercheurs ont tenté de répondre en s’appuyant sur des commentaires recueillis dans un projet antérieur: « Certaines personnes pensaient qu’il serait plus durable de conserver leur voiture jusqu’au moment de la mettre à la casse, tandis que d’autres hésitaient sur le meilleur moment pour la remplacer », explique Elliott Campbell, coordinateur de l’étude.
L’étude
Les deux auteurs ont analysé plus de 400 modèles de véhicules à combustion interne et électriques, en considérant leur efficacité, la source d’électricité qui les alimente, le kilométrage et les émissions liées à la production des batteries. Les résultats montrent que le bénéfice climatique le plus important s’obtient en mettant à la casse une voiture à essence ou diesel dès la première année d’utilisation et en la remplaçant par une électrique, avec une réduction des émissions de carbone de 58 % sur une période de 16 ans par rapport à garder le véhicule à combustion interne pour toute sa durée de vie utile.
Exceptions qui confirment la règle
Les bénéfices de la substitution varient selon la localisation et le type de véhicule (à rappeler que l’étude a été réalisée aux États‑Unis), mais dans 92% des cas analysés, on observe une réduction des émissions de carbone. Une exception notable concerne les véhicules hybrides rechargeables: étant déjà efficaces, les remplacer prématurément par un véhicule électrique peut, dans certains cas, augmenter les émissions au lieu de les réduire.
De même, il ne convient pas de remplacer un véhicule essence que l’on conduit moins de 7 000 km par an.
Enfin, la composition du mix énergétique du réseau local influe également: lorsque l’électricité dépend fortement du charbon ou d’autres sources fossiles, l’avantage du remplacement se réduit. Toutefois, pour les modèles d’automobiles à essence les plus vendus aux États‑Unis, le remplacement anticipé entraîne une réduction des émissions même sur les réseaux électriques les plus « sales ». En France, l’électricité est largement décarbonée grâce au nucléaire et à une part croissante d’énergies renouvelables, ce qui rend le passage à l’électrique encore plus écologique.