En marchant sur les plages françaises, surtout en été, il n’est pas rare de croiser des structures étonnantes issues du monde naturel : les coquillages. Leur beauté a captivé les êtres humains depuis la nuit des temps, si bien qu’elles étaient déjà utilisées comme ornements à la préhistoire. Non seulement par nos ancêtres Homo sapiens, mais aussi par l’Homme de Néandertal, qui façonnait, perforait et embellissait ces objets avec des pigments. Mais que sont vraiment ces coquillages ? « Les coquillages sont l’exosquelette produit par certains mollusques, une sorte de carapace qui les protège et leur sert de support : cela revient un peu à l’idée d’un squelette externe, comme celui des coraux », explique Giovanni Coletti, chercheur à l’Université de Milan-Bicocca. « Ces structures sont composées de carbonate de calcium, fabriqué par le manteau, la couche extérieure du corps du mollusque. Le manteau sécrète une matrice organique appelée conchioline, qui est constituée de protéines. C’est à l’intérieur de cette matrice que se forment les cristaux de carbonate de calcium. »
Comment une coquille grandit-elle ? « Chez les bivalves, par exemple, la croissance se fait de manière concentrique, en ajoutant des couches le long de l’umbone, qui est la partie supérieure de la valve, où les deux parties du coquillage se rejoignent. Chez les gastéropodes, en revanche, la forme en spirale est la règle, et la croissance se produit par l’ajout successif d’un « rayon » de matière, ce qui forge la forme en hélice », précise encore Giovanni Coletti.
Les géants de la Méditerranée
De certaines espèces, on trouve des exemplaires de très grande taille. Pensons à la tridacne géante (Tridacna gigas), qui vit dans le Pacifique, dont les valves peuvent mesurer jusqu’à 120 centimètres de largeur. En Méditerranée, le plus grand bivalve endémique est la nacra (Pinna nobilis), dont les valves dépassent souvent un mètre de diamètre.
Selon Valentina Alice Bracchi, docteure en paléontologie et paléoécologie à l’Université de Milan-Bicocca, « le carbonate de calcium peut se présenter sous forme de cristaux d’aragonite ou de calcite. La nacre, ou mèreperle, présente notamment des lamelles superposées de cristaux d’aragonite. » Mais qu’est-ce qui confère à ces coquillages leurs couleurs si caractéristiques ? « Le carbonate de calcium est généralement blanc, mais la conchioline peut contenir des pigments responsables des couleurs. C’est pour cela que, avec le temps, les vieilles coquilles ont tendance à devenir blanches : elles perdent la partie organique qui leur donnait leur teinte initiale. Certaines plages, notamment celles d’atolls tropicaux, sont composées en grande partie de fragments de coquillages, ce qui leur donne un aspect lumineux », explique Giovanni Coletti.

Un venin mortel
Les mollusques propriétaires de ces carapaces peuvent être herbivores, se nourrissant d’algues ou de végétaux aquatiques, ou filtres, qui captent les substances organiques présentes dans l’eau — c’est le cas de nombreux bivalves, souvent fixés à un substrat. Certains, par contre, sont de véritables chasseurs. Ces derniers se nourrissent de coraux, de petits poissons ou d’autres mollusques. Parmi eux, le cône géographique (Conus geographus), mollusque gastéropode présent dans l’océan Indien et dans le Pacifique, est particulièrement redoutable. Doté d’une proboscis équipé d’un dard modifié, il peut tirer ce dernier comme un harpon pour injecter un venin si puissant qu’il peut tuer un humain. « Certains mollusques, comme les murènes, chassent aussi en perforant la coquille de leurs proies avec leur radula — une sorte de râpe située dans leur appareil buccal — en y sécrétant une substance corrosive qui fend le coquillage », précise Valentina Bracchi.
Le mimétisme au fond de la mer
Les couleurs et formes que nous admirons chez les coquillages jouent un rôle essentiel dans leurs stratégies de survie et de chasse. « La coloration peut leur permettre de se camoufler, ou au contraire de signaler leur dangerosité aux prédateurs », explique Bracchi. « Les épines et autres structures ornamentales ont aussi une fonction défensive. Par exemple, certains mollusques fixés au fond ont des épines qui les protègent des prédateurs. En revanche, les mollusques très mobiles tendent à afficher des coquilles plus épurées, sans ornements excessifs. Enfin, la structure de la coquille peut aussi aider l’animal à se dissimuler parmi les algues ou au sein des récifs coralliens », conclut-elle.