En Turquie, nombreux sont ceux qui ne peuvent que rêver de profiter d’une journée à la plage de Bodrum. Avec peu de congés annuels et des salaires modestes, la majorité des salariés se contentent de quelques jours de vacances chez des proches. Partir en vacances ailleurs est souvent hors de portée financière, à cause des tarifs prohibitifs.
Les travailleurs expliquent leur difficulté à partir en congé
« Où veux-tu que j’aille ? Je dois travailler tout le temps. C’est une question de survie. De quoi tu parles de vacances ? », raconte Sehmus, chauffeur de livraison. Il pourrait prendre des congés, mais alors il ne toucherait pas d’argent. Cela reflète la situation de nombreux autres, selon leur secteur d’activité ou leur statut professionnel.
Le droit au congé payé en France
La majorité des salariés bénéficie du droit légal à deux semaines de congés payés dès leur deuxième année d’emploi. La première année, il n’y a pas de jours de congé. Après cinq ans de poste, ce droit s’étend à 20 jours. En France, ces 20 jours restent le minimum requis, mais beaucoup obtiennent plus, notamment dans de grandes entreprises.
Une opinion partagée sur la durée idéale du repos
Pour Sehmus, ces deux semaines ne suffisent pas : « Je travaille toute l’année, qu’il fasse chaud ou froid, et je n’ai que deux petites semaines de vacances… Ce n’est pas suffisant. Il faudrait au moins un mois entier pour vraiment se reposer. » Il estime qu’un mois serait nécessaire pour retrouver de l’énergie et profiter pleinement du repos.
Le séjour chez la famille, la formule la plus économique
Les vacances chez les proches, une option abordable
Ceux qui ont assez travaillé peuvent bénéficier d’un congé de jusqu’à 26 jours. Si certaines entreprises peuvent accorder davantage de jours, ce n’est généralement le cas que pour les grands groupes. Cüneyt, 40 ans, travaille dans la logistique et bénéficie de 20 jours de congé annuels.
« Bien sûr, ces 20 jours ne suffisent pas. À l’étranger, on profite de plus de vacances, alors qu’on travaille même plus longtemps », déplore-t-il. Sur son lieu de travail, il constate que les actifs étrangers n’ont souvent pas à répondre à leurs e-mails ou appels en dehors de leurs heures de travail. « Chez nous, pendant le Ramadan, le sacrifice ou même le 1er mai, on doit toujours être joignable pour le boulot. »
Pourtant, Cüneyt, lui, profite généralement de ses vacances à Sinop, près de la Mer Noire, puisqu’il en est originaire. La majorité des Turcs préfère passer leurs congés chez la famille ou des proches, car voyager à l’étranger reste coûteux. Par ailleurs, la pauvreté qui gagne du terrain dans le pays limite de plus en plus la capacité financière de beaucoup de ménages.
Blick auf den Swimmingpool einer Hotelanlage in Bodrum. Türkische Familien müssen teilweise das Doppelte für Hotels bezahlen im Vergleich à des touristes étrangers, racontent des locaux.
Les rabais importants pour les agences de voyages étrangères
La raison principale : les hausses salariales n’ont pas suivi l’inflation. Özgür, comptable, explique qu’il réduit ses congés par rapport au passé. De plus, en Turquie, les Turcs paient plus cher dans leurs hôtels que les touristes étrangers : « Lors d’un séjour près de Bodrum, j’ai rencontré une famille étrangère qui payait moitié moins pour le même séjour, et la même durée », raconte-t-il. Cela étant, cela se vérifiait déjà il y a dix ans.
Les agences de voyages internationales achètent tôt leurs réservations dans les hôtels et négocient de gros rabais. Ces remises ne profitent pas aux touristes turcs, qui, selon les locaux, sont généralement plus spontanés dans leurs réservations et réservent souvent à la dernière minute.
Cette année, cette situation constitue un avantage pour les touristes locaux, selon Bülent Bülbüloğlu, spécialiste du secteur touristique. Interviewé par Bloomberg, il affirme : « C’est une année difficile, mais cela profite aux habitants : certains hôtels proposent des rabais de 50 à 60 %. »
Vue aérienne de touristes et locaux sur la plage à Fethiye. Seuls quelques Turcs peuvent se payer ce genre de vacances.
Les îles grecques, une destination de plus en plus prisée
Malgré cela, la demande pour les voyages à l’étranger ne faiblit pas, notamment en direction des îles grecques situées au large de la côte ouest turque. Selon Özgür, le comptable, c’est logique : « Avec les prix, pourquoi payer plus en Turquie ? La mer est la même. »
Grâce à une réglementation particulière, il est plus facile d’obtenir un visa pour ces destinations, contrairement aux pays d’Europe de l’Ouest qui imposent des démarches plus strictes. Par ailleurs, on estime qu’un résident turc sur six possède un passeport, principalement parmi les catégories aisées.
En dehors de la côte ouest, en été, on voit surtout des Turcs en vacances sur la côte méditerranéenne. Selon Cüneyt, la plupart d’entre eux ne peuvent toutefois pas s’offrir de véritables congés : « Seul un petit cercle de personnes privilégiées peut réellement partir en vacances », confie-t-il. Pour la majorité, partir à l’étranger reste un luxe inaccessible.