Quand on évoque la perte de biodiversité et les espèces menacées d’extinction, il y a une catégorie dont on a tendance à sous-estimer l’importance, voire à considérer comme si elle pouvait disparaître sans réel impact.
Il s’agit des parasites, présents dans la majorité de toutes les espèces vivantes, et qui risquent donc de disparaître avec elles. Cela soulève de nombreuses interrogations, car leur disparition pourrait avoir des conséquences inattendues. Un exemple illustratif est celui du cacapo, le pigeon le plus lourd du monde, qui se trouve en danger critique d’extinction depuis plus d’un siècle. La diminution de sa population conduit également à l’élimination progressive de ses parasites, et nous ne savons pas encore quelles en seront les répercussions, comme le révèle une étude récemment publiée dans la revue Current Biology.
Une plongée dans les excréments.
Une plongée dans l’univers des déjections. La reconnaissance du cacapo comme étant en voie d’extinction remonte à 1890, année où ont été lancées les premières initiatives de conservation et de protection. Grâce à ces efforts, une vaste quantité de données a été accumulée sur cette espèce, et tout particulièrement sur ses excréments, qui sont étudiés depuis plus d’un siècle.
De plus, ce grand perroquet, endémique de Nouvelle-Zélande, nous a laissé un patrimoine précieux sous la forme de coprolithes – c’est-à-dire des excréments fossilés – dont certains ont été datés à plus de 1 500 ans. Ces vestiges offrent une fenêtre unique sur l’histoire évolutive de cette espèce et de ses parasites, que l’on peut étudier sur plusieurs millénaires.
À la recherche de parasites.
Recherche sur 1 500 ans de parasites. Grâce à l’analyse des excréments du cacapo conservés depuis si longtemps, l’équipe de chercheurs a identifié les parasites qui cohabitent avec cet oiseau. Et les résultats sont surprenants : plus de la moitié des taxa parasitaires présents avant les années 1990 ont disparu des excréments du cacapo.
Il faut préciser que parmi 16 taxa différents qui peuplaient ses intestins, neuf se sont éteints avant même cette période, et quatre autres ont disparu par la suite. Le choix de fixer le tournant dans les années 1990 n’est pas anodin : c’est en effet à cette période que l’on a commencé à contrôler strictement les derniers cacapos encore en vie afin de tenter de préserver l’espèce. Malheureusement, cette mesure, radicale, a eu pour conséquence de faire disparaître une grande partie de leurs parasites, qui étaient pourtant une partie intégrante de leur écosystème.
Les bénéfices d’une coexistence ancienne.
Une coexistence millénaire. On pourrait se demander : n’est-ce pas mieux ainsi ? Après tout, les parasites sont généralement considérés comme nuisibles pour leur hôte. Pourquoi devrions-nous nous désoler de leur disparition ?
Mais il est important de comprendre que si ces parasites disparaissent, c’est principalement en raison du déclin de la population de cacapos. Moins d’individus signifie moins d’hôtes, ce qui complique leur survie. Il est même possible que tous les parasites du cacapo finissent par disparaître avant leur hôte, ce qui représenterait une perte significative pour la biodiversité.
De plus, il y a des raisons pour penser que les parasites ne sont pas uniquement nuisibles. La communauté scientifique débat encore sur leur rôle précis, mais certains chercheurs avancent que ces organismes pourraient même contribuer au développement du système immunitaire de leurs hôtes. En outre, ils pourraient jouer un rôle de défense en protégeant l’oiseau contre d’autres parasites potentiellement plus nuisibles, en servant en quelque sorte d’ »ampleur immunitaire ».
En somme, si le cacapo a vécu en harmonie avec ces parasites durant des millénaires, il serait préférable qu’ils continuent à coexister, car étant parfaitement adaptés à cette relation. L’introduction de parasites « nouveaux » pourrait d’ailleurs s’avérer encore plus dangereuse pour lui, et perturber un équilibre fragile déjà mis à mal par la déclin de l’espèce.