Une thérapie combinée améliore la survie des patients atteints d’un carcinome pulmonaire à petites cellules, une tumeur du poumon à progression rapide.
On parle beaucoup du cancer du poumon ces dernières semaines, avec la découverte et l’ablation d’un nodule pulmonaire (qui s’est avéré être un adénocarcinome pulmonaire) chez le Pape Léon XIV. Mais le 24 octobre, c’est un autre type de cancer du poumon qui a concentré l’attention des oncologues réunis par la Société européenne d’oncologie médicale (Esmo) lors d’un congrès à Madrid: le microcarcinome, ou carcinome pulmonaire à petites cellules, contre lequel une avancée thérapeutique a peut‑être été trouvée.
L’association de deux immunothérapies a prolongé de 8,4 mois la survie médiane des patients atteints de cette forme de cancer, parmi les plus agressives et à diffusion rapide, la faisant passer de 12,7 mois à 21,1 mois.
Les experts en santé pulmonaire qualifient cette avancée de révolution, car l’approche est parvenue à inverser la trajectoire de la maladie, en la ciblant à un stade où elle est généralement au repos et avant qu’elle ne reprenne sa progression. Les résultats de l’étude internationale de phase 3 (étude DeLLphi‑305) ont été publiés dans la prestigieuse revue médicale New England Journal of Medicine.
La stratégie : éviter l’effet rebond
Le microcarcinome, ou cancer pulmonaire à petites cellules (SCLC, de l’anglais small-cell lung cancer), est responsable de 10‑15 % des cancers du poumon et se présente généralement chez les fumeurs. Il se propage rapidement vers d’autres organes et, pour cette raison, porte en général un pronostic plus sombre, car il est diagnostiqué lorsque la maladie est déjà disséminée hors du poumon.
Cette tumeur suit en outre un schéma qualifié « d’effet rebond ». Initialement, elle répond à la chimiothérapie, montrant une phase au cours de laquelle sa progression est freinée, puis elle revient ensuite à progresser, laissant peu d’options thérapeutiques.
Colpurer la tumeur pendant la phase d’arrêt
La stratégie testée consiste à frapper le microcarcinome précisément pendant la phase d’arrêt, avant qu’il n’ait le temps d’organiser une reprise. Dans le cadre de l’étude, dirigée par Maurice Pérol, oncologue du Centre Léon-Bérard de Lyon, en France, 563 patients ayant terminé la thérapie standard ( chimiothérapie plus immunothérapie avec le médicament durvalumab ), ont été répartis en deux groupes afin d’évaluer la meilleure stratégie de maintien. Le premier groupe a poursuivi avec uniquement durvalumab (standard actuel), le second a associé à l’immunothérapie un anticorps bispéficie, le tarlatamab.
Cet médicament est conçu pour accrocher simultanément deux cibles : d’un côté, une protéine fortement exprimée à la surface des cellules tumorales, et, de l’autre, un récepteur situé sur les lymphocytes T, ces globules blancs qui reconnaissent et détruisent les cellules tumorales.
Le médicament joue en réalité le rôle d’un pont entre les lymphocytes et les cellules à détruire, les rapprochant de manière à faciliter l’attaque. Parallèlement, l’autre médicament, le durvalumab, désactive une protéine‑bouclier sur les cellules tumorales afin que le système immunitaire puisse les reconnaître.
I résultats et les effets secondaires
Cette association s’est révélée redoutable pour le microcarcinome et a entraîné une réduction de 58 % des décès à un an du traitement. Les deux immunothérapies utilisées ensemble ont augmenté la durée médiane pendant laquelle la tumeur est dormante, passant de 1,9 mois à 7,4 mois, et ont amélioré la réponse aux soins, la tumeur diminuant davantage chez 26,4 % des patients traités avec les deux immunothérapies, contre 4,1 % des patients du groupe standard.
Cependant, ce traitement a aussi provoqué, chez environ la moitié des patients, une réaction inflammatoire systémique — le syndrome de libération de cytokines — qui se manifeste par de la fièvre, un essoufflement, une tachycardie et une chute marquée de la tension artérielle, due à une activation massive du système immunitaire, heureusement modérée. Cet effet justifie la délivrance du traitement dans des centres oncologiques spécialisés. Pour l’instant, toutefois, il faut attendre que les autorités réglementaires approuvent le tarlatamab (déjà utilisé aux États‑Unis dans les récidives après chimiothérapie) aussi pour la phase de maintenance.