Cancer du sein : l’IA repère ce que l’œil humain rate — comment elle réduit le risque entre deux mammographies

L’IA, associée au travail du radiologue, identifie des signaux extrêmement précoces de cancer du sein, réduisant de façon drastique son incidence entre deux mammographies.

De plus en plus, à l’avenir, les médecins pourront compter sur l’aide de l’IA pour renforcer leurs capacités diagnostiques. Cet avenir est aussi maintenant: dans une étude portant sur 100 000 patientes suédoises, le soutien de l’IA dans la lecture des résultats de mammographie a permis de réduire de 12% le taux de diagnostic du cancer sur la période entre deux dépistages.

Les femmes dont les examens avaient été examinés, non seulement par le radiologue, mais aussi par un logiciel d’IA spécialement entraîné, ont donc eu un risque inférieur de développer un cancer d’intervalle, un type de cancer qui apparaît après un dépistage négatif et avant le passage du dépistage suivant, lié à la fois aux limites des examens de dépistage et à l’erreur humaine. Les résultats ont été publiés dans The Lancet.

Pour les cas suspects, quatre paires d’yeux

L’étude a impliqué des patientes d’un âge moyen de 55 ans devant subir une mammographie de contrôle. La moitié des patientes a suivi le protocole standard, dans lequel les résultats sont lus séparément par deux radiologues; dans l’autre moitié des cas, les examens ont également été analysés par un programme d’IA.

L’expérience a eu lieu entre avril 2021 et décembre 2022. Le logiciel, entraîné sur plus de 200.000 images mammographiques de femmes provenant d’au moins 10 pays, a évalué sur une échelle de 1 à 10 la probabilité de présence d’un cancer dans la mammographie de chaque patiente, en analysant les motifs visuels récurrents dans chaque image. Les examens à faible risque, notés de 1 à 9, ont été adressés à un seul radiologue pour contrôle, tandis que ceux à haut risque (avec un score de 10) ont été envoyés à deux radiologues. Dans tous les cas, les médecins étaient des professionnels expérimentés, avec au moins 5 ans d’expérience.

Un dépistage plus fin

Le dépistage renforcé par l’IA a réduit les diagnostics de cancer dans les deux années qui suivent la mammographie et avant celle qui suit, de 12%. Des études antérieures avaient démontré que, avec le soutien de l’IA, les programmes de dépistage détectent 29% de cancers du sein en plus, sans augmenter le risque de faux positifs. Le nouveau travail apporte une pièce au puzzle, démontrant l’efficacité de la lecture par l’IA (plus capable de déceler les tumeurs à leurs stades les plus précoces par rapport à l’œil humain) à réduire l’éventualité de formes de cancer agressives, qui passent inaperçues lors de l’examen et se développent de façon agressive dans les mois qui suivent.

Les prochaines étapes

La recherche ne affirme pas que l’IA soit meilleure que l’humain pour détecter le cancer du sein à partir de la mammographie, mais elle soutient qu’elle peut constituer un outil important et complémentaire pour ne pas laisser passer des signaux potentiellement préoccupants.

Dans le sud-ouest de la Suède, où l’étude a été menée, ce type de logiciel pourrait être utilisé en clinique dès quelques mois. En France, comme ailleurs, il faudra toutefois démontrer qu’il est rentable en termes de coût-efficacité. Pour que l’investissement soit rentable et valable, il devrait réduire le taux de cancers d’intervalle de 5% ou plus.

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