L’adolescence est une période de grands changements et il importe de reconnaître la croissance à laquelle les jeunes font face, en leur accordant leur confiance.
À un moment donné, cela arrive… et il n’y a pas moyen de l’éviter : ce bel et doux petit garçon, l’amour de maman et papa, se transforme en un monstre boutonneux qui avance en clopinant, répond par des grognements et ferme la porte de sa chambre. Certains parviennent à déceler des signaux annonciateurs (quelque chose en lui est en train de changer), d’autres ont le pressentiment que tout cela s’est produit du jour au lendemain et de se réveiller le matin avec un inconnu à la maison (« qui es-tu, où est passé mon fils ? »).
L’adolescence
Terreur pour de nombreux parents, longtemps source de multiples représentations sociales et culturelles qui ont guidé les pratiques éducatives qui en découlent, s’ouvre ainsi cette période de la vie définie comme l’adolescence: une époque de grandes transformations physiques, psychologiques, cognitives, émotionnelles et relationnelles dont le fil rouge se repère dans ce long parcours qui vise à forger sa propre identité.
Déjà dès les premières phases (pré-adolescence) de ce chemin de croissance, le jeune perçoit que quelque chose, non seulement à l’extérieur mais aussi en lui, est en train de changer, même s’il n’arrive pas encore à nommer la tempête d’émotions, de sensations, d’angoisses et de frissons qui l’agitent de manière incontrôlable. Dans ce sens, l’importance des transformations cognitives qui accompagnent ces changements physiques prend une place majeure : le passage de ce qu’on appelle la “pensée concrète” à une pensée “hypothético-dédutive” va progressivement lui permettre d’acquérir la capacité de se représenter, de s’observer dans le changement et d’évaluer ce qui se passe en lui.
Le jugement
En cette période si incertaine, nous observons dans les comportements des adolescents de nombreux mouvements et oscillations qui ne sont pas toujours correctement compris par le monde adulte. L’adolescent met en crise le parent et la réponse la plus immédiate est souvent d’adopter une attitude jugeante (« tu ne m’écoutes pas, tu te comportes mal, pourquoi fais-tu ça ? Tu n’as aucune envie de faire quoi que ce soit, tu me rends fou, je ne te reconnais plus ! ») ou excessivement appréhensive (« j’ai peur qu’il/elle ait un problème… »). Les deux modes de réaction, bien que compréhensibles, ne facilitent pas la relation éducative qui traverse déjà une phase délicate de redéfinition.
Voir au-delà
L’invitation est donc à un changement de perspective: la première et difficile tâche des parents est de parvenir à regarder les comportements contradictoires des adolescents comme des manifestations extérieures de besoins profonds et d’un parcours évolutif qui, par nature, avance par essais et erreurs, étapes non linéaires, avancées puis retours précipités. Cela signifie se mettre à l’écoute et retrouver un regard positif sur cette étape de la vie qui possède une immense valeur génératrice.
Celui qui a eu l’occasion d’entrer en relation avec les jeunes dans l’état « je ne suis plus mais je ne suis pas encore » sait, avec certitude, que derrière une manière d’être parfois irritante ou apathique ou presque incompréhensible se cache un merveilleux trésor de beauté, de sensibilité d’âme et de potentiel à découvrir.
Les clés de la maison
Un premier pas important consiste à reconnaître chez le jeune la croissance qu’il accomplit, en attribuant de la valeur à l’expérience qu’il vit. Autrefois, une partie de cette fonction essentielle était assurée par de nombreux « rites de passage » marquant la transition de l’enfance à la naissance de l’adolescence; aujourd’hui encore, il est non seulement possible mais souhaitable d’identifier et de proposer une nouvelle ritualité symbolique.
Un exemple simple et efficace peut être la remise des clés de la maison. Un geste qui, s’il est effectué par les parents au moment qui convient, transmet une série de messages importants. Remettre les clés signifie « tu es assez grand pour… », « nous avons remarqué que tu n’es plus l’enfant d’hier ». Cela signifie en même temps reconnaître le moment de croissance et donner de la confiance, et aussi offrir une opportunité d’autonomie et d’exercice de la responsabilité, accompagnée de règles partagées.
Et si l’on pense que parler de confiance et de responsabilité envers un adolescent encore incertain dans le monde est audacieux ou paradoxal, demandons-nous comment il saura apprendre sans en avoir jamais fait l’expérience et souvenons-nous que, au contraire, c’est précisément là que réside le sens le plus profond de l’éducation. Vivons donc l’adolescence de nos enfants non pas comme une condamnation ou une maladie mais comme une aventure fascinante, en essayant de percevoir dans le jeune garçon boutonneux d’aujourd’hui ce jeune adulte qui s’épanouira demain.
