Comment les poulpes détectent les mauvaises odeurs grâce à leurs tentacules

Comment les poulpes détectent la nourriture gâtée sans nez

Lorsque nous devons déterminer si un aliment est encore comestible ou s’il a tourné, nous nous fions principalement à notre odorat, et la majorité des animaux dotés d’un sens de l’odorat font de même. Mais qu’en est-il de ceux qui n’ont pas de nez ?

Les poulpes, par exemple, ont la capacité de discerner si ce qu’ils ont devant eux est encore comestible ou s’il faut l’éviter. Récemment, une étude innovante a révélé que leur secret réside dans leurs tentacules, et en particulier dans leurs ventouses. Ces appendices jouent un rôle étonnant, en faisant office de nez, en interagissant de manière fascinante avec les organismes responsables de la décomposition. Cette recherche a été publiée dans la revue Cell.

Les œufs pourris

L’idée de cette étude est venue de l’observation de Nicholas Bellono, biologiste moléculaire à Harvard. En regardant quelques spécimens dans un aquarium, il a remarqué que certaines femelles de poulpe de l’espèce Octopus bimaculoides, aussi appelés simplement « bimac », chassaient et sélectionnaient attentivement leurs œufs. Ces poulpes, facilement identifiables grâce aux deux taches bleues en forme d’yeux situées de part et d’autre de leur tête, semblaient faire un tri soigneux parmi leur couvée.

Bellono a observé que ces femelles sélectionnaient certaines œufs qu’elles enlevaient de leur nid. En les examinant au microscope électronique, il a découvert que ces œufs étaient recouverts de bactéries. Il a alors imaginé que la mère pouvait repérer ces œufs « infectés » et les rejeter pour éviter de contaminer tout le reste de la couvée. Ce comportement est très proche de celui adopté par les poulpes lors de la chasse : ils peuvent écarter certaines proies parce qu’elles sont porteuses de bactéries.

Une détection sensorielle par les tentacules

Pour vérifier cette hypothèse, le laboratoire de Bellono a mené des expérimentations précises. Tout d’abord, ils ont identifié 300 espèces de bactéries présentes sur des œufs ou des proies rejetées. Ensuite, ils ont mis en contact ces bactéries avec des cellules produisant les mêmes molécules que celles émises par les tentacules des poulpes lorsqu’ils entrent en contact avec un objet.

Ce contact a généré des décharges électriques, un phénomène observable en laboratoire. Chez un poulpe réel, ces signaux électriques sont envoyés directement au cerveau, permettant à l’animal de percevoir et d’interpréter son environnement avec une précision remarquable. En d’autres termes, les tentacules n’agissent pas seulement comme des organes de manipulation, mais aussi comme un sens chimique sophistiqué.

Concrètement, cette étude montre que les tentacules du poulpe produisent des substances chimiques capables d’interagir avec les bactéries contaminantes présentes sur les œufs ou autres objets. Lorsqu’ils détectent des signaux indiquant la présence de ces bactéries, ils rejettent l’objet contaminé. Ainsi, même sans nez, le poulpe peut éviter de manger une nourriture potentiellement dangereuse et protéger efficacement sa progéniture contre la contamination bactérienne.

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Avatar de Jerry Guirault
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