Les hommes qui recherchent à préserver leur image masculine tendent à accorder moins d’attention à la crise climatique : c’est ce que révèle une étude publiée dans le Journal of Environmental Psychology, qui a examiné les raisons pour lesquelles, en règle générale, les femmes apparaissent plus impliquées que les hommes dans les questions environnementales.
Selon les résultats, la prise de conscience de la crise climatique est souvent associée à des traits traditionnellement considérés comme plus « féminins », comme l’empathie et la compassion. Pour cette raison, certains hommes s’éloigneraient des sujets environnementaux, afin de protéger leur identité masculine.
Théorie de la virilité précaire. L’hypothèse de Michael Haselhuhn, unique auteur de l’étude, repose sur ce que l’on appelle la théorie de la virilité précaire (en anglais precarious manhood theory), selon laquelle la virilité est une condition sociale fragile, un statut facile à perdre qui requiert des confirmations constantes; la féminité, au contraire, est vue comme biologiquement inévitable.
Pour cette raison, de nombreux hommes se sentent poussés à se conformer aux normes de virilité imposées par le contexte social, adoptant des comportements jugés masculins et évitant ceux jugés plus féminins.
Virilité et climat. Haselhuhn s’est donc demandé si la sensibilité envers la crise climatique est perçue comme une « question féminine » et si cette association peut expliquer le moindre intérêt environnemental manifesté par certains hommes.
Pour comprendre cela, il a mené trois études distinctes sur plus de 1 300 Américains et il a comparé les résultats obtenus à des données collectées dans le cadre de l’European Social Survey sur plus de 40 000 Européens.
Il ressort que la préoccupation pour le climat peut être perçue comme un trait « féminin », et cela influencerait la façon dont certains hommes s’intéressent au sujet. Ceux qui veulent se montrer virils ont tendance à croire (ou montrent qu’ils croient) que le changement climatique n’est pas causé par l’homme, qu’il ne faut pas s’en préoccuper et se sentent moins responsables de le contrer.
Les limites d’un sondage anonyme. Bien que cela ne soit pas le seul facteur à la base du déni du climat, les préoccupations liées à la virilité semblent influencer de façon significative les opinions des hommes sur l’environnement. Il faut toutefois souligner que l’étude s’est fondée sur des attitudes déclarées et non sur des comportements observés: la pression sociale à se montrer viril pourrait être encore plus forte que ce qui a été mesuré, car certains hommes ont peut-être exprimé leur préoccupation pour le climat uniquement parce qu’ils bénéficiaient de l’anonymat, mais ne la manifesteraient pas en public.