Malgré les protestations
L’UE ouvre la voie à l’accord Mercosur
Jusqu’au bout, les agriculteurs européens ont tenté d’empêcher l’accord commercial avec les États mercosur; mais à présent les États membres de l’UE l’ont approuvé à la majorité.
Rarement l’Union européenne ne s’était aussi lentement rapprochée d’une ligne d’arrivée, mais il semble que le moment soit venu: après plus de 25 années de marathon de négociations, la signature de l’accord Mercosur est imminente.
Depuis le sommet de l’UE en décembre, durant Noël et le passage à la nouvelle année, il y a eu de nouvelles négociations intenses au sein de la Communauté, car après la France, la Pologne, l’Autriche et la Hongrie, l’Italie a également exprimé des réserves, de manière inattendue.
Le Marché commun du Sud (Mercado Común del Sur, MERCOSUR) est une union régionale des États d’Amérique du Sud: l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay, le Venezuela et la Bolivie.
La participation du Venezuela est suspendue depuis 2017. La Bolivie ne fait pas encore partie de l’accord MERCOSUR avec l’UE.
Le MERCOSUR a été créé en 1991 et vise à promouvoir l’intégration régionale par la coopération politique, sociale et économique.
Source : Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, dpa
« Enfin », se félicite Bernd Lange, président du puissant comité du commerce au Parlement européen. « Cela montre clairement que nous sommes pour des partenariats équitables et fiables avec des pays qui veulent aussi une relation sur un pied d’égalité. » Désormais, la porte est « au vert » pour l’accord Mercosur et pour le filet de sécurité de l’agriculture européenne, affirme Lange. Et les inquiétudes des critiques auraient été « prises en compte ».
Les Verts voient des risques importants pour l’environnement
Anna Cavazzini, des Verts au Parlement européen, est plus critique. Elle évoque des « inquiétudes toujours fondées », car l’accord « présenterait des risques importants pour l’environnement, mais aussi pour l’agriculture locale ». Cavazzini juge les grands accords commerciaux datés et réclame des partenariats sectoriels qui renforcent des relations économiques durables et les droits humains.
L’accord Mercosur promet de créer la plus grande zone de libre-échange du monde, avec une réduction marquée des droits de douane, l’ouverture de nouveaux marchés d’exportation et plus de 700 millions de consommateurs.
Mais ce n’est pas tout, souligne Agathe Demarais du Conseil européen sur les relations étrangères (ECFR). L’achèvement serait « formidable » pour l’influence politique et économique de l’Europe dans le monde, estime la spécialiste de la think tank européenne. De tels accords commerciaux avec de nouveaux partenaires seraient « la meilleure réponse aux tarifs des États‑Unis, au protectionnisme croissant et aux tensions commerciales avec la Chine ».
Si le Mercosur avait échoué, dit Demarais, cela aurait poussé les pays latino-américains à s’aligner davantage sur l’orbite chinoise. De plus, l’accord soutiendrait aussi la quête européenne de nouvelles sources pour des matières premières essentielles à la transition vers une énergie propre.
Accès à des ressources clés
Le Brésil, par exemple, détiendrait environ 20 pour cent des réserves mondiales de graphite, de nickel, de manganèse et de terres rares. En Argentine, se situent parmi les plus grandes réserves mondiales de lithium, un élément clé pour les batteries des véhicules. « Avec cet accord, l’Europe devient aussi moins dépendante de la Chine », affirme Demarais.
Dès que l’approbation écrite de la majorité qualifiée aura été obtenue, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, aura le mandat de signer les accords. Cela pourrait intervenir dès le début de la semaine prochaine au Paraguay, qui a pris la présidence du Mercosur à la transition vers la nouvelle année.