Délai du traité Mercosur : cela aurait pu servir de modèle pour d’autres partenaires


Protest gegen das Mercosur-Abkommen in Straßburg.


Entretien

Report sur le Traité Mercosur
« Aurait pu servir de modèle pour d’autres partenaires »

Date de publication : 23/01/2026 à 07:21

Après que le Parlement européen a confié au Tribunal de l’UE l’examen de l’accord UE-Mercosur, l’économiste Martin Lück conseille à l’Europe de ne pas perdre de temps — et de chercher d’autres partenaires.

Info Utiles.de: Le commerce entre les deux plus grandes économies du monde, les États‑Unis et la Chine, devient de plus en plus difficile. En signant l’accord Mercosur, on créerait l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde. Or, à la dernière ligne droite, il y a un recul. Quels signaux cela envoie-t-il ?

Martin Lück: Pas du tout. Je ne m’y serais pas attendu. Je n’avais pas non plus prévu que tant d’opportunisme politique de la part de formations d’extrême droite, mais aussi de certains élus vert·e·s, triompherait et bloquerait un accord qui était à la fois utile et nécessaire pour l’Europe.

Info Utiles.de: Autrement dit, les électeurs passent avant une vision globale ?

Lück: L’opportunisme politique fait partie du jeu, et il s’agit aussi de protéger les intérêts des électeurs. Bien sûr, beaucoup d’agriculteurs se sont mobilisés contre cet accord UE-Mercosur. Cela peut sembler compréhensible à certains égards, mais, fondamentalement, les intérêts particuliers de quelques-uns freinent le progrès pour l’Europe entière, et cela est tout simplement nuisible.


Martin Lück
À propos de la personne

Martin Lück est économiste et, depuis environ trois décennies, analyste macroéconomique des marchés financiers et stratège. Il agit comme directeur général de Macro Monkey, sa société de conseil fondée en 2024, et occupe le poste de chef stratégiste de Franklin Templeton pour l’Allemagne et l’Autriche.

Résultat du vote un signe de division

Info Utiles.de: Le commerce avec les deux plus grandes économies du monde, les États‑Unis et la Chine, devient de plus en plus difficile. En signant l’accord Mercosur, cela aurait donné naissance à l’une des plus grandes zones de libre-échange du monde. Or, à la dernière étape, un recul survient. Quels signaux cela envoie-t-il ?

Lück: Signaux fatals. Nous craignons les menaces émanant des États‑Unis sur l’ordre fondé sur des règles. Cet accord Mercosur-UE aurait pu renforcer le commerce fondé sur des règles et le libre-échange, peut-être même servir de modèle pour des accords entre l’UE et d’autres partenaires, comme en Asie du Sud-Est ou au Sud de l’Asie. Tout cela est désormais un signe d’incohérence au sein de l’UE, que nous n’arrivons pas à maîtriser sur le plan intérieur. Cela freine le progrès pour toute l’Europe et, pour la France aussi, c’est préjudiciable.


Martin Lück
À propos de la personne

Martin Lück est économiste et, depuis environ trois décennies, analyste macroéconomique et stratège des marchés financiers. Il est directeur général de Macro Monkey, la société de conseil qu’il a fondée en 2024, et chef stratégiste de Franklin Templeton en Allemagne et en Autriche.

Résultat du vote un signe de division

Info Utiles.de: Le commerce avec les deux plus grandes puissances économiques du monde, les États‑Unis et la Chine, se durcit sans cesse. En signant l’accord Mercosur, l’UE aurait créé l’une des plus vastes zones de libre-échange. Et voici qu’un recul se produit à la dernière minute. Quels signaux cela envoie-t-il ?

Lück: Signaux funestes. Nous craignons les menaces provenant des États-Unis qui s’inquiètent de l’ordre fondé sur des règles. Cet accord Mercosur-UE aurait pu renforcer le commerce fondé sur des règles et le libre-échange, peut-être même devenir un modèle pour des accords de l’UE avec d’autres partenaires, comme en Asie du Sud‑Est ou en Asie du Sud. Tout cela est désormais un signe d’incohérence au sein de l’UE, montrant que nous ne parvenons pas à harmoniser nos positions sur le plan interne. Cela rend moins attrayant le dialogue avec l’Europe pour d’autres régions du monde, et la France en est aussi concernée.


Martin Lück
À propos de la personne

Martin Lück est économiste et, depuis environ trois décennies, analyste macroéconomique des marchés financiers et stratège. Il est directeur général de Macro Monkey, sa société de conseil fondée en 2024, et chef stratégiste de Franklin Templeton pour l’Allemagne et l’Autriche.

« Alors, les agriculteurs ont-ils négocié des citrons ? »

Info Utiles.de: Können die europäischen Landwirte jetzt wirklich aufatmen?

Lück: Nein, ils ne peuvent pas. Il faut espérer que, au moins, il reste assez de raison pour mettre cet accord en vigueur provisoirement, jusqu’à ce que la Cour de justice européenne rende sa décision. Si cela se produit, alors les agriculteurs auront effectivement pris une mauvaise affaire en acceptant des conditions défavorables. Le fond du problème, c’est que tout ceci est surtout un signal politique, et malheureusement, cela se fait au détriment de l’Europe.

Info Utiles.de: Et pour les autres secteurs, par exemple l’automobile ou la mécanique ? Ils voient leurs débouchés se resserrer sur de nombreux marchés.

Lück: C’est tout à fait exact. L’industrie d’exportation est mise sous pression par la déglobalisation et les difficultés commerciales avec les grands blocs économiques. Il aurait été crucial de trouver de nouveaux débouchés dans l’espace sud-américain — surtout au Brésil, le plus grand pays du Mercosur — à des conditions plus avantageuses. Ce revers, lié à la décision du Parlement européen, constitue une menace pour ces secteurs exportateurs et pour l’économie européenne dans son ensemble, y compris la France.

Info Utiles.de: Kein Ausgleich, aber ein erster Anstoß

Info Utiles.de: Könnte Mercosur wirklich einen Ausgleich schaffen für das, was an Waren nicht mehr in die USA oder nach China geliefert wird?

Lück: Nein, pour être honnête. Mercosur ne représente qu’environ 2,5 % du commerce extérieur total de l’UE. À comparer, c’est environ 17 % pour les États‑Unis et 15 % pour la Chine. Même si l’on ajoutait l’Inde, l’ensemble Inde-Mercosur représenterait environ un tiers, voire moins, du commerce avec la Chine. Il ne peut pas y avoir de compensation réelle. En revanche, il s’agit d’un premier pas encourageant, afin de poursuivre les discussions avec d’autres accords et, surtout, d’envoyer un signal au monde que l’ordre fondé sur des règles n’est pas encore à la dérive.

Info Utiles.de: Quelle est l’importance des zones de libre-échange ?

Lück: Elles jouent un rôle crucial. De nombreuses études économiques montrent qu’un commerce sans obstacles, avec le moins de barrières possible, est mutuellement avantageux. Les partenaires commerciaux, importateurs et exportateurs peuvent s’appuyer sur la fiabilité de ce cadre.

« Cela pourrait démarrer bientôt »

Info Utiles.de: Quelles seront les prochaines étapes ?

Lück: Dans les prochaines étapes, il s’agit probablement d’une décision du Tribunal de l’Union européenne sur la possibilité d’entrer l’accord en vigueur provisoirement, alors que le Parlement européen a confié au tribunal l’examen de sa compatibilité avec le droit de l’UE. On pourrait raisonnablement estimer que cela est utile et souhaitable. Si cela se produit, cela ouvre la voie à un démarrage prochain où les obstacles commerciaux seraient levés entre l’UE et Mercosur. Parallèlement, la Cour entamera son examen, ce qui retardera néanmoins une décision finale pendant un certain temps.

Info Utiles.de: Mais ce n’est pas en un jour que les obstacles commerciaux disparaîtront.

Lück: Abaisser les droits de douane à zéro peut être fait assez rapidement, comme le prévoit un accord de libre-échange. L’ajustement des règles et des normes sera sans doute plus long et complexe. Mais, quelle que soit la durée, ce serait un signal fort pour démarrer. Tout processus commence par une première étape. Il faut rappeler que cet accord a été négocié pendant 26 ans avant d’être finalement approuvé — et donc, même si la mise en œuvre prend du temps, il faut faire preuve de patience.

« Cela serait un signal fatal »

Info Utiles.de: Et si la Cour de justice européenne décide que l’accord n’est pas compatible avec le droit de l’UE ?

Lück: Ce serait le pire accident imaginable à l’heure actuelle. Ce serait un signal fatal. Cette décision ne tombera qu’après une étude approfondie, donc probablement après de nombreux mois. Les pays d’Amérique du Sud, et en premier lieu le Brésil et le président Lula, en seraient franchement déçus et pourraient menacer de tourner ostensiblement le dos à l’Europe si l’accord n’est pas rapidement validé, même de manière provisoire. C’est pourquoi je plaide à nouveau pour que cet accord soit mis en œuvre rapidement, même à titre provisoire.

Info Utiles.de: Voyez-vous des chances que cela aille jusqu’à ce stade ?

Lück: Oui, je suis optimiste et j’espère que la raison l’emportera à la fin.

Das Interview führte Claudia Wehrle, ARD-Finanzredaktion. Für die schriftliche Fassung wurde es redaktionell bearbeitet und gekürzt.

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