Installations pétrolières russes détruites
Pour l’économie de guerre de Poutine, l’étau se resserre
La pause accordée à l’économie de guerre russe n’a probablement pas duré longtemps. Depuis l’annonce d’un cadre d’accord entre les États‑Unis et l’Iran, les prix du pétrole ont fortement reculé. Le pétrole brut russe Urals est tombé à environ 61 dollars le baril — le plus bas enregistré depuis plus de trois mois. À titre de comparaison: en avril, on payait temporairement plus de 120 dollars.
Le pétrole plus rare est réservé à l’usage militaire
Mais les évolutions sur le marché pétrolier mondial ne constituent qu’une partie du problème. S’ajoute la destruction partielle des infrastructures pétrolières russes, indique Marktexperte Robert Rethfeld de Wellenreiter-Invest dans un entretien avec la rédaction financière de l’ARD.
Cela réduirait les possibilités d’exportation et la consommation civile intérieure, car le pétrole raréfié serait nécessaire pour l’armée. « Pour la Russie, la question de savoir comment financer la guerre devient de plus en plus pressante », affirme Rethfeld.
L’Ukraine intensifie ses attaques contre les raffineries ou les dépôts pétroliers
La stratégie ukrainienne visant à affaiblir la principale source de revenus de Moscou pour la guerre porte-t-elle ses fruits ? Il est clair que depuis plusieurs mois, l’Ukraine multiplie les attaques contre les infrastructures pétrolières, les raffineries, les dépôts, les pipelines et les installations d’exportation — et ce jusqu’au cœur du territoire russe, selon une analyse de l’Economist.
Le coût économique de ces attaques est double: des dommages répétés compliquent les réparations rapides des installations touchées. Par ailleurs, des coûts élevés pour les réparations détournent des fonds qui, autrement, iraient soit au matériel militaire, soit à l’économie civile.
Selon des calculs du Centre for Research on Energy and Clean Air, les chargements de produits pétroliers au port de Taman, de l’autre côté de la Crim, ont chuté de 53 % après les attaques de drones en mai. À Tuapse, sur la mer Noire, ces chargements étaient inférieurs de 91 % par rapport au mois de l’année précédente.
IEA réduit les prévisions de production pétrolière russe
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la production brute de pétrole russe en mai s’est établie à 8,74 millions de barils par jour, soit près d’un million de barils par jour de moins que le quota convenu avec l’OPEC+.
L’AIE explique que ce recul est principalement dû aux attaques ukrainiennes accrues sur les installations énergétiques russes. Elle a donc revu à la baisse sa prévision de la production brute moyenne russe pour l’année en cours de 200 000 barils par jour.
Des sanctions américaines pourraient frapper davantage la Russie
Une pression supplémentaire pourrait venir des États-Unis. L’administration américaine avait assoupli les sanctions contre le pétrole russe pendant la crise liée à l’Iran. Cette dérogation est toutefois arrivée à expiration le 17 juin.
L’économiste en chef de la Commerzbank, Jörg Krämer, estime que Washington pourrait rétablir les sanctions contre le secteur pétrolier russe « dès que la situation au Golfe se sera améliorée ».
Un rouble fort pèse sur les exportateurs et l’État
Au-delà même des marchés pétroliers, la pression augmente. La monnaie russe s’échangeait récemment autour de 73 roubles pour un dollar, soit un gain d’environ 15 % en trois mois.
Pour les exportateurs russes, cela pose problème: des biens tels que les céréales, les engrais, l’acier ou les métaux deviennent plus chers sur les marchés mondiaux et perdent en compétitivité.
Par ailleurs, les recettes issues des transactions en dollars ou en yuans, une fois converties, rapportent moins de rubles. Cela affecte non seulement les profits des entreprises, mais aussi les recettes fiscales de l’État.
Le taux directeur russe demeure élevé à 14,25 %
L’une des raisons de la vigueur du rouble réside dans une politique monétaire stricte. Malgré la pression croissante du Kremlin, la Banque centrale russe n’a réduit le taux directeur que de 0,25 point, pour l’établir à 14,25 % — bien moins que prévu. Des taux d’intérêt élevés augmentent le coût des crédits et freinent les investissements.
Le secteur bancaire pourrait aussi voir ses problèmes s’aggraver. Le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, citant des informations des services européens de renseignement, évoque d’importantes dettes cachées. Des banques auraient accordé des prêts préférentiels à des entreprises d’armement financièrement fragiles sous pression du Kremlin, augmentant ainsi le risque de défauts de paiement.
Le champ d’action financier de Poutine se rétrécit
En somme, l’économie de guerre russe subit une pression croisée de plusieurs côtés: chute des prix du pétrole, pertes de production et d’exportation dues aux attaques ukrainiennes par drones, rouble fort, taux élevés, risques croissants de crédit et éventuelles nouvelles sanctions. Tout cela réduit l’espace financier dont dispose Poutine pour poursuivre le conflit.
« Nous pensons que le prix du pétrole va continuer à baisser et que la pression sur la Russie va s’accentuer », déclare l’expert de Wellenreiter, Rethfeld. « Cela améliorera les options de négociation pour l’Ukraine. »