Chaque espèce animale a ses appels d’amour. Mais au sein de ces sons, il existe des versions plus appréciées par les femelles: plus complexes et comportant davantage d’éléments, par exemple. Désormais, une étude montre que nous, les humains, apprécions aussi les « appels préférés » d’autres animaux.
Charles Darwin disait que certaines espèces avaient presque le même goût pour le beau que nous, humains. Une étude menée récemment confirme que nous partageons en réalité les mêmes goûts musicaux que d’autres espèces animales. Elle a été conduite par Logan James, de l’Université du Texas à Austin. James a fait écouter à des volontaires des sons utilisés par diverses espèces pour attirer un partenaire, présentés en deux versions distinctes: une version préférée par les femelles de cette espèce, et une version moins prisée. Sur la page ci-dessus, vous pouvez écouter les sons employés dans l’étude. Le chercheur a constaté que les humains avaient aussi tendance à manifester des préférences similaires à celles d’autres animaux. Nous en parlons en détail dans Info Utiles n° 405. Voici l’interview intégrale de Logan James.
– Nous humains aimons certains signaux du monde naturel, qui ne nous sont pas destinés.
« Oui, exactement. Beaucoup de choses que nous trouvons belles dans la nature (par exemple, les chants des oiseaux, les couleurs des papillons, les parfums des fleurs) servent en réalité à communiquer avec d’autres espèces. Souvent ces signaux servent à attirer les autres membres de la même espèce pour la reproduction, mais par exemple les fleurs attirent d’autres espèces, les pollinisateurs. C’est passionnant ! Pourquoi devrions-nous trouver beaux ces signaux même s’ils ne nous sont pas destinés ? »
– Qu’avez-vous découvert ?
« Au sein de ces signaux, il existe souvent des variantes qui sont plus ou moins appréciées. Par exemple, les mâles de la grenouille túngara produisent des appels qui attirent les femelles: un « gémissement » auxquels s’ajoutent divers « claquements ». Les femelles préfèrent les appels présentant plus de claquements (par exemple, un gémissement suivi de trois claquements est plus séduisant qu’un gémissement avec un seul claquement). Nous avons testé si les humains étaient sensibles à ces variations en leur demandant de choisir entre deux sons, dont nous connaissions le préféré chez l’animal étudié. Nous avons mis en place une plateforme en ligne où les gens écoutaient successivement deux sons, puis on leur demandait lequel leur plaisait le plus. Nous avons constaté que, dans l’ensemble, les humains avaient des préférences similaires à celles des autres animaux. Par exemple, ils privilégiaient les gémissements avec plus de claquements ! Nous avons également trouvé un effet intéressant: certaines espèces présentent des préférences très fortes, d’autres des préférences plus faibles. Les évaluations humaines reflétaient cela: nous étions plus susceptibles d’être en accord avec les animaux lorsque leurs préférences étaient fortes, et moins lorsque la préférence dans l’espèce était relativement faible. »
– Quelles espèces avez-vous analysées ? Et avec quelles avons-nous les mêmes goûts ?
« En plus des appels des grenouilles, nous avons testé plusieurs oiseaux chanteurs comme le diamant mandarin, le canari domestique et le moineau chanteur. Nous avons également inclus des insectes, tels que les grillons et les criquets. Fait intéressant: le grillon Teleogryllus oceanicus est une espèce pour laquelle nous avons obtenu un accord très fort, même si les insectes et nous sommes très éloignés l’un de l’autre sur le plan évolutif ! À l’inverse, nous avons tendance à ne pas être d’accord avec les babouins Gelada, l’espèce de l’étude avec laquelle nous sommes les moins éloignés sur le plan évolutif. »
– Y a-t-il une caractéristique commune parmi les sons les plus appréciés ?
« Nous n’avons pas trouvé une seule caractéristique qui puisse prédire les préférences humaines ou animales de manière générale. Toutefois, certains stimuli variaient selon des modes très spécifiques qui semblaient liés à la préférence. Par exemple, certains appels présentent des « ornements » acoustiques: des morceaux supplémentaires de son comme des trilles, des clics ou les claquements déjà mentionnés. Les humains et les autres animaux ont tendance, de la même façon, à préférer ces ornements supplémentaires. »