Vie longue et saine : un héritage familial ? Oui, c’est écrit dans l’ADN — découvrez les gènes qui prolongent l’espérance de vie

Ce n’est pas qu’une question de mode de vie. Le génome des familles à la longévité exceptionnelle: la génétique peut retarder de 13 ans l’apparition des maladies.

Qu’est-ce qui permet à certaines personnes d’atteindre, sans trop de soucis de santé, un âge avancé ? La question est, d’un point de vue démographique, d’une grande actualité. En effet, l’espérance de vie moyenne a augmenté depuis la première moitié du XXe siècle, atteignant autour de 80 ans, la durée moyenne de vie en bonne santé n’a pas suivi la même progression : un constat qui, avec une population mondiale de plus en plus âgée, a un impact important sur la santé publique.

Jusqu’à présent, les études sur la longévité et l’espérance de vie en bonne santé se concentraient sur les individus. Or, une recherche présentée lors de la conférence annuelle de la Société Européenne de Génétique Humaine à Göteborg, en Suède, en fait aussi une question « de famille », un fait intergénérationnel.

L’influence des gènes se précise

À l’échelle individuelle, de nombreux facteurs, au-delà du facteur génétique, peuvent concourir à garantir une longue vie en bonne santé. Pensons aux conditions économiques et professionnelles, au niveau d’éducation, au mode de vie, aux choix comportementaux et aux facteurs sociaux. Toutes ces variables peuvent faire en sorte que des individus issus d’une famille dont l’espérance de vie est normale puissent tout de même vivre longtemps, et que d’autres puissent avoir une vie bien plus courte que la moyenne.

Selon les résultats d’un groupe de scientifiques du Centre médical universitaire de Leyde, aux Pays-Bas, qui a signé la nouvelle étude, des recherches antérieures avaient montré que les adultes d’âge moyen issus de familles ayant des parents longeifs présentaient l’apparition de maladies cardio-métaboliques 13 ans plus tard par rapport à leurs partenaires dont les parents avaient une longévité moindre. Un indice clair que la possibilité de vivre une longue vie en bonne santé se transmet entre générations. Comment étudier, toutefois, ce passage ?

Restreindre le champ

En analysant l’ADN de 212 groupes de frères et sœurs longeurs, identifiés grâce à une étude sur la longévité menée à l’Université de Leyde, les scientifiques ont repéré 4 régions du génome où il était probable de trouver des gènes liés à la longévité. Cela a permis de se concentrer sur 350 gènes au lieu de 20 000.

Mais au final, douze variantes génétiques se sont avérées les plus probablement, dans les régions examinées, d’influencer la durée de vie en bonne santé.

Particulièrement intéressante est celle qui concerne le gène CGAS (cGMP-AMP synthase), impliqué dans le déclenchement d’une réponse inflammatoire lorsque l’ADN est détecté à l’intérieur d’une cellule à un endroit où il ne devrait pas se trouver (cela peut se produire à la fois lors d’infections par un agent pathogène externe et lorsque l’ADN propre de la cellule est endommagé).

La juste mesure

Une activation excessive de ce gène peut déclencher une réponse inflammatoire excessive. Mais la variante qui rassemblait les membres des familles longeves semblait empêcher que cela se produise : « Il est probable que les membres de ces familles aient une seule copie active du gène CGAS, plutôt que deux, et que cela ait réduit la réponse inflammatoire dans leur organisme » expliquent les chercheurs. En même temps, une seule copie serait toutefois « suffisante pour éliminer les infections et réparer les dégâts, contribuant ainsi aux mécanismes de protection qui permettent une plus grande longévité et santé ».

Les résultats viennent d’études cellulaires in vitro, mais d’autres travaux in vivo seront nécessaires, d’abord sur des organismes modèles en biologie, puis chez l’homme, pour dire si réellement ce type de mutation est lié à une plus grande durée de vie en bonne santé, et pour étudier ses effets sur les organes et les tissus. De plus, la recherche devra se poursuivre pour identifier d’autres variantes génétiques liées à la longévité. Le chemin pour percer leurs secrets, puis étendre leurs bienfaits à tous, est encore long.

Article pensé et écrit par :
Avatar de Denis Perrin
Laisser un commentaire

vingt + quinze =