Les recettes douanières des États-Unis atteignent un sommet historique, selon le quotidien The Financial Times. Au deuxième trimestre, grâce à l’introduction de droits de douane supplémentaires sur les importations, ces revenus ont augmenté de près de 50 milliards de dollars par rapport à la même période l’an dernier.
Les revenus du douane américains atteignent un record historique
Selon les chiffres publiés par le ministère américain des Finances et relayés par la Financial Times, les États-Unis ont encaissé près de 64 milliards de dollars en droits de douane au cours du second trimestre. Cela représente une hausse spectaculaire d’environ 50 milliards de dollars par rapport à l’année précédente pour la même période. Ce montant record montre à quel point la politique commerciale de Donald Trump, notamment par la mise en place de nouvelles taxes, a eu un impact significatif sur les caisses de l’État américain.
Une taxation accrue depuis le début de l’année
En avril dernier, le président Donald Trump a décidé d’imposer une taxe forfaitaire de dix pour cent sur toutes les importations en provenance de tous les pays. Par la suite, son administration a instauré un mécanisme permettant d’appliquer des droits de douane beaucoup plus élevés, y compris des surtaxes spécifiques sur certains produits tels que l’acier, l’aluminium, ainsi que sur l’automobile. Ces mesures visent à corriger des déséquilibres commerciaux et à favoriser la production nationale, tout en gonflant substantiellement les recettes fiscales provenant des importations.
Fonctionnement des droits de douane
Les droits de douane désignent des taxes que les gouvernements perçoivent sur les marchandises qui traversent leurs frontières. Aujourd’hui, dans ce contexte de conflit tarifaire, il s’agit principalement de droits à l’importation, dus au moment du passage des marchandises dans le pays. Lorsqu’un produit américain importé est soumis à une surtaxe de 30 %, par exemple sur les exportations européennes, cette taxe n’est pas directement payée par les grandes entreprises étrangères telles qu’Adidas ou Volkswagen. Elle est en réalité supportée par le consommateur final, qui paie le prix, la surtaxe étant incluse dans le coût d’achat.
Les importateurs, qu’ils soient des multinationales étrangères ou des acteurs locaux, tentent souvent de répercuter ces coûts supplémentaires sur les consommateurs, ce qui risque d’accroître l’inflation et de peser sur le pouvoir d’achat. En définitive, toutefois, le consensus parmi les économistes tend à penser que ce sont les Français ou autres citoyens européens qui finiront par payer la facture, à cause des hausses de prix que ces nouvelles taxes provoquent.
Une montée des recettes douanières en juin
En juin dernier, la hausse des droits de douane a atteint un niveau record, avec des recettes s’élevant à 27,2 milliards de dollars. D’après le ministère américain des Finances, cette hausse a permis de faire grimper les recettes totales de l’État en juin à un record historique de 526 milliards de dollars. De plus, les chiffres évoquent que, quotidiennement, les États-Unis perçoivent environ 600 millions de dollars grâce aux taxes douanières, ce qui représente une manne financière importante dans le contexte de ces politiques protectionnistes.
Perspectives d’avenir pour les recettes douanières
Le chef de l’administration fiscale, Scott Bessent, a indiqué début juillet qu’il envisageait la possibilité que ces recettes atteignent 300 milliards de dollars d’ici la fin de l’année 2025. Cela impliquerait toutefois une augmentation significative des taux de taxation et une extension du champ des droits tarifaires. Trump lui-même a récemment souligné que les droits sur les importations, notamment celles en provenance de certains partenaires commerciaux, continueront à générer « des sommes importantes » pour le Trésor, surtout après la mise en œuvre généralisée des nouvelles surtaxes.
Selon la Financial Times, la plupart des partenaires commerciaux américains ont pour l’instant peu ou pas répondu par des représailles. Seuls la Chine et le Canada ont adopté des mesures concrètes, telles que l’imposition de droits punitifs ou de contrôles à l’exportation visant notamment certaines matières premières stratégiques. Toutefois, ces mesures ne représentent qu’une infime partie des recettes perçues par Washington.
Une faible réponse des partenaires commerciaux
La Chine, par exemple, a répliqué par des droits supplémentaires frappant à 125 % ses importations américaines, en plus de mesures ciblant certains minerais stratégiques. Cependant, à ce stade, les deux camps ont déjà réglé une partie de leurs différends et les revenus générés par ces tensions commerciales restent modestes en comparaison des recettes américaines. En mai, la hausse des recettes douanières en Chine n’était que d’environ deux pour cent par rapport à l’année précédente.
Une Europe en attente
L’Union européenne, de son côté, avait prévu de réagir à la politique tarifaire américaine en envisageant ses propres surtaxes. Toutefois, ces mesures ont été reportées à plusieurs reprises. Selon Maros Sefcovic, commissaire européen au commerce, l’UE aurait actuellement en projet des droits supplémentaires à hauteur de 72 milliards d’euros sur certains produits américains, mais la mise en œuvre de ces sanctions n’est pas encore effective. La priorité reste la recherche d’un compromis afin d’éviter une escalade du conflit commercial, tout en laissant la porte ouverte à des négociations.
Une analyse des économistes
Selon certains experts, la réaction très limitée des partenaires mondiaux face aux menaces tarifaires de Trump résulte d’une stratégie de prudence, motivée par la crainte d’une spirale de représailles qui pourrait faire davantage de mal à l’économie mondiale. Marta Bengoa, professeur d’économie internationale à la City University of New York, explique que Trump est prêt à poursuivre ces hausses de droits si ses partenaires répondent par des mesures similaires.
De leur côté, de nombreux pays ayant déjà vécu des conflits tarifaires lors du cycle de 2018-2019 ont appris à éviter une escalade en privilégiant la négociation plutôt que la confrontation. Les études de Capital Economics indiquent qu’un conflit commercial avec des droits de douane moyens de 24 % pourrait faire reculer le PIB mondial de 1,3 % en deux ans, contre seulement 0,3 % avec des droits de 10 %. Ces chiffres illustrent à quel point la montée tarifaire peut avoir des conséquences économiques lourdes.
Toutefois, selon Alexander Klein, professeur d’histoire économique à l’Université de Sussex, la fixation de la politique commerciale de Trump reste largement axée sur le court terme, avec une stratégie basée sur des déclarations fortes mais peu suivies d’actes concrets à long terme. La dynamique est donc, selon lui, plus un jeu de bluff qu’une véritable volonté de négocier.
Avec l’aide de Till Bücker, rédaction financière de France Télévisions