Beaucoup de dettes et un gouvernement fragilisé — l’agence Fitch a abaissé la note de la France. Il va dorénavant coûter bien plus cher à la France de se financer sur les marchés des capitaux.
En pleine crise budgétaire en France, l’agence de notation Fitch a abaissé la solvabilité du pays. Cela complique le financement par l’État. La note de crédit de la deuxième économie de la zone euro est passée de AA- à A+, selon Fitch. Cela devrait rendre plus coûteux pour la France d’emprunter sur les marchés financiers via des obligations d’État.
Fitch évoque la dette publique élevée et probablement en hausse comme raison principale de cette dégradation. Elle voit aussi peu de chances de réformes économiques, car le pays est polarisé et instable sur le plan intérieur. Un symbole en est le fait qu’il y a eu trois gouvernements différents depuis la mi‑2024. « Nous partons du principe que la prélecture vers l’élection présidentielle de 2027 va encore limiter l’espace pour une consolidation budgétaire dans un avenir proche et il est très probable que la situation de blocage politique se prolonge après l’élection. »
Récemment, lundi soir, le Premier ministre François Bayrou, après moins de neuf mois à la tête d’un gouvernement minoritaire, a perdu la confiance du Parlement et son poste à la tête du gouvernement. Le déficit public de la France s’élevait à 5,8 % du produit intérieur brut, dépassant nettement la limite de 3 % fixée par l’Union européenne dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance. L’UE avait déjà ouvert en juillet 2024 une procédure pour déficit excessif contre la France.
L’agence a peu d’espoir en des réformes
Fitch évoque la dette publique élevée et une hausse potentielle comme raison majeure de la dégradation. Elle voit aussi peu de chances de réformes structurelles, car le pays est politiquement polarisé et instable. Un signe flagrant est le fait qu’il y ait eu trois gouvernements différents depuis la mi‑2024. « Nous partons du principe que l’élan vers l’élection présidentielle de 2027 va restreindre davantage l’espace budgétaire pour une consolidation dans un avenir proche et il est très probable que l’impasse politique persiste après l’élection », écrit l’agence.
Dernièrement, lundi soir, le Premier ministre François Bayrou a perdu, après moins de neuf mois au pouvoir, sa confiance au Parlement et son poste à la tête du gouvernement de la minorité. Le déficit de la France s’élevait à 5,8 % du PIB et dépassait largement la barre des 3 % fixée par l’UE. L’Union a déjà annoncé, en juillet 2024, l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif contre la France.
La BCE va-t-elle intervenir ?
La crainte domine que l’endettement de la France puisse déraper et devenir incontrôlable. Sur les marchés financiers, on spéculerait déjà sur une éventuelle intervention de la BCE en achetant des obligations d’État françaises pour soutenir la principale économie de la zone euro. Toutefois, les économistes estiment pour l’instant qu’une nouvelle crise de l’euro n’est pas dans les cartes.
Pour la France, en revanche, les nouvelles dettes deviennent plus coûteuses: les primes de risque des obligations françaises ont fortement augmenté, et le rendement des obligations à dix ans se situe au‑dessus de celui des titres grecs. La dégradation de Fitch risque d’aggraver la situation.
Protestes contre les plans d’austérité
L’ancien Premier ministre Bayrou a réagi avec force à la dégradation de Fitch. « Un pays dont les ‘élites’ parviennent à faire passer la vérité sous silence est condamné à payer le prix », a-t-il déclaré. Bayrou avait proposé, en tant que Premier ministre, d’économiser des milliards chaque année, de supprimer des jours fériés, de réduire le nombre de fonctionnaires, de fusionner des administrations et de geler les dépenses publiques, y compris celles liées aux retraites et prestations sociales. Ces idées ont provoqué de vives réactions dans l’opinion. Le nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé vouloir combler le fossé entre la situation politique et les attentes des citoyen(ne)s.
Le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Éric Coquerel (LFI), voit dans ce déclassement le fruit « de deux mois d’un discours catastrophiste sur la situation financière du pays ». Il avertit que si la prochaine équipe gouvernementale devait à nouveau s’appuyer sur les marchés pour imposer une politique d’austérité, elle s’acheminerait directement vers la catastrophe qu’elle annonce elle‑même et plongerait encore davantage le pays dans les crises économique, sociale et écologique.