Forêts tropicales résilientes : la biodiversité se rétablit rapidement

Les forêts pluviales sont parmi les environnements les plus importants de la planète pour la biodiversité : deux tiers des espèces de vertébrés y vivent et elles abritent aussi les trois quarts de toutes les espèces d’arbres. C’est la raison pour laquelle le fait qu’elles soient abattues pour faire place à des terres agricoles est si grave : depuis que nous les exploitons intensivement, nous avons fait disparaître plus de 50 %. Heureusement, les efforts de conservation et de protection commencent à porter leurs fruits, mais la question demeure : combien de temps faut-il à une forêt pluviale pour se régénérer ? La réponse vient d’une étude publiée dans Nature et, pour une fois, c’est une bonne nouvelle : la biodiversité de ces forêts est résiliente, comme le titre même du travail le rappelle.

Des champs à la forêt. Du moins dans le secteur étudié par l’équipe de l’Université de Würzburg : la région du Chocó, dans le nord-ouest de l’Équateur. Il s’agit d’un important hotspot de biodiversité, grâce à la présence de forêts pluviales primaires, c’est‑à‑dire jamais touchées par l’homme, et secondaires, c’est-à-dire coupées et replantées. Dans la région se trouvent également des zones qui, il y a quelque temps, étaient utilisées pour l’agriculture et l’élevage, et qui sont aujourd’hui protégées et laissées à l’état naturel.

L’étude s’est concentrée sur 62 sites différents dans la région, et sur 16 groupes différents d’organismes vivants, parmi les animaux, les plantes et les bactéries, qui ont été évalués à partir d’un « gradient de régénération », c’est‑à‑dire à quelle vitesse et en quelles quantités ils se remettent maintenant que l’activité humaine a cessé. Les résultats, comme indiqué, sont encourageants : en 30 ans, ces forêts pluviales ont regénéré 90 % de leur biodiversité, revenant à un état (presque) naturel sur l’espace d’une génération humaine.

Laissez-les travailler ! La régénération est favorisée par la proximité des zones autrefois agricoles avec les forêts secondaires et primaires, qui servent de réservoir pour des espèces de toutes sortes, qui quittent leur habitat d’origine pour aller « recoloniser » les zones dépouillées de l’agriculture. La présence de ces espèces déclenche ensuite une série de cercles vertueux. Les oiseaux et de nombreux mammifères, par exemple, portent les graines des arbres qui poussaient autrefois dans la région, contribuant à leur retour. Sans parler du rôle des pollinisateurs, et aussi de celui d’animaux moins visibles mais tout aussi importants comme les scarabées coprophages, qui aident à enfouir les graines transportées par d’autres espèces.

Si l’on laisse les choses tranquilles, donc, les forêts pluviales ont une rapide capacité de régénération, et elles parviennent à revenir à l’état naturel sur une période relativement brève. Voilà pourquoi les protéger est crucial, et d’autant plus important que les aires protégées soient en connexion entre elles et avec les forêts encore intactes. En somme : si nous voulons vraiment préserver la nature, laissons-la travailler.

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Avatar de Jerry Guirault
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