Psychologue, cuisinier, traducteur, parfois partenaire : l’intelligence artificielle peut endosser (plus ou moins bien) de nombreux rôles, se substituant à des professionnels en chair et en os — avec tous les risques du métier. Mais qu’en est-il pour la médecine ? Pouvons-nous faire confiance aux diagnostics fournis par des chatbots comme ChatGPT ou Gemini, ou vaut-il mieux encore consulter des médecins dotés d’une intelligence humaine ?
La réponse est, d’une certaine manière, rassurante : selon une étude publiée dans JAMA Network Open, s’il est vrai que l’IA s’en sort plutôt bien pour formuler des diagnostics quand elle dispose de toutes les informations nécessaires, elle n’est pas du tout fiable à l’étape initiale, lorsque l’on ne dispose que de peu de données et qu’il faut déterminer quelle maladie pourrait toucher le patient et quels examens prescrire pour approfondir l’enquête.
Les limites de l’intelligence artificielle
Les chercheurs ont demandé à 21 LLM, parmi lesquels ChatGPT, DeepSeek, Claude, Gemini et Grok, de se faire passer pour des médecins dans 29 scénarios cliniques.
Les résultats mettent en lumière toutes les limites de l’IA, incapable de raisonnement déductif et efficace seulement si elle est guidée par les bonnes données: d’une part, les chatbots se révélaient comme des médecins valables dans plus de 90% des cas lorsque toutes les informations utiles leur étaient fournies simultanément, d’autre part ils peinaient considérablement lors des phases préliminaires du processus diagnostique, celles où il faut dresser une liste de diagnostics différentielles à vérifier. Les LLM analysés n’ont pas été en mesure d’arriver à des diagnostics différentiels corrects dans plus de 80% des cas.
Des assistants seulement
« Malgré les progrès continus, les modèles linguistiques de grande taille ne sont pas encore prêts pour un usage clinique autonome et sans supervision », commente Marc Succi, l’un des auteurs.
« Les diagnostics différenciés sont au cœur du raisonnement clinique et constituent l’essence même de l’art de la médecine que l’intelligence artificielle n’est pas encore capable de reproduire ». Chers médecins, vous pouvez rester tranquilles : l’IA aura une écriture plus lisible que la vôtre, mais elle n’est pas encore en mesure de vous remplacer.