Hantavirus sur un paquebot : qu’est-ce que le « virus des souris » qui a tué 3 passagers ?

Tre passagers à bord du MV Hondius, un paquebot en voyage entre l’Argentine et le Cap-Vert (un État insulaire situé au large des côtes ouest de l’Afrique), seraient morts d’un foyer suspect d’infection par hantavirus. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a annoncé qu’elle mène des enquêtes détaillées sur ce cas, après qu’une des personnes présentes à bord, transférée en soins intensifs dans un hôpital d’Afrique du Sud, a été testée positive à un hantavirus lors d’un examen en laboratoire. Au total, six personnes à bord présentent des symptômes, dont trois sont décédées à ce jour : parmi les croisiéristes morts figure un couple de touristes néerlandais. Le navire se trouve actuellement ancré au large du port de Praia, capitale du Cap-Vert.

Mais qu’est-ce, ou plutôt que sont les hantavirus ? Quels sont les symptômes de l’infection et comment se transmettent-ils ? Tournons les questions dans l’ordre pour tenter de répondre à l’ensemble des éléments de ce dossier.

Que sont les hantavirus ?

Les Orthohantavirus, communément appelés hantavirus, sont des virus présents chez les rongeurs, chez lesquels ils provoquent une infection persistance et asymptomatique. Ils tiennent leur nom du fleuve Hantan, en Corée du Sud, où une espèce de virus de cette famille a été isolée et décrite pour la première fois en 1970. On compte au moins 38 espèces d’hantavirus connues, dont 24 provoquant des zoonoses chez l’homme. Les infections par hantavirus chez l’homme restent extrêmement rares et sont souvent confondues avec d’autres zoonoses, comme la leptospirose, une autre infection – cette fois bactérienne – transmise par les rongeurs.

Comment se transmettent les infections à hantavirus ?

L’homme peut être infecté par les hantavirus s’il inhale des particules aérosolisées provenant de l’urine, des excréments ou de la salive de rongeurs infectés, une situation qui peut se produire dans des lieux sales, infestés de rongeurs et peu ventilés. Plus rarement, les hantavirus peuvent être transmis par des morsures ou des griffures d’animaux contaminés. Les communautés agricoles sont particulièrement exposées à ces zoonoses, du fait des infestations de rongeurs tels que les souris, les rats et les campagnols, qui constituent des réservoirs naturels de ces virus.

Les symptômes : deux syndromes distincts

Chez l’homme, les hantavirus peuvent provoquer deux maladies graves. La première est le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), qui se manifeste initialement par de la fièvre, des douleurs musculaires et des céphalées, suivis de troubles gastro-intestinaux (douleurs abdominales, vomissements et diarrhée), évoluant vers une maladie respiratoire grave, avec accumulation anormale de liquide dans les poumons et insuffisance respiratoire. Lorsque ces signes respiratoires apparaissent, l’infection présente un taux de mortalité d’environ 38%.

Le syndrome pulmonaire à hantavirus est causé par les hantavirus du Nouveau Monde, un groupe de virus de la famille des Hantaviridae répandu sur le continent américain.

Aux États‑Unis, entre 1993 et 2023, on a recensé près de 890 cas d’infections par hantavirus.

La deuxième forme : la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (HFRS)

La seconde forme d’infection, la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (HFRS), se manifeste par des maux de tête intenses, des douleurs lombaires et abdominales, mais surtout des atteintes rénales, des hémorragies internes et une insuffisance rénale aiguë. Cette maladie est causée par les hantavirus du Vieil Monde, qui circulent en Europe et en Asie, et elle est fatale dans une plage allant de 1% à 15% des cas. Selon un rapport des National Institutes of Health cité par la BBC, environ 150 000 cas de HFRS surviennent chaque année, dont la moitié en Chine.

Transmission d’homme à homme : est-ce possible ?

Un petit nombre d’études a rapporté la possibilité d’une transmission d’homme à homme du type le plus courant de hantavirus d’Amérique du Sud, le clade des Andes ; toutefois, une revue systématique de 22 études sur ce thème n’a pas trouvé de soutien à ce type de démonstration. On peut donc au moins affirmer que la transmission d’homme à homme, si elle est possible, serait un événement extrêmement rare, ce qui devrait limiter l’ampleur des contagions.

Le mystère du foyer sur le navire de croisière MV Hondius

Ce point demeure encore flou, car les cabines passagers et l’équipage se situent loin des zones de la cale qui pourraient avoir été touchées par la présence de rongeurs infectés. Les infections à hantavirus présentent une période d’incubation pouvant atteindre deux mois, et il est donc possible que la contamination — ou les contaminations — remontent à une étape terrestre de la croisière, au départ d’Ushuaïa, en Argentine.

Cures et prévention

Il n’existe pas de vaccin pour prévenir les infections par hantavirus, et nous ne disposons pas de traitements antiviraux spécifiques pour les contrer lorsqu’ils se manifestent. Les patients infectés reçoivent des soins de soutien, tels que des antiviraux à large spectre et, en cas de symptômes respiratoires, de l’oxygène, des perfusions, des médicaments pour réguler la tension artérielle et faciliter la ventilation pulmonaire. En l’absence de traitements ciblés, un diagnostic précoce est crucial, mais difficile à atteindre en raison de la faible reconnaissance des symptômes initiaux.

Cette affaire a en fait rappelé un autre épisode mortel lié au hantavirus qui n’avait pas été identifié à temps. En février 2025, l’affaire avait suscité l’attention avec la découverte du décès de l’acteur oscarisé Gene Hackman et de sa femme Betsy Arakawa, survenus plusieurs jours avant à leur domicile de Santa Fe, au Nouveau-Mexique (États‑Unis). Il s’est avéré que Betsy est décédée d’un syndrome pulmonaire à hantavirus, probablement contracté par des rongeurs infectés dans son domicile, et qu’elle avait peu avant sa mort recherché en ligne les symptômes du Covid-19.

Le mari, l’acteur Gene Hackman, souffrant d’Alzheimer, serait décédé peu après la disparition de son épouse, qui était sa principale aidante.

Article pensé et écrit par :
Avatar de Denis Perrin
Laisser un commentaire

10 + six =