Inflation et dette publique : ce qui met sous pression l’économie américaine et les banques centrales


Kevin Warsh


Analyse

Inflation et dette publique
Ce qui met l’économie américaine et les banquiers centraux sous pression

Stand: 15.08.2026 • 04:13 Uhr

Des problèmes sur le marché du travail, une inflation encore élevée et des rendements pour les obligations d’État américaines à long terme qui dépassent les 5%. Tout cela pèse sur l’économie et les responsables de la politique monétaire — y compris en Europe.

Tout est devenu plus cher, raconte la coiffeuse d’un salon parisien. Et elle ne vise pas les cafés prestigieux de la capitale, où l’addition peut grimper très vite, même si l’on a le revenu pour se le permettre.

Il s’agit avant tout de la vie quotidienne — les courses, la station-service, l’énergie. Le taux d’inflation aux États‑Unis a reculé d’un pouce, mais il reste obstinément élevé à 3,4 %, bien au‑dessus de l’objectif de 2 % visé par la Réserve fédérale (Fed). La principale cause en est la guerre dans la région Iran et la hausse des prix du pétrole.

Mais ce n’est pas la seule tendance à surveiller. En effet, les rendements des obligations d’État à long terme — sur 10 ou 30 ans — atteignent des niveaux jamais vus depuis 25 ans: au‑delà de 5 %. Cela montre que l’incertitude est forte quant à l’orientation future de la politique de la Fed et à son nouveau chef, Kevin Warsh.

Inflation et dette publique font monter les rendements

« Les taux d’intérêt à long terme montent ces derniers temps en raison de l’inflation et parce qu’on peut craindre que la banque centrale n’agisse pas activement pour maîtriser l’inflation », affirme l’expert du marché monétaire Stefan Riße.

L’incertitude concerne aussi la dette publique élevée, la confiance dans les États‑Unis s’érode. « Nous sommes face à une situation où le déficit budgétaire est élevé depuis des années », explique l’économiste en chef Carsten Mumm de la banque privée Donner & Reuschel dans un entretien avec Info Utiles.de. Rapporté au produit intérieur brut, la dette publique dépasse les 120 %.

Le rendement des obligations

Le rendement effectif d’une obligation d’État se calcule ainsi: il dépend de la durée et du taux d’intérêt. Pour les emprunts plus longs, il existe davantage d’intérêts, car les investisseurs restent engagés plus longtemps — avec les risques associés. L’élément déterminant reste toutefois le taux et le cours. Si une obligation est émise à 100 euros et rapporte 3 % par an, ce coupon fait aussi office de rendement annuel — soit 3 euros dans cet exemple.
Cependant, cela suppose que l’obligation soit détenue jusqu’à son échéance. Or ces titres s’achètent et se vendent en continu sur le marché, ce qui fait fluctuer le cours. Si de nombreux investisseurs la vendent, le cours baisse. Pour les acheteurs sur le marché, le rendement augmente. Si le cours passe de 100 à 90 euros, le taux d’intérêt s’applique alors au nouveau cours, et le rendement courant grimpe à 3,33 %. Le rendement et le cours évoluent donc en sens inverse sur le marché obligataire.

Acheter des obligations d’État américaines — emprunter de l’argent aux États‑Unis sur 10 ou 30 ans — n’est plus aussi prisé. Cela fait monter les rendements et ces derniers accroissent les coûts de financement à long terme pour l’économie. « Quand les rendements des obligations d’État à long terme augmentent et restent élevés, cela signifie aussi que les entreprises paieront des conditions plus élevées pour leurs emprunts ou que les ménages, par exemple pour un prêt immobilier, devront payer des taux plus élevés », déclare l’économiste Mumm.

Banquiers centraux sous pression

Sur le marché du travail, les chiffres les plus récents montrent que significativement moins d’emplois ont été créés que prévu.

Une Situation qui complique nettement le travail des banquiers centraux de la Fed. Car contrairement, par exemple, à la Banque centrale européenne dont l’objectif principal est de maintenir la stabilité des prix, la Fed a en outre la mission de viser le plein emploi.

Et la Fed ne dispose bien entendu pas du pouvoir sur les rendements, mais seulement sur les taux directeurs à court terme. En outre, à côté de l’inflation, la dette publique élevée des États‑Unis gagne aussi une importance croissante.

Réagit la Fed par des taux plus élevés ?

Dernièrement toutefois, la Fed a laissé son taux directeur inchangé. La prochaine décision est attendue à la mi-septembre. Les appels à une hausse se font toutefois plus insistants, mais on ignore encore comment le président de la Fed, Kevin Warsh, va agir à l’avenir. Pour l’instant, les marchés intègrent de plus en plus une hausse en septembre. Si l’inflation peut justifier une hausse, le marché du travail envoie des signaux faibles qui plaident pour le statu quo.

« Les chiffres actuels sur l’indice des prix à la consommation américains donnent à Warsh des raisons supplémentaires de continuer à tergiverser avant d’augmenter le taux directeur, comme l’exigeaient certains observateurs », déclare Tobias Basse de la banque NORD/LB.

D’autres voix sur les marchés jugent toutefois qu’une hausse peut devenir possible plus tard dans l’année. Cela aurait des répercussions importantes pour les Américains, car le recours au crédit est nettement plus répandu là-bas qu’en France.

Des répercussions aussi pour l’Europe et la France

« Les conditions pour les dettes de cartes de crédit augmenteraient, celles pour les crédits auto et étudiant s’envoleraient aussi, et cela freinerait la consommation », résume Carsten Mumm. Et la croissance serait freinée si la Fed venait à relever son taux directeur.

Mais en Europe et en France aussi, on ressentirait les effets éventuels d’un renchérissement des taux américains. Si les taux américains grimpaient plus vite que ceux de la zone euro, cela rendrait le dollar plus attractif. « Et cela signifierait que nous achèterions des matières premières libellées en dollars à des prix plus élevés avec un euro plus faible », estime Mumm.

Comment cela va se passer ensuite ?

Comment cela va-t-il évoluer ? Rien n’est encore assuré. Le président de la banque régionale de Richmond, Tom Barkin, a émis des réserves quant à la nécessité d’une hausse des taux. Le comité de la Fed demeure partagé sur cette question. Cependant, les inquiétudes liées à l’inflation persistent — tout comme celles autour de l’endettement croissant.

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