Instabilité familiale : impact sur l’attention et la régulation des émotions chez les enfants

Quand les routines et la stabilité manquent, le développement des capacités cognitives des enfants subit un ralentissement. Voici ce qui se passe dans leur cerveau et pourquoi la prévisibilité est leur meilleure défense.

Le cerveau des enfants est constamment à l’écoute de nouveaux stimuli à apprendre, et lorsque autour des tout-petits prévaut le chaos et l’imprévisibilité, ce monde désordonné interfère avec leurs capacités cognitives.

Trois nouvelles études publiées dans Developmental Cognitive Neuroscience démontrent jusqu’où l’instabilité de l’environnement de croissance peut influer sur la capacité des enfants à porter attention, à analyser les informations acquises et à réguler leurs émotions.

Un contexte prévisible et sûr: ainsi on apprend

À la base de ces trois études, on trouve l’hypothèse selon laquelle le cerveau des enfants est une machine à prévisions: dès les premiers mois de vie, les enfants surveillent en permanence ce qui se passe autour d’eux, et un environnement prévisible permet de formuler des attentes sur ce qui arrivera en réponse à une situation — en d’autres termes, d’apprendre.

Sur cette stabilité de « fond », les enfants construisent les fondations des capacités cognitives les plus complexes, comme l’attention et le contrôle des émotions: cependant, les conditions socioéconomiques ou familiales ne permettent pas toujours que cette prévisibilité se déploie.

Attention discontinues

Dans une première expérience menée auprès de 160 enfants âgés de 3 à 12 mois, des chercheurs de l’Université de Californie à Irvine ont constaté que les enfants qui grandissaient avec des garanties plus faibles en matière de logement, de nourriture et d’autres ressources de base de manière stable avaient tendance à détourner leur regard plus fréquemment pendant une tâche demandant une attention visuelle.

Du point de vue des tout-petits, ce qui peut sembler être une simple difficulté d’attention prenait tout son sens: ces enfants cherchaient à répartir leur attention sur le monde qui les entourait, qu’ils percevaient comme instable, dans l’attente de saisir de nouvelles informations.

Moins présents et moins adaptables

Un second test a porté sur 104 enfants âgés de 3 ans et impliqués dans cinq minutes de câlins et de contact visuel avec les proches attentifs.

Les chercheurs ont relevé la prévisibilité des comportements des aidants. Les enfants suivis par des adultes moins prévisibles montraient une activité du cortex préfrontal réduite, signe d’une attention moindre et d’une moindre capacité d’analyse des informations.

De plus, ils présentaient une moindre variabilité de la fréquence cardiaque, une valeur prédictive de la flexibilité du système nerveux face à des situations émotionnelles variées.

Une interaction prévisible, expliquent les scientifiques, possède un rythme et des phases que les enfants peuvent anticiper: entre cela et un contact perçu comme instable se situe la même différence que celle qui sépare une berceuse d’un morceau de jazz improvisé, peut être amusant, mais peu propice à l’apprentissage.

L’allaitement est-il un régulateur naturel ?

Dans une troisième étude, qui a suivi 81 couples mère-enfant, les chercheurs ont émis l’hypothèse qu’une substance naturellement présente dans le lait maternel — l’allopregnanolone, un neurostéroïde dérivé de l’hormone progesterone et qui a pour effet de réguler le stress et de stabiliser l’humeur — agirait comme un amortisseur entre la dépression maternelle et les effets que ce type d’instabilité peut avoir sur les capacités de régulation émotionnelle des enfants.

Une version synthétique de cette substance est, non sans raison, déjà utilisée dans le traitement de la dépression post-partum.

Soutenir les familles pour soutenir les enfants

Dans leur ensemble, ces trois études soulignent l’importance d’un soutien à la parentalité dès les premières étapes, avec une distinction importante: la stabilité ne dépend pas nécessairement de la disponibilité de ressources économiques, même si un contexte pauvre en ressources est plus fréquemment instable.

Certaines formes de soutien non directement économiques, comme les congés parentaux ou des structures publiques d’accueil de la petite enfance plus accessibles, peuvent faire la différence dans le développement cognitif des enfants.

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