Interview : Le secteur maritime face au blocus des Houthis — « Nous sommes habitués aux crises et aux guerres » Des coûts à sept chiffres pour contourner l’Afrique, payés par les clients


Das Hapag-Lloyd-Containerschiff «Hamburg Express» kommt am frühen Abend im Hamburger Hafen an.


Entretien

Secteur maritime face au blocus des Houthis
« Nous sommes habitués aux crises et aux guerres »

Date : 15.09.2026 • 19:05

Des coûts supplémentaires à sept chiffres pour contourner l’Afrique. Au final, ce sont les clients qui paieront. Mais les hausses de prix demeurent modestes, de l’ordre du centime, affirme l’expert des armateurs, Kröger. Il demeure optimiste: les navires finissent presque toujours par trouver une voie.

Info Utiles.de: À quel point la fermeture de Bab al-Mandab a-t-elle surpris les armateurs ?

Martin Kröger: Malheureusement pas vraiment surprenant. Nous souffrons depuis environ trois ans d’une situation sécuritaire tendue autour de la mer Rouge. Cela peut même durer un peu plus longtemps. Pendant cette période, les Houthis ont commencé à viser des navires de commerce. Et cela de manière très explicite et avec des dégâts importants. À l’époque, cela avait déjà conduit de nombreuses compagnies à éviter le passage par cette voie.


Dr. Martin Kröger
À propos

Martin Kröger dirige en tant que directeur général l’Association des Armateurs Allemands (VDR), qui représente les intérêts juridiques et économiques des armateurs allemands. Kröger a étudié le droit à l’Université de Hambourg.

Info Utiles.de: Comment les armateurs gèrent-ils la nouvelle situation ?

Kröger: La chaîne d’approvisionnement s’est adaptée et se réajuste progressivement. Depuis quelque temps, de nombreux armateurs n’empruntent plus la route par le canal de Suez. À la place, on contourne le continent africain. Cela rallonge la durée du voyage de dix à quatorze jours, selon la vitesse du navire. Il en résulte un allongement de la chaîne logistique, entraînant des décalages temporels et des coûts plus élevés.

Info Utiles.de: À quel niveau se situent ces coûts ?

Kröger: Cela se situe dans la fourchette du six chiffres, pour un trajet unique. Mais pour un aller-retour en contournant l’Afrique, la somme grimpe à sept chiffres. Cela se décompose en augmentation des coûts d’assurance, en hausse du carburant et de tous les consommables nécessaires au fonctionnement du navire.

Info Utiles.de: Quelles conséquences cela a-t-il pour les armateurs allemands et pour la navigation mondiale ?

Kröger: Dans le domaine maritime, nous sommes habitués à faire face à des crises et à des guerres. Nous naviguons constamment dans des zones où la situation est tendue. Cela existe depuis des siècles. Nous faisons preuve de résilience, car nous trouvons presque toujours un itinéraire pour contourner les zones en crise. Nous sommes capables d’opérer avec de grands navires et, si nécessaire, de réorienter nos routes. Ainsi, nous parvenons à compenser les retards et les elongations des itinéraires.

Info Utiles.de: À quel point ces coûts pèsent-ils sur les armateurs ?

Kröger: Les surcoûts sont importants pour les armateurs. Mais ils ne restent pas bloqués là. Ils sont généralement répercutés sur ceux qui commandent le navire, puis, in fine, sur leurs clients – c’est-à-dire les consommateurs ou les entreprises. Cependant, sur l’ensemble de la chaîne, la plupart du temps, la capacité de transport suffit à atténuer l’augmentation des prix. En fin de compte, les hausses restent contenues dans une fourchette de centimes. En cas de problèmes ponctuels, cela passe inaperçu au départ. Ce n’est qu’avec une route complètement interrompue que l’impact se remarque nettement.

Info Utiles.de: Les armateurs renforcent-ils leurs dispositifs pour se prévenir des dangers ?

Kröger: Le principe est clair: les porte-conteneurs restent des navires civils. Ce qui signifie qu’ils ne sont pas armés. L’exception actuelle concerne les menaces de pirates. Il s’avère qu’en complément de la protection par des bâtiments militaires, des agents de sécurité privés à bord peuvent aider. Leur présence peut suffire si elle est bien visible sur le pont. Cela fonctionne généralement. En revanche, face aux drones, aux missiles et aux engins explosifs sous-marins, un cargo civil ne peut pas se protéger seul. Il n’est pas possible d’embarquer des dispositifs de tir. Dans ces cas, on ne peut plus traverser les eaux affectées.

Info Utiles.de: Partout dans le monde, les tensions se renforcent. Quelle est votre prévision — par exemple en regard du détroit de Taïwan ?

Kröger: On peut seulement espérer que tous les pays concernés par la tension autour du « passage de Taïwan » prennent conscience qu’ils dépendent d’un commerce maritime libre et sûr. Cela devrait les amener à ne pas perturber le trafic maritime. Le commerce maritime peut, à cet égard, jouer un rôle équilibrant dans la politique géopolitique internationale.

La conversation a été menée par Marcus Pfeiffer, Info Utiles.de

Article pensé et écrit par :
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