Les promesses faites à un enfant peuvent prendre des sens très différents, selon le contexte et l’intention qui les motivent. Certaines portent une valeur éducative importante, tandis que d’autres risqueraient d’endommager la confiance et la crédibilité du parent aux yeux de l’enfant. Il est essentiel de réfléchir à la manière dont on utilise ces promesses dans la vie quotidienne et à leur impact sur la relation éducative.
Dans la vie quotidienne des parents, il est fréquent de faire des promesses aux enfants : parfois pour les rassurer dans une situation d’angoisse ou de peur, d’autres fois pour répondre à une demande ou un désir précis, ou encore dans le but de gérer ce qu’on appelle communément des caprices. Mais que se passe-t-il réellement dans la relation éducative lorsqu’on dit : « Je te promets » ? Quelle est la valeur d’une promesse prononcée par un adulte ? Et celle d’un enfant ?
Les promesses des adultes
Le terme « promettre » vient étymologiquement de la notion de « mettre en avant, présenter ». Il s’agit donc d’annoncer à autrui ses intentions en lui donnant sa parole, en engageant son propre sérieux face à une situation importante ou significative. Une promesse, pour un adulte comme pour un enfant, représente un engagement personnel, un acte de responsabilité que l’on prend devant autrui, souvent lors de cérémonies ou d’événements officiels pour marquer un engagement solennel devant la communauté.
Éduquer un enfant à la valeur d’une promesse peut avoir une grande portée pédagogique, car cela participe à la construction de son identité, à sa capacité à établir des relations de confiance, et à sa manière de se projeter dans l’avenir. La promesse est alors un fondement essentiel pour apprendre à respecter ses engagements et pour développer une relation basée sur la crédibilité.
Les promesses faites par les adultes : exemples
« Je te promets que je resterai près de toi cette nuit si tu as peur », confie un père à son enfant terrifié par un cauchemar. « Si tu manges tout ce que tu as dans ton assiette et si tu arrêtes de pleurer, je te promets de t’acheter ce jouet que tu as vu à la télévision », propose une mère pour convaincre son enfant de déjeuner.
Autre exemple : « Maman, papa, on va aller au parc en vélo ? » – « Pas aujourd’hui, mais ce sera pour demain, promis ! » répondent les parents à la demande de leur enfant. Ces exemples illustrent comment une promesse peut prendre différentes significations selon le contexte et l’intention derrière. La promesse d’un père dans le premier cas offre un message de protection et de réassurance, répondant au besoin immédiat du petit face à sa peur. Elle symbolise une compréhension sincère de ses émotions : « Je comprends que tu as peur, et je suis là pour toi. Tu peux compter sur moi, tu ne seras pas seul. »
Dans le second cas, la promesse apparaît comme une façon de produire une sortie de crise ou une solution immédiate à une demande. La mère tente de convaincre son enfant d’accepter de manger en lui promettant un cadeau. Ici, la promesse peut devenir un outil de récompense ou de distraction, voire de négociation implicite où l’enfant pourrait penser : « Je fais cela si j’obtiens ceci. » Cela soulève une question pertinente : est-ce éducatif ou bénéfique de faire des promesses en échange de comportements spécifiques, comme celle de manger ? Faut-il contractualiser la relation autour de la nourriture ou d’autres comportements ? Quel message cela envoie-t-il sur le lien entre effort, récompense, et valeur des engagements ?
Les promesses risquées
Les promesses destinées à conditionner le comportement de l’enfant peuvent s’avérer éducativement dangereuses, surtout si elles sont répandues ou si elles deviennent la norme. Elles risquent de brouiller la compréhension qu’a l’enfant de ce qui est réellement important et méritant une promesse. À long terme, ce type de promesse peut créer une dynamique relationnelle proche du chantage : «Si tu es sage, alors je te promets que…» ; ou chez l’enfant, « je ferai ceci si j’obtiens cela en échange ». Ce style de communication peut aussi donner naissance à des promesses moquées ou même à des menaces déguisées : « Si tu ne vas pas te coucher, je te promets que je te donnerai une gifle ! »
Un enjeu fondamental de ces promesses est la confiance : si la promesse faite auprès de l’enfant dans le contexte de la sortie au parc n’est pas respectée, cela peut sérieusement nuire à la crédibilité du parent. La crédibilité du parent repose sur sa capacité à tenir parole. Or, il arrive que des parents fassent des promesses sans y réfléchir ou qu’ils oublient leurs engagements, simplement parce qu’ils n’ont pas anticipé la imprévus. Et là, il faut rappeler que les enfants ont une mémoire excellente et qu’ils sont très sensibles à la confiance brisée.
Et si la promesse n’est pas tenue ?
L’impact d’une promesse non respectée est évident : cela diminue la valeur qu’un enfant attribue au fait de promettre. Il peut commencer à douter de la parole de ses parents, voire se sentir trahi ou manipulé. La confiance établit une base essentielle pour le bon développement de l’enfant, et cela passe par la capacité de ses parents à respecter leurs engagements, même si cela implique parfois de faire face à la difficulté de tenir parole.
Ce qui est crucial, c’est de comprendre que faire de son mieux en tant que parent ne signifie pas être parfait. Il n’est pas toujours possible de tout prévoir ni d’éviter l’erreur. L’essentiel est de faire preuve d’humilité, d’être sincère et de limiter ses promesses à celles que l’on peut vraiment respecter. Lorsqu’on doit annuler une promesse ou si un imprévu empêche de tenir parole, il faut expliquer la situation à l’enfant en lui parlant avec franchise. Par exemple, si on ne peut pas aller au parc parce qu’un événement imprévu empêche d’y aller, il faut le lui dire, tout en exprimant ses regrets. Si l’oubli ou une promesse faite à la légère ont eu lieu, il est également important de prendre la responsabilité et de présenter ses excuses. Ces comportements éducatifs montrent à l’enfant que l’on respecte ses sentiments et ses attentes, et qu’on est capable d’admettre ses erreurs.
Les promesses des enfants
Il est courant de demander aux enfants de faire des promesses, souvent concernant leur comportement : « Promets-moi que tu ne feras plus le monstre ; promet-moi que tu ne te gratteras pas la tête en jouant… » Et il arrive que l’on se fâche lorsque l’enfant ne respecte pas ces engagements. Mais, en réalité, jusqu’à quel point sommes-nous en train de lui demander quelque chose qui soit réellement à sa portée, qui respecte ses besoins de développement ? Lorsqu’un enfant dit « Je te promets, je ne ferai plus rien », il essaie sincèrement de satisfaire ses parents, même si parfois il ne comprend pas totalement l’objectif. Il aimerait que ses parents soient fiers de lui, qu’il se sente aimé, et cette promesse, bien qu’utopique, est une manière de montrer son envie d’être à la hauteur.
Néanmoins, demander à un enfant de respecter des promesses parfois irréalisables ou en contradiction avec ses capacités de développement peut le faire se sentir inadéquat ou coupable. Il est donc important de respecter leur âge et leur maturité quand on leur demande des engagements.
Faire de son mieux
Pour accompagner les enfants dans l’apprentissage de la responsabilité, il est conseillé d’inciter les enfants, à mesure qu’ils grandissent, à assumer de petits engagements personnels. Plutôt que de leur dire : « Promets-moi de ne plus faire le fou », il vaut mieux leur demander de s’engager à faire ou à ne pas faire quelque chose dans un délai précis, tout en expliquant pourquoi. Une formule adaptée pourrait être : « Efforce-toi de faire de ton mieux » ou « Je vais faire de mon mieux ».
Ce type d’objectif est accessible et met l’accent sur la volonté, l’engagement et les qualités personnelles de l’enfant plutôt que sur le résultat final. C’est une excellente façon de lui apprendre à prendre soin de ses engagements tout en respectant ses capacités. En lui souhaitant de toujours faire de son mieux, on lui donne une règle de vie simple mais fondamentale pour son développement futur.