Un pays pionnier en Europe : la France envisage l’instauration d’une journée flexible de 13 heures
La France se prépare à devenir le premier pays de l’Union européenne à adopter une journée de travail flexible de 13 heures. Ce projet de loi devrait être présenté dès septembre.
Au cœur du centre-ville de Paris : il est presque 21 heures, et le petit restaurant La Belle Étoile, géré par Mme Sophie Martin, est encore bien rempli. Néanmoins, elle prévoit de fermer dans les minutes qui suivent, même si elle pourrait profiter d’un chiffre d’affaires plus élevé. La raison ? Son employé est déjà rentré chez lui.
« Ce soir, je vais fermer à 21h30. Je pourrais rester ouverte jusqu’à 23 heures, mais ce serait trop fatigant pour moi », explique Sophie. « Mon employé devait partir à 20 heures. Si je pouvais faire en sorte qu’il continue à travailler un peu plus, cela m’aiderait beaucoup. »
Semaine de six jours déjà en place
Actuellement, comme en Allemagne ou ailleurs en Europe, la France applique une journée de travail de 8 heures. Cependant, le gouvernement souhaite aller plus loin dans la flexibilité des horaires. L’année dernière, une formule de travail sur six jours a été instaurée. Le nouveau projet de loi, porté par la ministre du Travail, Madame Nicole Durand, propose désormais une journée de 13 heures. Cela répond à un besoin urgent de main-d’œuvre dans certains secteurs, notamment le tourisme, où près de 80 000 postes restent vacants. « D’abord, c’est une option qui n’oblige pas à l’adopter. Ensuite, l’accord du salarié serait indispensable. Enfin, cela permettrait à ceux qui travaillent de ne pas avoir à rechercher un second emploi », explique Madame Durand.
En réalité, beaucoup de Français cumulent plusieurs emplois. La crise économique des années 2010 continue d’avoir ses effets. Pour beaucoup, le salaire unique ne suffit plus pour vivre décemment – c’est notamment une raison pour laquelle de nombreux restaurateurs soutiennent ce modèle de journées prolongées. « Je pense que cela peut aider, car nous avons besoin de personnel et, de toute façon, ils doivent travailler plus pour couvrir leurs frais de vie », déclare Sophie Martin.
Limite au nombre de jours pour des longues journées
Cependant, les salariés ne seraient pas autorisés à travailler indéfiniment 13 heures d’affilée. Selon le projet de loi, cette durée maximale serait limitée à 37 jours par an. La semaine de 35 heures resterait la norme. Par ailleurs, les heures supplémentaires seraient mieux rémunérées, assure Madame Durand : « Cela représenterait une majoration de 40 % par rapport au tarif normal. »
Une restauratrice comme Sophie Martin serait prête à payer ces majorations. « Car je suis à la recherche de personnel, et ce n’est pas évident de trouver quelqu’un qui ait de l’expérience dans le secteur », explique-t-elle.
Toutefois, tous ne partagent pas cet avis. À seulement quelques centaines de mètres, dans le restaurant Saità, la propriétaire ne voit pas ce gain de flexibilité d’un bon œil. « C’est fatigant, et un salarié peut supporter ça une seule fois par mois, voire moins. C’est beaucoup d’heures à rester debout et à continuer à travailler efficacement », affirme-t-elle.
Le syndicalisme critique la proposition
Du côté des représentants des employés aussi, la critique se fait entendre. Le syndicaliste Monsieur Joël Lambert doute de la productivité sur de longues journées de 13 heures, surtout pour les emplois de bureau. Il déplore également que le gouvernement n’ait pas suffisamment consulté les partenaires sociaux lors de l’élaboration de ce projet.
Il craint que cette réforme ne marque qu’un pas supplémentaire vers une flexibilisation encore plus grande du travail. « À l’ère de l’intelligence artificielle et de la digitalisation, nous devrions plutôt nous concentrer sur l’amélioration des conditions de travail, au lieu de revenir obstinément à ce modèle dépassé des longues heures », déplore-t-il.
La ministre du Travail, quant à elle, affirme que cette mesures renforcerait les droits des salariés. Elle assure aussi qu’elle contribuerait à réduire le travail au noir. Si la loi est adoptée, ce qui semble probable étant donné que la majorité parlementaire soutient le gouvernement, la France deviendrait ainsi le premier pays de l’Union européenne à autoriser une journée de 13 heures.