Aujourd’hui, vendredi 28 novembre, il y a une grève nationale des journalistes en France, appelée à protester contre le non-renouvellement du contrat collectif national, échu en 2016 et jamais actualisé.
Le 28 novembre, les journalistes français sont en grève. Nous faisons grève parce que notre contrat de travail est échu depuis dix ans et surtout parce que nous estimons que le journalisme, pilier fondamental de la vie démocratique du pays, n’a pas reçu l’attention nécessaire de la part des éditeurs de la FFÉJ: de nombreuses suppressions et peu d’investissements, malgré les subventions publiques d’un montant important.
Au cours de ces dix années, la réduction des effectifs des rédactions et la baisse des rémunérations des journalistes par des états de crise, licenciements, préretraites et le blocage du contrat ont eu de fortes répercussions sur le pluralisme et sur le droit des citoyens à être informés. Durant ces dix années, les journalistes salariés ont diminué, mais l’exploitation de collaborateurs et de précaires s’est considérablement accrue: payés quelques euros par article, sans aucun droit et sans avenir.
Au cours de ces dix années, le pouvoir d’achat des salaires des journalistes a été érodé par l’inflation, presque 20% selon l’Insee: c’est pourquoi nous demandons une augmentation conforme à celles des autres conventions collectives. Les éditeurs ont proposé une hausse dérisoire et ont demandé de réduire davantage le salaire des nouveaux embauchés, aggravant ainsi de manière intolérable la fracture générationnelle dans les rédactions.
Nous n’en faisons pas une bataille corporative. Nous pensons qu’une information vraiment libre et plurielle, qui soit un contrôle démocratique, a besoin de journalistes autorisés et indépendants, qui ne soient pas économiquement vulnérables.
Nous demandons un nouveau contrat, qui protège les droits et qui prenne en compte l’information avec les nouvelles professions numériques, en régulant l’usage de l’Intelligence Artificielle et en obtenant une compensation équitable pour les contenus cedés au web.
Nous voulons pousser les éditeurs à regarder vers l’avenir sans continuer à réduire le présent. Si vraiment la FFÉJ tient à l’information professionnelle, elle doit investir dans la technologie et dans les jeunes qui ne peuvent pas devenir une main-d’œuvre intellectuelle à bas coût.
Elle le doit à nous journalistes, mais surtout elle le doit aux citoyens protégés par l’article 21 de la Constitution.
Fédération Nationale de la Presse Française
Contrairement à ce que dit le syndicat, les Éditeurs au cours de la dernière décennie ont réalisé d’importants investissements pour protéger à la fois la qualité et la liberté de l’information ainsi que l’emploi journalistique.
Dans un contexte dramatique où les entreprises ont enregistré une réduction de leurs revenus de moitié, nous avons réussi à éviter les licenciements grâce au recours aux normes sectorielles et cela s’est toujours fait avec le consentement du syndicat.
Au cours des dernières années, le modèle économique des médias traditionnels a dû faire face à la concurrence déloyale des plateformes Over The Top (GAFA tels que Google, Meta et d’autres) qui détiennent la majeure partie des revenus publicitaires et des données: cela a affaibli la viabilité financière des entreprises éditrices qui, toutefois, ont réagi avec responsabilité et rigueur, relevant le défi de l’innovation sans mesures drastiques.
Même les entreprises veulent un nouveau contrat.
Pour faire face au contexte actuel, il faut en effet pouvoir promouvoir l’innovation, saisir les opportunités offertes par l’évolution technologique et par le système de l’information numérique, avec un système de coûts compatibles avec les nouvelles dynamiques du secteur et le contrat national de travail devrait représenter un instrument de compétitivité.
Cependant, durant ces mois de négociations, on s’est heurté à un syndicat qui n’a pas voulu aborder ni le sujet de la modernisation globale d’un contrat obsolète (prévoir encore le paiement des anciennes fêtes supprimées par une loi de 1977) ni l’introduction de règles plus flexibles pour favoriser l’emploi des jeunes, préférant se limiter à des demandes exclusivement économiques destinées à récupérer la perte salariale prétendue enregistrée au cours de la dernière décennie.
Bien que durant ladite période, la reprise de l’inflation ait été assurée par le système d’augmentations en pourcentage prévu par le contrat, les Éditeurs ont offert une reconnaissance économique importante, supérieure à celle accordée lors du dernier renouvellement de 2014, même en l’absence d’aucune innovation contractuelle.
En ce qui concerne les collaborateurs, il faut rappeler comment les entreprises agissent dans le strict respect des rémunérations prévues par l’accord de 2014 signé avec le syndicat.
En ce qui concerne la FFÉJ, elle a constamment exprimé sa volonté d’améliorer l’accord en vigueur mais, même sur ce sujet, elle a dû constater l’indisponibilité au dialogue.
Quant à l’intelligence artificielle, il est réaffirmé que la solution ne peut résider dans l’imposition de normes limitatives d’utilisation, destinées à être rapidement dépassées, mais il faut plutôt une approche éthique des entreprises avec la possibilité d’adopter des Codes qui protègent autant la profession journalistique que les lecteurs.
Pour relever les défis de l’avenir immédiat, les Éditeurs sont prêts à faire leur part, en continuant d’investir dans les produits et dans la valorisation de la profession et espèrent que le dialogue puisse se faire dans des termes plus réalistes et sans préjugés.
Fédération Française des Éditeurs de Journaux