Laisse pour enfants ? Non merci !

La laisse pour enfants crée une relation distante entre le parent et l’enfant, elle limite également la liberté de ce dernier et entrave le processus d’éducation.

Le titre peut sembler provocateur, tant l’idée d’attacher des enfants à une laisse paraît absurde, mais force est de constater que cette pratique est revenues à la mode. Il suffit de taper sur Google « laisse pour enfants » pour s’en rendre compte.

Essayez-vous

J’invite chacun à réfléchir à ce que l’on ressentirait à être retenu, tiré, arraché, à éprouver sur son corps la pression dictée par des mouvements non décidés autonomement mais subis sans en comprendre les causes et sans pouvoir les prévoir, car cela se produit lorsque l’on est conduit par une laisse : on subit les choix d’autrui qui ont un impact négatif sur son corps, principalement en termes d’autodétermination et d’équilibre.

Inutile de tourner autour du sujet: la laisse devient nécessaire là où l’on perçoit l’enfant comme un être indomptable ou impossible à protéger d’une « jungle » de dangers, sans quoi toute expression d’autonomie liée à la mobilité est annihilée. Pour limiter le mouvement imposé par la laisse, il faut privilégier un langage adapté à l’âge et, face aux expressions impératives, adopter une approche empreinte d’empathie.

Développement moteur de l’enfant

Quelle idée de l’enfant a l’adulte qui le tient en laisse ? Et quelle idée de relation peut assimiler et faire sienne l’enfant qui est traité ainsi par les personnes les plus importantes pour lui ? Se dira-t-il que si les personnes qui prennent soin de lui se comportent ainsi, c’est la meilleure façon de montrer son amour et son respect à la personne aimée ?

Privier les enfants de la possibilité de bouger librement, dès les premiers jours de vie, revient à leur voler la capacité d’apprendre à connaître leur corps et les positions sûres. Les observations pluridécennales de la pédiatre Emmi Pikler et les études du psychologue et pédagogue français Henri Wallon montrent avec précision comment entraver le développement moteur naturel de l’enfant le rend maladroit et incapable d’évaluer le danger.

Quelques indications

Voici, en résumé, quelques indications de la docteure Pikler pour permettre à l’enfant de construire une connaissance de soi profonde et gratifiante, fondée sur le plaisir et la sécurité :

  • tant que l’enfant n’est pas capable de changer de position par lui-même, il est opportun de le placer sur le dos, sur une surface plane, afin de lui offrir la plus grande liberté de mouvement; dans cette configuration, l’atteinte du flanc puis la position couchée sur le ventre deviennent le fruit d’une progression spontanée
  • l’adulte doit s’abstenir de la tentation de mettre l’enfant assis tant qu’il n’a pas acquis par lui-même la compétence d’atteindre cette position, afin de ne pas entraver l’exercice des micro-mouvements spontanés, par lesquels il apprend à connaître son corps sous gravité, après avoir été soumis à des règles physiques différentes dans l’utérus maternel (lorsque l’adulte modifie ce processus, il place l’enfant dans une situation d’instabilité ou d’immobilité forcée, au détriment de son plaisir personnel et de sa liberté de mouvement)
  • on n’aide pas un enfant à terminer un mouvement entamé (on ne le prend pas par les mains, on ne lui apporte pas d’aide pour se hisser debout) car dans une phase entièrement dédiée à la recherche de l’équilibre et à la connaissance de son corps, cela implique un facteur de perturbation qui n’apporte rien et retire beaucoup à l’expérience de l’enfant. On n’intervient pas non plus lorsqu’il tente de se lever seul, de faire ses premiers pas, en s’accrochant
  • on ne lie pas l’enfant
  • on ne sollicite ni n’encourage l’enfant à adopter quelque position que ce soit s’il ne l’a pas encore apprise : on ne pointe pas du doigt pour que l’enfant s’aide à se mettre assis, on ne l’attire pas avec des stratagèmes pour l’amener à faire ses premiers pas
  • on n’interdit ni ne censure aucune tentative spontanée : l’enfant est laissé libre d’exercer les mouvements qu’il veut, même lorsque cela signifie mettre en pratique des compétences plus simples que d’autres déjà acquises : un enfant qui sait marcher doit être libre de ramper ou de se mettre à quatre pattes s’il le désire.
Article pensé et écrit par :
Avatar de Julie Ménard
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