L’Antarctique a connu son ère des incendies il y a 90 millions d’années

Il y a quelques années, peu avant la pandémie de COVID-19, un groupe de chercheurs de l’Institut Alfred Wegener de Bremerhaven, en Allemagne, a récupéré et analysé, au fond océanique de l’Antarctique occidental, un échantillon de sol mesurant 30 mètres et datant de 90 millions d’années, remontant au Crétacé. L’analyse a révélé que l’échantillon contenait des traces de la forêt la plus méridionale jamais retrouvée. Six ans plus tard, une nouvelle étude du même équipe sur le même échantillon établit un nouveau record: comme relaté sur Nature Communications Earth and Environment, ce sol de l’Antarctique crétacé montre les signes d’incendies les plus australes jamais découvertes sur la planète.

Pour être tout à fait clair, il convient de rappeler que nous parlons d’une période durant laquelle notre planète était peuplée principalement par les dinosaures, qui dominaient de nombreux écosystèmes terrestres. À leurs côtés vivaient des reptiles et de petits mammifères, mais aussi des insectes et des oiseaux. Il n’y avait toutefois pas les conditions climatiques et environnementales propres à la survie de l’être humain, notamment l’absence des calottes glaciaires polaires.

Les incendies de l’Antarctique

L’échantillon retrouvé par les chercheurs est, comme indiqué, long de 30 mètres et a été prélevé à seulement 900 kilomètres du pôle Sud. Lorsqu’il a été analysé en 2020, il a permis de révéler qu’il y a 90 millions d’années, l’Antarctique n’était pas une étendue de neige et de glace mais une forêt pluviale humide et marécageuse. Pour analyser un échantillon de ce type, toutefois, des méthodes destructrices sont nécessaires: en particulier, l’usage d’acides pour dissoudre tout ce qui n’est pas de la matière organique. Il restent ainsi les traces des plantes, mais les chercheurs avaient aussi remarqué à l’époque quelque chose qu’ils n’attendaient pas: des morceaux de charbon, mis de côté en attendant d’autres analyses.

Ces analyses, menées récemment, confirment la nature de ces petits restes: des plantes brûlées, la première preuve que l’Antarctique au Crétacé était aussi traversé par des incendies. L’échantillon a révélé d’autres détails qui pointent dans la direction du feu: la présence de certains résidus chimiques typiques des plantes brûlées, mais aussi celle de l’ambre, que les arbres utilisent pour réparer les dommages causés par des agents externes, dont le feu. S’il est vrai que trois indices font une évidence, l’échantillon antarctique contient donc les restes des incendies les plus australes jamais enregistrés.

De la forêt à la tourbière

Des incendies qui ont changé la physionomie de l’Antarctique au Crétacé — un autre secret dévoilé par cet échantillon de sol, qui a permis aux chercheurs de suivre les changements de l’écosystème sur des millions d’années.

Au début des sédiments, en effet, dans les couches les plus profondes et donc les plus anciennes, on retrouve des preuves de la présence de forêts pluviales en Antarctique. Avec l’arrivée des incendies, qui contribuèrent à rendre le paysage plus ouvert, la forêt cède progressivement la place aux tourbières, milieux humides et marécageux qui bénéficient du feu: les auteurs soulignent qu’un mécanisme similaire anime les tourbières arctiques actuelles.

Un détail particulièrement fascinant émerge de l’étude: les sphaignes, ces mousses qui forment les tourbières. Une comparaison entre les spores de sphaignes d’Antarctique, remontant à 90 millions d’années, et celles trouvées en Écosse et datant des derniers 10 000 ans, a montré plus de ressemblances que de différences: en d’autres termes, ces mousses n’ont pas beaucoup changé et continuent depuis des dizaines de millions d’années à jouer un rôle moteur dans la formation et la santé des tourbières.

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