La crescita comporta errori, chutes et remises en question qui stimulent de nouveaux points de vue indispensables au développement. Voici six façons d’aider les enfants à grandir
Souvent, les parents expriment leur inquiétude face à certains comportements inappropriés de leur enfant ou à des conduites à risque. Ils se plaignent lorsque leur enfant répond mal, qu’il est « mal élevé », ou encore lorsque le jeune ne travaille pas à l’école, ou se referme dans sa chambre pour jouer aux jeux vidéo toute la journée. Parfois, cependant, il existe des enfants et des adolescents qui semblent « parfaits », dont on n’entend presque jamais parler, car ils ne cherchent pas à attirer l’attention ou à se faire remarquer.
Il s’agit de ces jeunes qui réussissent brillamment à l’école, qui excellent dans les disciplines sportives, et lorsque ils démarrent une nouvelle activité, la mènent à terme avec un engagement extrême, en visant toujours l’excellence. On les décrit comme étant polis, attentifs, précis, respectueux des autres et de leurs engagements.
Ils ne font jamais d’erreur, ne protestent pas, s’adaptent à toutes les propositions et répondent à toutes les attentes. Mais combien de temps cela peut-il durer ? Et que se passe-t-il si cet enfant ou cet adolescent « parfait » finit par échouer un jour ?
Lorsque je rencontre ces familles d’enfants soi-disant parfaits, les parents arrivent en consultation plongés dans une grande peur : leur fille ou leur garçon, qui ont toujours été excellents en tout, ont soudain changé. Certains commencent à adopter des comportements désinhibés et semblent même chercher à être repris, punis ou grondés, comme pour prouver qu’eux aussi peuvent être « méchants ». Juste eux, qui jusque-là avaient toujours eu une attitude calme et douce (la phrase typique des mamans étant : « Il est trop gentil. Où qu’on le mette, il reste tranquille »). Des enfants, qui jusque-là se montraient diligents dans leurs devoirs, commencent à montrer de la paresse, de la désinvolture ou un relatif désintérêt. Dans d’autres cas, le « enfant parfait » peut se replier socialement : il évite les relations avec ses pairs, ou développe des sentiments de tristesse et d’apathie, ou encore adopte des comportements infantiles propres à un âge plus jeune (par exemple, il veut rester constamment avec sa maman ou sollicite de l’aide et des confirmations pour les activités de la journée). Il peut aussi commencer à chercher des stratégies pour éviter toute situation évaluative, que ce soit à l’école ou avec ses amis : se plaindre de malaise pour ne pas aller en classe, arrêter de pratiquer un sport, ou ne plus vouloir participer aux fêtes ou sorties avec ses camarades.
Accorder des espaces, du temps et de la liberté
Si un parent ressent désarroi mêlé à de la déception face à ce qu’il perçoit parfois comme un échec de son enfant, celui-ci, de son côté, peut également souffrir d’angoisse et de culpabilité face à cette perte supposée de ses référents ou de ses repères. L’anxiété de performance, qui à court terme assure souvent d’excellents résultats, peut à long terme engendrer des blocages émotionnels chez les adolescents en devenir. Craignant de faire des erreurs, ils peuvent choisir de ne pas prendre de risques et ainsi rester figés devant les choix et risques inévitables liés à leur croissance. En réalité, l’enfant trouve attrayant de répondre favorablement aux attentes de ses parents, parce que c’est généralement la voie la plus simple pour être reconnu et valorisé.
Or, aujourd’hui, les attentes des mères et des pères sont de plus en plus élevées, souvent déconnectées de l’âge et de la maturité de l’enfant. Selon l’INSEE, près de 20 % des enfants n’auraient pas de temps libre durant la semaine. Outre l’école et les devoirs, l’enfant doit pratiquer un sport, apprendre un instrument, faire du théâtre, étudier des langues étrangères. Cela limite considérablement ses moments de liberté pour être simplement lui-même. La seule ambition semble être d’apprendre de nouvelles choses et de réussir. Il n’est pas rare non plus que cette recherche de succès cognitif et de performance soit contrebalancée par un désintérêt pour le développement de compétences émotionnelles. La perfection, en effet, est statique, figée, sans évolution possible. La croissance, au contraire, comporte des erreurs, des chutes et des remises en question, qui permettent d’acquérir de nouvelles perspectives et d’ouvrir de nouveaux champs pour le développement personnel. Voici donc six approches pour accompagner la croissance de vos enfants :
- Ne pas anticiper tous les besoins des enfants ni leur apporter immédiatement des solutions. Leur permettre de vivre de petites frustrations et de chercher par eux-mêmes des solutions à leurs difficultés, qui ne seront pas toujours celles que nous aurions adoptées, contribue à renforcer leur autonomie et leur conscience de leurs capacités, sans se limiter à une attitude mimétique et complaisante envers les adultes.
- Valoriser l’engagement, pas uniquement le résultat : si l’enfant a répété une poésie toute l’après-midi et obtient le lendemain un résultat moyen à l’école, il ne faut pas lui reprocher de ne pas avoir obtenu une meilleure note. Il vaut mieux essayer de comprendre en quoi l’anxiété peut le bloquer dans son expression plutôt que de le juger.
- Maintenir la cohérence dans les demandes, qui doivent être adaptées à l’âge de l’enfant. En d’autres termes, par exemple, je ne peux pas lui demander d’apprendre deux langues étrangères tout en le prenant en bouche pendant qu’il mange.
- Réajuster la dynamique familiale en offrant davantage d’occasions de partage émotionnel, sans jugement ni évaluation. Par exemple, jouer sans que la victoire ou la défaite soient au centre du jeu, ou sans objectif final à atteindre.
- Le développement émotionnel et cognitif évoluent à des rythmes différents. Ne pas surcharger l’enfant avec trop d’activités organisées et lui laisser du temps libre l’aidera à développer ses intérêts et à relâcher la pression.
- Enfin, il faut accepter qu’il n’existe pas d’enfants parfaits, ni de parents parfaits. Se remettre en question en reconnaissant ses limites et ses imperfections, sans projeter sur son enfant des idéaux personnels inaccessibles, constitue une étape essentielle pour lui permettre de s’exprimer pleinement, dans un climat d’amour, de reconnaissance et de respect de ses qualités et de ses défauts.