Les PFAS se propagent d’un pays à l’autre avec le poisson que nous consommons, après s’être accumulés dans la chaîne alimentaire marine : ce ne sont pas des problèmes locaux.
Grâce aux échanges mondiaux de poissons, les substances perfluoroalkylées (PFAS) se répandent d’un bout à l’autre de la planète, atteignant même l’assiette de consommateurs de pays où elles sont moins présentes. Une étude publiée dans Science explique comment le commerce mondial de la pêche est devenu un véritable système d’expédition garantissant ces composés chimiques industriels résistants aux principaux procédés de dégradation. Et comment leur gestion est désormais à considérer comme un problème mondial.
Le gros poisson mange le petit poisson. Qui mange les PFAS
Les substances perfluoroalkylées (PFAS), ou acides perfluoroacryliques, constituent une famille de composés chimiques dont la structure leur confère une stabilité thermique marquée, ainsi que des propriétés hydro- et oléophobes. Ce sont des acides extrêmement stables produits par l’homme et utilisés dans de très nombreux matériaux industriels — emballages alimentaires, vêtements techniques, produits pharmaceutiques, peintures — afin d’augmenter leur résistance à la chaleur, à l’eau et aux graisses. Ces mêmes propriétés qui les rendent utiles pour le marché expliquent toutefois qu’ils présentent une persistance environnementale extrêmement élevée, où ils s’accumulent avec des effets encore peu rassurants et mal connus sur la santé humaine et sur les écosystèmes.
Les PFAS contaminent désormais les eaux et les nappes phréatiques et, une fois déversés en mer, ils sont absorbés par les plus petits organismes à la base de la chaîne alimentaire, tels que le plancton. Par leur biais, ils s’accumulent dans le corps des poissons qui s’en nourrissent, remontant ainsi les différents maillons de l’échelle trophique jusqu’aux prédateurs les plus grands. Les poissons les plus volumineux qui se retrouvent dans nos assiettes, prédateurs de petites créatures, présentent donc une accumulation des PFAS dans leurs tissus qui est plus significative.
Import-export des PFAS
Un groupe de chercheurs de l’Université de Harvard a utilisé des modèles informatiques incluant 212 espèces de poissons pour cartographier la façon dont les PFAS se déplacent dans la chaîne alimentaire marine, puis a validé ces résultats par des tests en laboratoire sur des poissons pêchés dans différents pays. Ensuite, en utilisant les données sur le commerce mondial des produits halieutiques, les chercheurs ont cherché à comprendre comment les PFAS se déplacent, portés par les poissons qui les contaminent, d’un point à l’autre de la planète.
La conclusion la plus intéressante est que la commercialisation du poisson agit comme un facteur de redistribution du risque d’exposition aux PFAS via l’alimentation. Même les consommateurs d’un pays où le niveau d’eau est relativement peu contaminé peuvent absorber des niveaux élevés de PFAS s’ils consomment beaucoup de poisson provenant d’un pays où la pollution reste plus persistante.
Par exemple, en France, malgré une préoccupation croissante autour des PFAS, une part significative du poisson consommé provient de pays où ces contaminants restent plus répandus; ce poisson peut alors représenter une part importante de l’exposition française globalement.
Pollution sans frontières
À quoi servent ces analyses ? Certainement pas à attribuer des responsabilités à tel pays plutôt qu’à tel autre (ou à s’en déresponsabiliser). Au contraire, la recherche offre une occasion de réfléchir à la diffusion des polluants industriels pérennes, qui ne constituent plus, ou ne sont plus jamais, un problème uniquement local, mais une question d’intérêt global. Puisque l’on ne va sans doute pas arrêter de manger du poisson, il serait utile de trouver des alternatives plus durables à ce type de substances et d’approfondir leurs effets sur notre santé.