Bien que l’incidence puisse sembler plus élevée, dans la population générale environ une personne sur cent est psychopathe: ce pourcentage monte à 4% si l’on regarde le milieu entrepreneurial. Les dits psychopathes d’entreprise, ou « psychopathes d’affaires », sont des individus qui utilisent le charme pour gagner la confiance des employés, s’entourer d’une cohorte de fidèles, créer un climat de terreur dans l’entreprise, semer la zizanie entre les rivaux, éliminer ceux qui les défient et éviter d’assumer la faute de leurs actes, poursuivant le pouvoir, l’argent et le contrôle au-dessus de tout.
Aujourd’hui, nous avons plusieurs exemples de ce type de dirigeants (la Silicon Valley en est remplie) — mais quel a été le premier de l’histoire ?
Selon une étude publiée dans l’Asian Journal of Business Ethics, le nom du premier manager psychopathe de l’histoire est Jeronimus Cornelisz, un Hollandais qui, en 1629 a tué plus de 100 personnes survivantes au naufrage du navire sur lequel il voyageait. La Batavia, un navire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, qui devait arriver à Java, en Indonésie, fit naufrage sur l’une des îles de l’archipel des Abrolhos, au large de l’Australie.
Les officiers à bord montèrent dans une barque et prirent la mer en direction de Java pour chercher de l’aide, laissant les survivants (estimés entre 180 et 250 personnes) sans guide. Cornelisz, s’étant autoproclamé capitaine général, comblait aussitôt ce vide de pouvoir en instaurant un régime de terreur.
Identikit d’un chef psychopathique du XVIIe siècle
Avant même le départ pour Java, Cornelisz avait déjà montré quelques signes de déséquilibre mental : marié et père, il avait confié son petit à une nourrice singulière — une prostituée atteinte de syphilis. Quand l’enfant mourut de syphilis, il abandonna sa femme en route vers les Indes.
Dès le naufrage, il tramait déjà un mutinerie pour voler le trésor à bord; une fois sur l’île australienne, il tenta immédiatement de se débarrasser de Wiebbe Hayes, un rival potentiel, en l’envoyant avec d’autres personnes sur les îles voisines sous prétexte de chercher de l’eau.
Pour sa malchance, Hayes et ses compagnons trouvèrent de l’eau et de la nourriture et survivèrent. Entre-temps, Cornelisz, s’étant autoproclamé capitaine général, décida d’éliminer plus de 100 personnes, femmes et enfants compris, pour « réduire le nombre de bouches à nourrir »; de plus, il viola à plusieurs reprises une jeune fille et fit d’elle sa servante sexuelle. Fort heureusement, Cornelisz fut finalement capturé et, au retour des officiers, torturé puis exécuté.
Leadership passé et présent
En analysant le comportement de Cornelisz à l’aide d’un modèle d’évaluation de la psychopathie en contexte managérial, développé par l’auteur de l’étude, Clive Roland Boddy, toutes les caractéristiques associées aux dirigeants psychopathes apparaissent.
« Il s’agissait d’un véritable essai naturel de leadership : un groupe (dirigé par Hayes) a prospéré, tandis que l’autre (dirigé par Cornelisz) est tombé dans un abîme de mort et d’abus », commente l’auteur.
Le cas de la Batavia est sans doute extrême, mais il est vrai que la santé mentale des salariés est fortement influencée par les pratiques de leurs dirigeants: des études en France et en Europe montrent que le comportement managérial peut augmenter le risque de troubles mentaux au travail, avec des cas de dépression, d’épuisement et de maltraitance psychologique signalés dans divers secteurs.