D’ici la fin du siècle, les barrières contre les inondations dues à la marée haute pourraient rester fermées jusqu’à 248 jours par an. Une telle fréquence d’utilisation isolerait la lagune de Venise du reste de la mer, menaçant l’équilibre de l’écosystème.
Le MOSE (Module Expérimental Électromécanique), le système de barrières mobiles qui protège Venise du phénomène de la marée haute en séparant temporairement la lagune de la mer, pourrait entraîner des conséquences environnementales indésirables si son utilisation devenait de plus en plus fréquente en raison du réchauffement climatique.
Une étude menée par l’Institut National d’Océanographie et de Géophysique Expérimentale – OGS soutient que les utilisations de plus en plus fréquentes du MOSE dues à l’élévation du niveau de la mer liée aux changements climatiques pourraient limiter le renouvellement hydrique de la lagune, habituellement assuré par l’alternance des marées et si important pour cet écosystème, et prolonger de manière significative le temps de renouvellement de l’eau à l’intérieur. La recherche a été publiée dans Scientific Reports.
Fermetures plus fréquentes
Le MOSE a été conçu dans l’objectif de défendre Venise et sa lagune contre les pics de marée qui se produisent périodiquement dans l’Adriatique Nord et qui provoquent l’inondation des zones urbaines. Composé de 78 clapets (systèmes réglables de barrage hydraulique) mobiles, regroupés en 4 barrières situées à l’embouchure des principaux ports de la ville, le système est programmé pour s’activer lorsque les marées dépassent 110 cm et pour protéger des marées hautes jusqu’à 3 mètres: il est donc très efficace pour atténuer les effets du phénomène de marée haute.
Les auteurs de l’étude partent du postulat que, en raison de l’élévation du niveau de la mer due à la crise climatique, les fermetures du MOSE seront de plus en plus fréquentes et prolongées et ils se demandent quels pourraient être les effets de tout cela sur l’écosystème de la lagune.
Ils ont pris en considération deux scénarios, l’un basé sur des émissions élevées de gaz à effet de serre et l’autre sur des émissions faibles, et ils ont comparé deux périodes d’exploitation — l’une au milieu du siècle, entre 2045 et 2049, et l’autre à la fin du siècle, entre 2095 et 2099, avec ou sans activation des barrières.
Longs temps de renouvellement
Dans le pire des deux scénarios, associé à des températures estivales supérieures à 30 °C pendant plus de trois mois par an et à des vagues de chaleur marines fréquentes et prolongées, la fréquence des épisodes de marée haute mènerait à environ 248 jours de fermetures par an. Un tiers de la lagune de Venise nécessiterait, dans ces conditions, plus de 20 jours pour renouveler ses eaux; une menace pour les équilibres de l’écosystème lagunaire (qui pourrait par exemple risquer une faible oxydation des eaux, la croissance excessive d’algues ou la stagnation des polluants issus de la terre ferme). Dans le scénario à faibles émissions, ces impacts seraient en revanche réduits de moitié.
Des mesures supplémentaires sont nécessaires
La recherche confirme que, avec les changements climatiques et l’élévation du niveau de la mer, une activation continue du MOSE ne peut être la solution que moyennant des dommages à l’écosystème de la lagune.
« Des projections précises des changements climatiques pour l’avenir proche », conclut la chercheuse Donata Canu, première autrice de l’étude, « sont essentielles pour guider les politiques d’atténuation des phénomènes climatiques et celles d’adaptation à la nouvelle réalité ».