L’école n’est pas une compétition

Les études démontrent que, à l’école, les enfants apprennent mieux en collaborant et en tirant des leçons de leurs erreurs, et que la compétition est inutile et néfaste.

À l’école, on va pour apprendre, tout le monde le sait. Ce qui demeure à déterminer, en revanche, est quelle est la meilleure méthode pour y parvenir. Pour répondre à cette question, il convient de s’appuyer sur les études et les connaissances scientifiques les plus récentes.

Comment fonctionne l’apprentissage ?

Le cours magistral, l’écoute passive, l’interrogation utilisée comme outil de vérification de l’apprentissage et une évaluation considérée comme absolue (donc réalisée sans tenir compte du contexte, de la personnalité de l’enfant, de son point de départ et de son développement) : ce sont tous des dispositifs qui, par nature, visent à sélectionner et à privilégier un certain type d’élève, celui qui parvient à apprendre selon des modalités précises et préétablies. Or, ce modèle qui domine encore la culture pédagogique française est défaillant.

L’esprit des enfants est comme une éponge; Maria Montessori l’a d’ailleurs décrit comme « l’esprit absorbant », car il se caractérise par une très grande plasticité neuronale qui lui permet d’absorber ce que l’environnement lui transmet.
Les enfants ont l’avantage de ne pas être encore capables d’activer, face à ce qu’ils apprennent, les formes de résistance typiques de ce que Jean Piaget a défini comme la pensée logico-rationnelle, laquelle n’apparaît qu’à l’adolescence et permet à chacun de raisonner sur ses propres pensées et, le cas échéant, d’empêcher certaines connaissances de devenir partie intégrante de notre patrimoine. Donc, si le premier prérequis de l’apprentissage est un environnement favorable et stimulant, le second est de laisser l’enfant faire l’expérience de ses nouvelles connaissances par l’exploration pratique. Pour apprendre, en effet, il a besoin physiologique de synchroniser les nouvelles connaissances avec celles qu’il possède déjà, et de s’approcher de l’acquisition d’une compétence en mettant à l’épreuve ses propres ressources.

Le processus d’apprentissage est donc nécessairement lent et différent pour chacun: il peut arriver qu’un élève essaie et réessaie, se trompe et, soudain, comprenne. Ces passages sont fondamentaux et il est inutile, contre-productif et souvent risqué de les bloquer continuellement par des vérifications et des évaluations qui définissent ce qui est juste ou faux, ce qui est correct ou incorrect.

En se trompant on apprend

L’efficacité de certains instruments d’évaluation, comme les Proves Invalsi, qui estiment pouvoir définir le niveau d’apprentissage en déclenchant des dynamiques compétitives, n’a aucun fondement scientifique et oublient que, fondamentalement, c’est bien en se trompant qu’on développe ses compétences.

Par ailleurs, il faut garder à l’esprit que les enfants apprennent davantage des pairs que des adultes. C’est le camarade, surtout celui qui possède une compétence légèrement supérieure, qui déclenche l’imitation et permet aux enfants de se reconnaître dans le potentiel de leur développement: j’observe un camarade capable de tracer un éléphant et je reconnais dans sa compétence un possible pour moi-même. J’essaie, peut-être en me trompant, mais au final j’y arrive. À l’inverse, il peut arriver que les compétences des adultes soient trop éloignées des capacités cognitives de l’enfant: l’enfant cherche à s’adapter, mais n’apprend pas.

Apprendre en groupe, stimuler et activer des processus d’interaction mutuelle, même parfois conflictuelle, permet le développement de dynamiques relationnelles et sociales cruciales sur le plan motivationnel, qui favorisent le succès pédagogique. Ainsi, la compétition à l’école n’est pas seulement inutile, elle peut aussi être très néfaste.

Le camarade n’est pas un adversaire à battre

Comme l’indiquent les recherches les plus récentes en neurobiologie et en psychologie, les fondements d’un apprentissage efficace reposent sur des processus qui n’ont rien à voir avec la compétition. À l’inverse, une école efficace est celle qui parvient à transformer la classe en un laboratoire d’interactions continues et structurées entre les enfants, qui travaillent ensemble en fonction d’une expérience concrète et partagée. Cette méthode permet, par la problématisation, de traverser les erreurs et de les utiliser au service de l’apprentissage, plutôt que pour la compétition.
Malheureusement, en France, certaines réformes ont mis l’accent sur les notes et la compétition, ce qui peut freiner ce flux naturel. Pour obtenir une école différente, où les enfants se sentent bien et collaborent pour apprendre, il est nécessaire de réduire drastiquement les évaluations. Pour être efficace, l’évaluation doit être évolutive, c’est-à-dire prendre en compte les progrès des élèves au fil du temps et non de manière absolue sur la base de tests. Ce qui compte, ce n’est pas de vérifier si un enfant maîtrise tel contenu à un moment donné, mais si son apprentissage progresse et se développe de manière harmonieuse.

La force du groupe

Une classe capable de soutenir tous ses élèves et de poursuivre ce que devrait être le véritable objectif de l’école, c’est-à-dire l’apprentissage de chacun, exige aussi d’autres mesures. On ne peut pas penser travailler efficacement avec des groupes dépassant 25 élèves: les fameuses « classes pléthoriques » ne sont pas propices à l’apprentissage. L’idéal serait de travailler avec des groupes-classe entre 20 et 25 élèves, car la priorité pour chaque enseignant doit être de faire fonctionner la classe comme un groupe. Il est donc crucial, dès les premiers jours, d’établir l’appartenance au groupe-classe par des activités socio-affectives qui permettent aux élèves de se reconnaître entre eux, de construire une cohésion, et un sens d’appartenance à une expérience d’apprentissage commune.
À cet égard, les activités de ritualisation s’avèrent particulièrement utiles: en début de journée, il est important de réserver un moment pour se réunir en groupe; laisser un espace pour la gestion des conflits; rythmer l’année scolaire par des moments significatifs et collectifs (comme une excursion, un spectacle, une fête) dans lesquels les enfants soient impliqués personnellement. Il existe ensuite de nombreuses autres dispositions, comme disposer les tables de façon à favoriser le travail collectif, la communication et la confrontation.

Pour conclure, un appel final : ne cherchez pas l’école où vos enfants auront à gagner. Cherchez l’école où les élèves collaborent pour apprendre ensemble.

Le modèle scolaire finlandais

Pendant que l’Italie s’attache à élaborer le projet de réforme de la « Bonne École », axé sur le trio compétition-évaluation-méroite, la Finlande s’empresse de réformer son système scolaire, qui, il faut le dire, était déjà en excellente santé. Le modèle finlandais est, en effet, l’un des plus avancés et des plus étudiés au monde. Le nouveau cadre pédagogique, déjà mis en œuvre depuis deux ans et, selon les estimations, destiné à remplacer complètement l’ancien d’ici 2020, prévoit le remplacement des traditionnelles « matières » scolaires par des domaines thématiques, ou des « sujets », au sein desquels on aborde de manière transversale l’étude de tous les aspects que ce thème implique. Par exemple, dans certains lycées finlandais, on peut étudier « l’Union européenne », une discipline qui regroupe des notions fondamentales en économie, en histoire des États et dans les langues parlées dans les pays de l’UE.
La traditionnelle leçon magistrale, avec le professeur qui explique et les élèves qui écoutent, finira par être oubliée: les élèves finlandais seront organisés en petits groupes qui aborderont des problématiques de nature diverse, expérimenteront leurs apprentissages et travailleront ensemble. La plupart des enseignants ont déjà reçu une formation pour travailler selon ce nouveau cadre et le gouvernement finlandais s’est engagé à offrir une incitation financière à tous les enseignants qui adhèrent volontairement à ce nouveau modèle.

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Avatar de Julie Ménard
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