Les mères, elles feraient tout pour leurs enfants : elles les protègent, les défendent, les nourrissent et les font grandir jusqu’à ce qu’ils soient assez grands pour devenir indépendants. Cela vaut pour les humains et pour les animaux : on a tendance à associer les soins parentaux dans la nature à ceux des mères, oubliant toutefois que, dans de nombreuses espèces, les pères apportent aussi leur contribution.
Et dans certaines, comme les sept que nous vous présentons ci-dessous, ils ne se contentent pas de faire leur devoir, mais donnent tout d’eux-mêmes (parfois littéralement) pour leur progéniture.
Manchot empereur: l’incubation la plus extrême du monde
Le manchot empereur est sans doute le plus célèbre des « pères extrêmes » du règne animal, et pour une bonne raison : après que la femelle a pondu le seul œuf de la couvée, c’est au mâle d’incuber cet œuf dans l’endroit le moins confortable du monde, c’est-à-dire sur la glace antarctique, en plein cœur de l’hiver.
Le père place l’œuf sur ses pieds et le couvre avec une replique de peau appelée poche incubatrice, évitant à tout prix que l’œuf ne touche le sol gelé. Le tout pendant qu’il jeûne pendant des semaines, affronte des températures polaires et se serre près des autres mâles de la colonie pour ne pas dissiper la chaleur. Lorsque le poussin naît, si la femelle n’est pas encore revenue de la mer avec la nourriture, le mâle peut même l’alimenter pendant quelque temps avec une sécrétion produite par l’œsophage. En somme : un père-chauffeuse, un père-nid et un père-dispensaire, tout en un.

Une nurserie accrochée sur le dos
La punaise aquatique géante n’a pas l’apparence d’un parent prévenant : c’est un gros insecte prédateur d’eau douce, armé pour capturer des têtards, de petits poissons et d’autres invertébrés. Et pourtant, dans nombre d’espèces de ces insectes, c’est le mâle qui porte la couvée sur le dos .
En effet, la femelle dépose les œufs directement sur son dos, les collant à sa carapace; à partir de ce moment il devient un nid ambulant, avec des dizaines d’œufs à protéger jusqu’à l’éclosion. Il ne se contente pas seulement d’être un support : en se déplaçant dans l’eau, en montant vers la surface ou en agitant le corps, il aide aussi à oxygéner les œufs et à les maintenir dans les conditions adéquates. C’est une paternité vraiment voyante, et aussi assez inconfortable : imaginez devoir continuer à vivre, chasser et ne pas se faire dévorer avec tout un « nurillon » collé au dos.
Les papas version « bouteille vivante »
Les grands-grans sont des oiseaux des milieux arides, où le problème principal n’est pas de trouver un bon nid mais de l’eau. Les poussins ne peuvent pas voler tout de suite jusqu’aux mares, qui peuvent être très éloignées : c’est donc le père qui organise un système ingénieux.
Les mâles disposent en effet de plumes ventrales spécialisées capables d’absorber et de retenir l’eau ; ils volent jusqu’à une mare, se mouillent abondamment puis retournent au nid, où les petits boivent directement à partir de leurs plumes. En pratique, ce sont des bouteilles vivantes.
Crapaud obstétricien: le père qui porte les œufs sur les pattes
Le crapaud obstétricien doit son nom au travail quasi d’obstétricien que réalise le mâle, notamment dans le cas des amphibiens. Après l’accouplement, la femelle dépose une série d’œufs reliés par de cordons gélatineux; le mâle les féconde puis les enroule autour de ses pattes arrière, les portant ainsi pendant plusieurs jours ou semaines.
Cette stratégie est très efficace, car elle évite que les œufs ne restent immédiatement abandonnés dans l’eau, où ils seraient exposés aux prédateurs, à la moisissure et à mille incidents. Le père les garde alors dans des environnements humides et protégés, les réhydrate quand nécessaire et retourne en eau seulement lorsque ils sont prêts à éclore. Ce n’est pas un père qui nourrit les petits, mais celui qui s’occupe du transport, de l’incubation et de la remise finale : une nursery à ses pattes.

Le père célibataire le plus redoutable de la forêt
Lecasual est le premier exemple à citer quand on vous demande « mais est-ce que les oiseaux ressemblent vraiment à des dinosaures ? » : impressionnant par sa taille, sombre mais avec le cou coloré, il porte un casque sur la tête et des griffes qui dissuadent toute tentative de familiarité. Et pourtant, derrière son allure menaçante, il s’agit d’un père célibataire particulièrement prévenant.
Dans la reproduction des casoaris, la femelle pond de grandes œufs verts puis s’en va souvent, tandis que le mâle reste à couver pendant des semaines. À la naissance des petits, son travail ne s’arrête pas là : il les accompagne à travers la forêt, les guide vers la nourriture et les protège des prédateurs pendant des mois, jusqu’à ce qu’ils soient assez grands pour se débrouiller seuls. C’est aussi pour cela qu’apercevoir un casoare avec des poussins n’est pas une bonne idée : la réputation d’animal dangereux vient aussi du fait qu’il prend la paternité très, très au sérieux.

Il papà ingegnere che cova con il compost
Le faisan des brousses d’Australie est un père moins tendre et plus ingénieur. Le mâle ne couve pas les œufs en restant assis dessus, mais construit un énorme monticule de terre, de feuilles et de matière végétale en décomposition, qui fonctionne comme une incubatrice naturelle. La chaleur provient en effet de la fermentation de la matière organique, un peu comme dans un compost; le mâle contrôle la température du monticule et la ajuste en ajoutant ou en retirant des matériaux, en ouvrant ou en recouvrant le nid selon les besoins.
Les femelles déposent les œufs là, mais c’est lui qui gère l’entretien de l’ensemble du système. Lorsque les petits sortent du monticule, ils sont déjà très autonomes, donc ils ne reçoivent pas de grands soins après la naissance : l’essentiel de l’investissement paternel se situe avant tout dans la construction et la régulation d’un nid qui est aussi une machine thermique.
Poisson cardinal Banggai: la bouche devient une salle d’accouchement
Le poisson cardinal Banggai adopte une forme de paternité très intime : les petits restent dans sa bouche. Après la ponte et la fécondation, le mâle récolte les œufs dans la cavité buccale et les y garde pendant des semaines, transformant la bouche en une véritable chambre d’incubation. Pendant cette période, se nourrir devient presque impossible et le père paie un coût considérable pour protéger la couvée.
Les œufs, toutefois, sont à l’abri : plutôt que d’être dispersés en mer, ils restent protégés, oxygénés et surveillés jusqu’à ce que les petits soient suffisamment développés pour être libérés. Quand ils sortent enfin de la bouche du père, ce ne sont pas de minuscules larves sans défense, mais de petits poissons déjà formés. Une paternité confortable pour les petits, certes moins pour celui qui doit les garder en bouche tout ce temps.
