L’imagination va bien au-delà d’une simple récréation des stimuli sensoriels

L’imagination n’est pas une simple reproduction, dans le cerveau, de la sensation brute, mais une réélaboration plus élevée et plus complexe de l’expérience vécue.

Qu’il s’agisse de revivre des événements passés, de penser à des projets de vie, de prévoir les réactions des autres ou de planifier les prochaines vacances, l’imagination occupe un rôle central dans nos journées.

Étant donné que cette faculté s’accompagne souvent de la formation, dans le cerveau, d’images mentales – comme les images des nuages vues d’en haut lorsque nous imaginons le dernier vol effectué en avion – on a souvent pensé que l’imagination reposait principalement sur la réactivation des régions sensorielles du cerveau même en l’absence de nouveaux stimuli perceptifs. Ce ne serait peut-être pas le cas: selon une étude publiée dans Neuron, l’imagination serait liée à des fonctions cognitives de niveau supérieur, qui insèrent la perception dans un cadre plus vaste.

Une nouvelle manière de penser l’imagination

Pour mieux comprendre de quoi il s’agit, essayez d’imaginer votre chanson préférée : il vous semblera probablement de l’entendre jouer et vous vous surprendrez à la fredonner dans votre tête. L’idée avancée par un groupe de scientifiques de Northwestern University à Chicago est que lorsque l’on imagine une expérience, le cerveau ne se limite pas à restaurer l’expérience perceptive de ce vécu, mais que des réseaux cérébraux plus « hauts », capables d’interpréter cette expérience sensorielle et de l’insérer dans un contexte, jouent un rôle central dans l’imagination.

Des exercices d’imagination sur commande

Les scientifiques ont demandé à huit participants d’imaginer divers scénarios, comme une fête d’anniversaire pour enfants ou un château sur une colline, lors de huit sessions séparées de résonance magnétique fonctionnelle (fMRI), un examen qui permet d’analyser l’activité cérébrale en temps réel. Ils ont ainsi observé que l’activité cérébrale liée à l’imagination et celle liée à la perception se superposaient non pas dans les premières zones sensorielles, mais dans des zones qui sont habituellement impliquées dans les phases les plus avancées des processus cognitifs, lorsque le cerveau tente de représenter cette expérience dans sa totalité (événements, scènes, mots, idées).

Ces zones capables d’associer différents aspects d’une expérience sont particulièrement développées chez l’Homo sapiens, et nous rendent capables des fonctions cognitives uniques, comme le langage. « Cela suggère que la génération d’images mentales repose sur des réseaux cérébraux particulièrement avancés dans le cerveau humain, et que ces zones associatives travaillent probablement avec des parties sensorielles plus anciennes du cerveau pour instaurer des expériences mentales », explique Rodrigo Braga, neurologue et auteur principal de l’étude.

De plus, les chercheurs ont observé que différents types d’imagination activent différents circuits cérébraux. Lorsque les participants étaient amenés à repenser une scène, ils activaient, en plus de l’hippocampe (crucial pour la mémoire), le mode par défaut du cerveau, un réseau cérébral impliqué dans les processus de pensée autoréférentiel, comme ceux que nous utilisons pour réfléchir au passé ou penser à l’avenir.

Lorsque ils pensaient à des mots (car ils parlaient entre eux et eux-mêmes ou évoquaient des discours passés), ils activaient aussi les réseaux du langage.

Une vision plus complète

La théorie précédente sur l’imagination devra donc, au moins, être intégrée: « Toutes les zones sensorielles du cerveau ne sont pas impliquées » dit Braga. « Lorsque les gens imaginent des scènes riches en détails ou un dialogue intérieur, la plus grande superposition avec la perception se produit dans les étapes ultérieures, lorsque la sensation s’est déjà transformée en signification ».

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