Microcéphalie : causes et traitements

Recevoir un diagnostic de microcéphalie est un événement complexe et éprouvant pour les familles concernées. L’approche est avant tout symptomatique et axée sur la rééducation et le rétablissement, et il est essentiel d’agir précocement, car lancer les thérapies dès que possible permet de tirer parti de la plasticité cérébrale.

Si on les compare aux adultes, les enfants présentent généralement, en proportion, une tête plus large par rapport au reste du corps; néanmoins, dans de rares cas, elle peut être très petite. Il s’agit d’une condition que l’on désigne couramment par le terme « microcéphalie », et elle suscite souvent l’anxiété et de nombreuses questions chez les parents. Le but de cet article est d’apporter des éclaircissements sur ce que signifie ce diagnostic, des causes au traitement, en passant par les possibilités d’intervention, afin de garantir la meilleure qualité de vie possible.

Qu’est-ce que la microcéphalie

Il s’agit d’une maladie caractérisée par une réduction de la taille du crâne. Pour en comprendre pleinement le sens, il faut observer la croissance de l’enfant. Sur le plan médical, on parle de microcéphalie lorsque le périmètre crânien est nettement plus petit que celui des enfants du même sexe et du même âge (on cite aussi le terme Circonférence Occipito-Frontale, COF).

La mesure du périmètre crânien se réalise à l’aide d’un mètre souple, ou d’un craniomètre spécialement conçu en forme de couronne ajustable, posé autour du crâne, au-dessus des sourcils et des oreilles.

Il existe des références, c’est-à-dire de véritables courbes de croissance du périmètre crânien (analogues à celles de la taille et du poids). On parle de microcéphalie lorsque la mesure est inférieure d’au moins 2 écarts-types par rapport à la moyenne. Ce paramètre est crucial, car dans les premières années de la vie, la croissance du crâne est guidée par l’expansion du cerveau à l’intérieur. La microcéphalie peut ou non être associée à une microencéphalie, c’est‑à‑dire une réduction de la taille de l’encéphale, évaluée en fonction du rapport entre les dimensions crâniennes et le développement cérébral.

Il est important de faire la distinction entre microcéphalie isolée et microcéphalie associée à d’autres malformations. Dans le premier cas, la tête est petite mais aucune autre anomalie évidente n’est présente.

Autre distinction à faire avec la microsomie: dans ce dernier cas, l’enfant présente une croissance réduite mais proportionnée dans l’ensemble du corps (poids, taille et tête sont tous petits en harmonie). Dans la microcéphalie véritable, en revanche, la tête est disproportionnellement petite par rapport au reste du corps.

Épidémiologie

La microcéphalie est considérée comme une condition relativement rare, même si son incidence peut varier selon les populations et les critères de mesure utilisés. Elle peut apparaître comme un événement unique dans une famille ou se reproduire lors de grossesses ultérieures selon la cause déclenchante (génétique ou environnementale). Comprendre sa diffusion aide à ne pas se sentir seul: il existe des réseaux de soutien et des professionnels dédiés à cette condition spécifique.

Typologies de la microcéphalie

Toutes les microcéphalies ne se ressemblent pas. Les méthodes de classification sont nombreuses; voici les principales.

Selon la présence ou non de la microcéphalie dès la première mesure à la naissance (ou détectée même avant la naissance) et selon l’apparition au cours de la croissance, on distingue la microcéphalie primaire de la microcéphalie secondaire.

La microcéphalie primaire (ou congénitale) est présente dès la naissance. Elle est généralement due à des facteurs génétiques ou à des perturbations du développement au cours des premiers mois de grossesse. Dans cette catégorie entre la microcéphalie véritable ou primitive, condition souvent liée à une transmission autosomique récessive (héritée des deux parents), où le cerveau est petit mais sa structure est formée. Dans la microcéphalie secondaire, l’enfant naît avec un périmètre crânien normal mais la tête cesse de croître au fil du temps, souvent à cause d’infections, de traumatismes ou de syndromes métaboliques.

Une autre classification possible concerne l’association entre microcéphalie et d’autres altérations. On peut alors distinguer la microcéphalie isolée de la microcéphalie syndromique. Dans la forme isolée (aussi appelée « microcéphalie pure »), le problème est limité à la tête. Dans la forme syndromique, dite aussi complexe en raison du tableau plus étendu, la microcéphalie n’est qu’un des symptômes d’une pathologie plus vaste.

Une autre classification tient compte de la gravité du tableau clinique: on parle de microcéphalie grave ou sévère lorsque le périmètre crânien est extrêmement réduit (inférieur à 3 écarts-types), une condition souvent associée à des défis neurologiques plus complexes.

Il existe aussi une forme de microcéphalie familiale bénigne, où la petite tête est une caractéristique héréditaire (de nombreux membres de la famille présentent une petite tête mais vont très bien), sans conséquence sur le développement cognitif.

Microcéphalie: symptômes et manifestations

Les conséquences de la microcéphalie varient énormément d’un enfant à l’autre. Certains peuvent avoir une intelligence normale, d’autres rencontrer diverses problématiques. Les symptômes les plus fréquents englobent un déficit cognitif avec des niveaux variables de retard mental, ou un retard global du développement incluant le psychomoteur (retards dans les étapes comme s’asseoir, marcher) ou un retard du langage. Les troubles neurologiques le plus souvent associés à la microcéphalie comprennent les convulsions et l’épilepsie, ainsi que des problèmes de coordination, de mouvement (par exemple la spasticité) ou d’équilibre.

Il ne faut pas oublier que parfois la microcéphalie n’est pas le seul aspect physique altéré: il peut exister un retard de croissance en taille et en poids et, parfois, des traits du visage atypiques appelés « dysmorphismes faciaux ». La cause génétique qui conduit à la microcéphalie, au retard de croissance et aux anomalies faciales peut aussi entraîner des problèmes d’alimentation, soit directement, soit en raison de certains dysmorphismes spécifiques.

Des troubles neurocomportementaux tels que l’hyperactivité, le déficit de l’attention et, parfois, des troubles visuels ou auditifs peuvent compléter et compliquer le tableau.

Causes de la microcéphalie

Déjà avec la classification, nous avons compris que la microcéphalie peut provenir de nombreuses causes différentes.

Microcéphalie génétique

Tout d’abord, il existe une microcéphalie d’origine génétique, secondaire à des facteurs héréditaires. Cette catégorie résulte d’erreurs dans l’ADN empêchant les neurones du cortex cérébral de se développer ou de migrer correctement. Les anomalies chromosomiques héréditaires se retrouvent dans le syndrome de Down, le syndrome de Edwards ou d’autres syndromes associés, où l’on observe souvent une altération de la répartition et de la production des gènes que nous transmettons à nos enfants.

La transmission peut se faire selon des modes autosomiques récessifs ou autosomiques dominants. Dans le cas d’un mode autosomique récessif, les deux parents sont généralement sains mais porteurs du gène responsable; dans ce cadre, la probabilité d’avoir un enfant atteint est inférieure à celle d’une transmission autosomique dominante, où l’un des parents est souvent malade et suffit que l’un des deux transmette le gène pour que l’enfant développe la pathologie. Compte tenu du grand nombre de gènes impliqués et du fait que la plupart des affections associées à la microcéphalie suivent une transmission autosomique récessive, celle-ci est plus probable en présence de consanguinité entre les parents, c’est‑à‑dire lorsqu’ils appartiennent à la même lignée et partagent une plus grande ressemblance génétique.

Causes environnementales

Toutes les microcéphalies n’ont pas une cause génétique. Beaucoup résultent d’événements externes: par exemple un traumatisme, ou l’exposition à une infection ou à une substance toxique. Certaines conditions peuvent être dues à des facteurs génétiques et non génétiques, comme l’hypothyroïdie, qui peut être congénitale ou due à l’exposition de substances qui altèrent le fonctionnement du système endocrinien du fœtus.

Les infections prénatales à l’origine de la microcéphalie appartiennent au groupe TORCH (Toxoplasmose, Rubéole, Cytomégalovirus, Herpès) et, plus récemment, le virus Zika, connu pour son effet direct sur les cellules progénitrices neuronales du fœtus. Le dommage peut aussi survenir pendant l’accouchement (lésions périnatales) dues à une hypoxie (manque d’oxygène), comme lors de décollements du placenta ou de traumatismes obstétricaux. Les complications peuvent se manifester avant ou pendant l’accouchement. Parmi les facteurs externes, on compte aussi l’exposition du fœtus à l’alcool (syndrome d’alcoolisation fœtale), aux drogues ou à certains médicaments pris pendant la grossesse.

Compte tenu des conflits et des situations de grande précarité qui touchent de nombreuses régions du monde, il faut aussi rappeler les conditions de malnutrition maternelle, qui peuvent entraîner un retard de croissance du fœtus parmi d’autres conséquences.

Diagnostic de microcéphalie

Comment aboutit-on au diagnostic de microcéphalie ? Le parcours peut commencer même avant la naissance.

Un diagnostic prénatal de microcéphalie peut être réalisé au cours de la grossesse. Grâce à l’échographie, il est possible de mesurer le crâne du fœtus et de comparer les valeurs obtenues avec les courbes de croissance standard pour repérer d’éventuelles anomalies. Cependant, certaines formes légères ou progressives pourraient ne pas être visibles jusqu’au troisième trimestre et ne pas être diagnostiquées avant la naissance. Dans ce cas, le diagnostic est confirmé par le médecin néonatologiste lors de la naissance par la mesure du périmètre crânien du nouveau-né.

En cas de diagnostic, des investigations complémentaires peuvent être nécessaires pour comprendre la cause et l’étendue du problème. On recourt en premier lieu à l’échographie transfontanelle: la sonde de l’échographe est placée au niveau des fontanelles (généralement l’antérieure).

S’il n’est pas suffisant, on peut recourir à l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ou à la tomodensitométrie (CT) pour visualiser la structure cérébrale dans les moindres détails.

Lorsque l’on suspecte une microcéphalie congénitale, des tests génétiques et des analyses moléculaires comme l’analyse du caryotype ou le séquençage de l’ADN peuvent être proposés afin d’aider à nommer la pathologie et à étudier le risque de transmission lors d’une grossesse ultérieure.

Lorsqu’il faut envisager des diagnostics différentiels, c’est‑à‑dire identifier précisément la pathologie parmi les diverses possibilités, certains examens peuvent être utiles selon les signes cliniques. Par exemple, si des convulsions sont présentes, un EEG (électroencéphalogramme) sera effectué. L’examen du fond de l’œil peut aider à exclure des formes associées à une choriorétinopathie.

Traitement et prise en charge chez les nourrissons et les enfants

Il n’existe pas de traitement curatif qui permette de faire grandir le crâne et le cerveau jusqu’aux dimensions normales (à l’exception, dans de rares cas de craniosténose, où une intervention chirurgicale vise à ouvrir précocement les sutures osseuses fermées qui provoquent la microcéphalie du nouveau-né). L’approche envers les enfants atteints de microcéphalie est symptomatique et rééducatrice.

Un suivi précoce est fondamental. Commencer rapidement des thérapies de stimulation aide à exploiter la plasticité du cerveau. Parmi les thérapies rééducatives figurent :

  • la psychomotricité, centrée sur la coordination;
  • la physiothérapie, pour améliorer les mouvements;
  • l’ergothérapie, qui utilise les activités de la vie quotidienne pour développer, récupérer ou maintenir des compétences significatives en présence de handicap;
  • la logopédie pour le langage.

Parfois, il est nécessaire de recourir à des traitements pharmacologiques, par exemple en cas de syndromes associés à l’épilepsie. Dans ce cas, on peut recourir à un traitement antiépileptique, ou à des médicaments pour l’hyperactivité.

Le soutien de l’enfant doit être global: accompagnement éducatif et psychologique pour la famille et insertion scolaire avec un enseignant référent. La prise en charge doit être multidisciplinaire: le pédiatre, le neuropsychiatre INFANTILE (neuropsychiatre pédiatrique), le généticien et les thérapeutes doivent travailler ensemble pour assurer un suivi neurologique, neuropsychiatrique et rééducatif, et une surveillance continue.

Prognose et complications

Les conséquences de la microcéphalie dépendent de la cause et de la gravité du tableau, et varient donc d’un cas à l’autre. Dans les formes légères, certains enfants présentent une petite tête mais un développement cognitif normal, menant à une vie autonome même à l’âge adulte avec microcéphalie.

Dans les formes complexes, notamment les microcéphalies sévères ou syndromiques, des complications peuvent persister: handicap intellectuel important et difficultés d’apprentissage, épilepsie résistante aux traitements, altération des courbes de croissance et dépendance à l’assistance pour toute la vie. L’espérance de vie est généralement normale dans les formes légères, mais peut être réduite dans les formes associées à de graves malformations cérébrales ou systémiques.

Informations pour les parents

En règle générale, le diagnostic intervient déjà lors des dépistages prénataux, lors de la première consultation du néonatologiste à la naissance ou lors des bilans de santé du pédiatre de ville, et ce n’est pas au parent d’identifier les signaux d’alerte.

Quand consulter le médecin ? Si l’enfant présente des convulsions, des difficultés à réaliser ses activités habituelles ou un retard évident dans l’acquisition des compétences prévues pour son âge, il est certainement opportun de consulter le pédiatre.

Il est extrêmement important de bénéficier d’un conseil génétique, fondamental pour comprendre le risque que la pathologie se reproduise lors de futures grossesses (risque de récidive) et pour réaliser d’éventuels tests chez les porteurs sains dans la famille et orienter le conseil pour les grossesses suivantes.

L’objectif principal est de constituer un réseau. Le soutien destiné aux familles provient du corps médical mais peut aussi s’appuyer sur des associations de familles vivant la même expérience. L’intervention précoce est d’une grande importance: elle maximise le potentiel de l’enfant, en visant à limiter les conséquences du handicap par la rééducation.

Recevoir un diagnostic de microcéphalie est un événement complexe et éprouvant. Mais il est important de ne pas se focaliser uniquement sur les mesures du crâne: chaque enfant est unique. La prognosis ne peut pas être déterminée à partir d’un seul chiffre; il faut suivre la courbe de croissance au fil du temps avec un suivi régulier pour surveiller l’évolution. Bien que les courbes de croissance restent des outils de référence, l’observation des progrès quotidiens de l’enfant demeure essentielle pour comprendre ses réelles capacités et ses besoins.

Article pensé et écrit par :
Avatar de Julie Ménard
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