The Uncensored Library a été créée par Reporters sans frontières (RSF) en partant d’un constat: même lorsque les journaux et les sites d’information en ligne sont bloqués, Minecraft continue de fonctionner.
A première vue, Minecraft semble le endroit le moins adapté pour le journalisme d’investigation, étant un jeu vidéo composé de blocs, de piques et de constructions pixellisées. Pourtant, depuis 2020, il accueille The Uncensored Library, une gigantesque bibliothèque virtuelle créée par Reporters Sans Frontières (RSF) en collaboration avec le collectif BlockWorks pour rendre à nouveau accessibles des articles censurés dans les pays d’origine.
L’idée repose sur une caractéristique très simple: même lorsque journaux, sites Internet et réseaux sociaux sont bloqués, Minecraft continue souvent de fonctionner, et ainsi des textes interdits sur le web peuvent réapparaître dans le jeu sous forme de livres virtuels. Aujourd’hui la bibliothèque comprend environ 300 volumes et est continuellement mise à jour avec de nouveaux contenus.
Une bibliothèque à blocs
Pour y accéder, il faut utiliser Minecraft et se connecter au serveur du projet, ou télécharger la carte complète et l’ouvrir sur son ordinateur. Une fois à l’intérieur, on se retrouve devant un immense édifice néoclassique, conçu par 24 spécialistes de BlockWorks en trois mois: couloirs, coupoles et salles monumentales sont construites avec des millions de cubes numériques, mais sur les étagères il n’y a pas de simples décorations.
Les textes censurés sont en effet transcrits dans les véritables « livres » de Minecraft, des objets qui dans le jeu peuvent contenir jusqu’à 100 pages et que les visiteurs ouvrent et lisent en continu.
Les articles sont généralement disponibles soit dans la langue originale soit en anglais, et sur le serveur, les utilisateurs ne peuvent pas les modifier. Dans la grande salle d’entrée, il est aussi possible de consulter des informations sur la liberté de la presse dans 180 pays.
Depuis 2020, la bibliothèque a été visitée plus d’un million de fois et ses livres ont été lus au total environ dix fois plus.
Censure contournée
Le stratagème fonctionne, car bloquer un journal en ligne est relativement simple: il suffit d’une autorité ordonnant aux fournisseurs d’accès de bloquer l’adresse ou de filtrer certains domaines.
Un article transformé en objet dans un jeu vidéo suit en revanche une voie différente et peut échapper aux systèmes conçus principalement pour contrôler les sites et les plateformes d’information.
Naturellement, ce n’est pas une protection infaillible, car un gouvernement pourrait bloquer Minecraft lui-même, l’adresse du serveur ou la possibilité de télécharger la carte, mais la présence d’une copie téléchargeable rend le projet plus difficile à effacer définitivement, car le monde virtuel peut être conservé et partagé indépendamment du serveur d’origine.
Les sections accueillent, entre autres, des articles provenant de Russie, Iran, Arabie Saoudite, Vietnam, Égypte et Biélorussie, y compris des travaux de journalistes emprisonnés, contraints à l’exil et même assassinés pour leur activité.
Nouvelle salle
En mars 2026, RSF a également ajouté une section dédiée aux États-Unis, un choix différent de ceux concernant les pays où existe une censure systématique. L’organisation précise en effet qu’aux États-Unis, on ne rencontre pas le même type de contrôle étatique de l’information que dans les régimes autoritaires, mais il est néanmoins opportun de documenter des formes plus indirectes de pression sur la presse, comme par exemple des restrictions d’accès à des informations publiques ou des suppressions de pages et de données gouvernementales.
La salle comprend, parmi les divers témoignages, même une vignette de la lauréate du prix Pulitzer Ann Telnaes que le Washington Post a décidé de ne pas publier. C’est aussi pour cette variété de contenus que The Uncensored Library continue d’élargir sa plate‑forme, six ans après son ouverture.