Une technique innovante de procréation médicalement assistée, connue sous le nom de don mitochondrial, a permis de contourner certaines maladies liées à l’ADN mitochondrial maternel en France.
Une méthode révolutionnaire de procréation assistée a permis de corriger une infime, mais significative partie de l’héritage génétique de huit enfants, nés (et en cours de croissance) en bonne santé grâce à l’union de l’ADN de trois personnes. En plus du patrimoine génétique de leurs deux parents, les embryons dont ils sont issus ont reçu des mitochondries saines provenant d’une donneuse, en remplacement des mitochondries défectueuses héritées de la mère.
Cette procédure, appelée don mitochondrial ou transfert pronucléaire, a évité aux enfants de graves maladies génétiques qui auraient compromis leur qualité de vie et leur espérance de vie. Ces résultats, issus de plusieurs décennies de recherches, ont été publiés dans deux articles par le New England Journal of Medicine.
Les maladies mitochondriales
Les mitochondries sont des organites présents dans la substance gélatineuse située à l’intérieur de la membrane de nos cellules, responsables de la production d’énergie. Une particularité des mitochondries est qu’elles contiennent leur propre ADN, très petit et portant peu d’informations génétiques par rapport à l’ADN nucléaire, et qui est héritée uniquement de la mère biologique. Lorsqu’un grand nombre de mitochondries portent une mutation nuisible, il devient très probable que se développe une maladie génétique grave et progressive, touchant notamment les organes les plus « affamés » d’énergie, comme le cœur, les muscles ou le système nerveux.
Les maladies mitochondriales regroupent diverses pathologies dues à une perturbation du fonctionnement des mitochondries, qu’il est impossible de prévenir avec les tests génétiques classiques effectués lors des techniques de fécondation assistée. En effet, il est très difficile d’obtenir des ovocytes avec de faibles niveaux d’ADN mitochondrial anormal si ce dernier est présent à des niveaux élevés chez la patiente.
La don mitochondrial
Les huit enfants mentionnés dans ces études sont nés grâce à la technique de don mitochondrial, ou transfert pronucléaire. Voici comment cela fonctionne : l’ovule de la mère et celui d’une donneuse sont fécondés avec le spermatozoïde du père ; puis, l’ADN nucléaire de l’ovule maternel est prélevé et transféré dans l’ovule de la donneuse, dont l’ADN nucléaire a été préalablement éliminé. Le résultat est un embryon contenant l’ADN nucléaire de la mère et du père, mais avec des mitochondries saines issues de la donneuse, remplaçant celles porteuses de mutations nuisibles héritées de la mère.
La première expérience encadrée par la loi
En 2015, le Royaume-Uni est devenu le premier pays à autoriser cette procédure pour les femmes présentant un risque élevé de transmettre des maladies mitochondriales. L’autorité de régulation, la Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA), a permis la mise en pratique de cette technique dans un cadre très strict, uniquement dans une clinique précise, le Newcastle Fertility Centre. Les deux nouvelles études documentent les recherches menées dans cet établissement. Déjà, en 2023, étaient annoncés les premiers naissances obtenues grâce à la don mitochondrial, mais la santé des enfants n’était pas encore totalement claire.
En bonne santé, mais sous surveillance*
Au total, 22 femmes ayant des mitochondries endommagées ont bénéficié du transfert pronucléaire, ce qui a abouti à 8 naissances (dont deux jumeaux). Une grossesse est encore en cours. Les enfants, qui ont entre deux ans et cinq mois, sont nés en pleine santé et se développent normalement. Cinq d’entre eux n’ont présenté aucun problème médical, tandis que trois autres ont rencontré de légers troubles (tremblements musculaires passagers, infection urinaire, taux élevés de cholestérol ou troubles du rythme cardiaque) qui, toutefois, ne semblent pas liés à des anomalies mitochondriales.
Les chercheurs se montrent « prudemment optimistes » quant aux résultats de cette technique, tout en insistant sur la nécessité de continuer une surveillance attentive de la santé des enfants. En effet, lors du transfert de l’ADN nucléaire dans l’ovule de la donneuse, il pourrait involontairement passer certains mitochondries porteuses de mutations. Plus tard, ces mutations pourraient se développer et causer des maladies. Pour l’instant, chez les enfants dont le pourcentage de mitochondries mutées varie entre 5 et 16 %, ces proportions ne semblent pas suffisantes pour provoquer des pathologies.
Pour le moment, d’après ce petit échantillon, la don mitochondrial — que l’on ne pratique pas encore en France — apparaît comme une technique sûre et une véritable opportunité thérapeutique pouvant sauver des vies.