Diverses études démontrent l’existence d’une forte corrélation entre le jeu et l’apprentissage. En effet, le jeu contribue au développement des compétences motrices, sensorielles et cognitives de l’enfant dès ses premiers mois de vie, tout en soutenant la croissance de son autonomie et de sa personnalité individuelle.
Attention, mémoire et apprentissage
Le jeu et l’apprentissage sont profondément liés : jouer n’est pas seulement une activité divertissante, mais aussi un moyen efficace de faire mûrir ses fonctions cognitives fondamentales ainsi que d’assimiler des notions, des concepts ou des stratégies spécifiques de façon ludique et sans difficulté. En jouant, l’enfant développe notamment des structures nerveuses, notamment dans la zone du cerveau appelée cortex préfrontal, qui lui permettent de mieux évaluer les conséquences de ses actions, de respecter les règles, ou encore d’intégrer des notions telles que la culpabilité, la générosité, la solidarité ou l’amitié.
Plusieurs recherches menées sur les primates ont montré que réduire le jeu de manière forcée a un impact négatif sur le développement du cortex préfrontal, ce qui se traduit par une baisse des compétences sociales et de la capacité à comprendre autrui. D’autres études indiquent également que les jeux impliquant un mouvement, notamment ceux basés sur une activité aérobie, renforcent l’attention, la mémoire et l’apprentissage. Par exemple, après seulement 15 à 20 minutes d’activité physique, la concentration des élèves du primaire s’améliore sensiblement. Il serait donc judicieux d’anticiper l’éveil physique en début de journée scolaire ou de prévoir de courtes pauses actives entre les cours. En général, la capacité de concentration des enfants présentant des troubles de l’attention augmente lorsque leur pratique inclut des exercices de contrôle moteur, c’est-à-dire toutes ces activités qui impliquent d’organiser, de déplacer et de coordonner ses muscles.
Dans les deux premières années
En observant le développement du jeu au fil du temps, on constate qu’il reflète l’évolution des compétences motrices, sensorielles et cognitives. Pendant les deux premières années de vie, le jeu joue sans doute un rôle essentiel dans l’apprentissage de la maîtrise de ses mouvements : lorsque le bébé réussit à saisir un objet, à agiter ses jambes ou à se soulever, il éprouve une satisfaction liée à ce que l’on appelle le « plaisir fonctionnel ». Il prend plaisir aussi à percevoir qu’il peut causer certains phénomènes, comme faire sonner une petite cloche ou projeter de l’eau en tapant dans la paume de ses mains (ce qu’on désigne comme le « plaisir d’être cause »). Les activités de mouvement — courir, sauter, faire des roulades — y ont toute leur importance, tant pour la croissance physique que pour l’épanouissement mental.
Le jeu symbolique
Dès l’âge de 2 ans et jusqu’à 6-7 ans, il devient fondamental que les enfants disposent d’espaces où courir, sauter ou jouer à la balle, des lieux où ils peuvent s’autoriser à oser, à explorer leur liberté. C’est également à cette période que commence progressivement le jeu symbolique, qui implique le développement de l’imagination et la capacité à formuler des hypothèses. Lors de ce type de jeu, l’enfant utilise des objets, des situations imaginaires ou des scénarios inventés, auxquels il donne vie comme s’ils étaient réels. Par exemple, un enfant d’environ 3 ans peut utiliser un crayon comme s’il s’agissait d’un peigne, ou faire semblant de se laver les oreilles avec de l’eau imaginaire. Le jeu symbolique permet à l’enfant de projeter dans d’autres objets ou situations les schémas issus de sa vie quotidienne. Ainsi, il peut faire marcher, sauter, pleurer ou nourrir sa poupée ou son doudou.
Impacts émotionnels
Cependant, le jeu symbolique ne possède pas seulement une fonction cognitive ; il revêt aussi une importance émotionnelle capitale. L’enfant en âge préscolaire vit souvent de petites déceptions qui entrent en conflit avec ses désirs ou ses attentes : il peut vouloir planter un clou dans le mur comme le fait son père, mais en dépit de ses efforts, il n’y parvient pas. Il peut aussi avoir envie de cuisiner un gâteau ou de conduire un tracteur, des activités qui, nous le savons, ne lui sont généralement pas accessibles. Le jeu symbolique permet alors à l’enfant d’accomplir ces désirs, jouant ainsi un rôle qui peut être considéré comme une forme de psychothérapie spontanée.
Il est aussi conseillé que, lorsque l’adulte participe au jeu symbolique, il ne soit pas trop interventionniste. L’idéal est de laisser l’enfant prendre l’initiative, le guider et lui permettre d’expérimenter son autonomie et sa singularité.
Jouer à « jouer » l’agressivité
Le jeu, contrairement à la pratique sportive, nécessite un espace adapté, une certaine liberté ainsi que des règles spécifiques, différentes de celles appliquées par les adultes. En jouant, les enfants apprennent à connaître leurs potentialités corporelles, peuvent exprimer leurs impulsions agressives, mais aussi se livrer à des luttes ou provoquer leurs amis pour observer leurs réactions. Ces moments leur permettent de « jouer » à l’agressivité sans danger. Il est relativement facile de distinguer lorsque l’enfant agit sérieusement ou en simple imitation : il suffit d’observer ses expressions faciales. Lorsqu’il s’agit d’un jeu, il sourit généralement ou encourage son partenaire à continuer, ce qui témoigne que tout reste dans le cadre du jeu et de la convivialité.