Plus puissant qu’une supercolle : le staphylocoque s’accroche à la peau grâce à la liaison la plus forte jamais observée dans la nature

A rendre les infections par staphylocoque si tenaces, c’est l’attachement entre la bactérie et une protéine de la peau humaine.

Comment di staphylocoque, bactérie essentiellement responsable des infections cutanées humaines, peut-il s’accrocher si violemment à l’épiderme ? Un groupe de chercheurs américains a dévoilé le secret du Staphylococcus aureus, un micro-organisme qui vit sur la peau et qui, dans de rares cas, peut provoquer des infections résistantes aux antibiotiques.

Derrière sa ténacité se cacherait un lien, extrêmement puissant, entre le staphylocoque et une protéine de la peau. Un accrochage qui n’a pas d’égal dans le monde naturel. Cette découverte a été publiée dans Science Advances.

Pratiquement indissociables

Les scientifiques de l’Université d’Auburn, en Alabama, avec des collègues de Belgique et du Royaume‑Uni, ont utilisé des microscopes à force atomique (outils d’imagerie à haute résolution) et des supercalculateurs pour observer en détail la façon dont le staphylocoque s’accrochait aux protéines de la peau humaine.

Ils ont découvert qu l’une de ses protéines, la SdrD, s’y accroche comme un crochet à une protéine cutanée, la desmogleine-1.

Le lien entre les deux protéines s’est avéré d’emblée si puissant qu’il ne trouvait pas d’égal dans la nature : il peut résister à des sollicitations si fortes qu’il peut rivaliser avec la force de certains liens chimiques.

« C’est le lien protéine-protéine non covalent le plus fort jamais rapporté », précise Rafael Bernardi, Professeur de Physique à l’Université d’Auburn. Les liens non covalents sont des interactions faibles, qui n’impliquent pas le partage d’électrons et qui se forment généralement entre des molécules différentes.

Le rôle du calcium

Outre les subtilités chimiques, cela explique pourquoi le staphylocoque ne se retire pas de la peau, même lorsque l’on se lave, que l’on se gratte ou que l’on sue. Par ailleurs, les chercheurs ont découvert que le calcium, un élément essentiel à la santé des os, a pour effet d’amplifier encore la « prise » du staphylocoque :

c’est un détail important, car les niveaux de calcium sont souvent déséquilibrés sur la peau des personnes souffrant d’eczéma, une condition qui semblerait être aggravée par la bactérie. Lorsque les scientifiques ont réduit les niveaux de calcium en laboratoire, le lien entre staphylocoque et desmogleine s’est affaibli.

Contre la résistance aux antibiotiques

Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles solutions pour lutter contre la résistance aux antibiotiques. L’idée est que, plutôt que d’essayer d’éliminer directement la bactérie, une approche qui peut favoriser l’émergence de formes résistantes, on pourrait plutôt s’efforcer d’atténuer son lien avec la peau humaine : si le staphylocoque perd sa capacité d’adhérence, nos défenses immunitaires auront plus de facilité pour s’en débarrasser.

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